Lundi 12 octobre 2009 1 12 /10 /Oct /2009 04:08

Reprenons donc le fil, cassé depuis une quinzaine. Exécrable métaphore, touchant justement une hypothèse alternative! Dans I am Charlotte Simmons de Tom Wolfe, entre cent scènes délectables et criantes de vérité, il en est une qui se déroule à un congrès de la Gay Pride, et où Adam, hétéro droits-de-l’hommiste, s’irrite in petto d’avoir l’air d’en être, avec sa pancarte, alors que le prof de fuck qui pérore sur le podium, lui, a précisé d’entrée de jeu sa qualité d’homme marié et père de famille, amené là par ses idées larges : « ce prof se faisait une pub d’enfer en se pavanant à la journée des homos mais il avait un micro pour annoncer Urbi et orbi qu’il n’était pas… un pédé de merde. » Je crois n’être pas le seul dont ça résume la position contrastée : « Vous, d’accord. Moi, ah, beurk! » Parfaite correction idéologique : que Mamère les unisse, que mon Père les bénisse, et qu’ils aient beaucoup d’enfants, amen! Mais parallèlement, un inintérêt total, mêlé d’irritation sourde à constater quelle portion de la scène culturelle ils occupent, à l’instar des Juifs, sans rapport avec leur poids démographique. De là à penser qu’ils prennent tant de place parce que Juifs ou pédés, et non pour leur mérite… et que cette imposture n’est pas étrangère au déclin de la littérature… danger, tabou! Toujours est que je les ressens comme ça : ils ne sont pas de ma race, de ma planète, c’est presque l’Altérité par excellence, et les Amours entre Hommes me font bâiller.

Seulement, j’ai, de loin en loin, des rêves nocturnes qui ne sont pas d’accord; et par « j’ai » j’entends : « je me souviens ». Fort possible que toutes mes nuits soient tissées d’étreintes homosexuelles diligemment censurées au réveil. Quand l’une d’entre elles y survit, accompagnée d’une bonne trique, il est cocasse de la voir, pour embrayer sur une masturtinale, préalablement s’hétérosexualiser, et je me demande si les équivalences qu’établit le sommeil paradoxal, par exemple entre les seins longs (mais pas affaissés) qui ont ma préférence, et que la bouche affûterait comme des crayons, et… remplissez la case, ne seraient pas “dans le vrai”.

Encore ai-je, dans ces saynètes, un rôle actif. Je vais beaucoup plus loin, quand je m’interroge à froid sur l’existence éventuelle d’une sexualité du souterrain, à laquelle l’autre, l’officielle, celle qui me porte vers les filles jeunes, très jeunes, trop jeunes pour moi, ne servirait que de paravent : et jusqu’à soupçonner un penchant refoulé pour la passivité, qui constitue consciemment mon Péché sans Rémission. Rien ne m’excite comme une bonne levrette, fesses bien offertes et buste affalé : il n’est tout de même pas concevable que je sois la fille! Mais une fois qu’on a commencé à explorer les permutations narcissiques (Cosette/Jean Valjean, etc) aucun panneau d’interdiction intuitive ne doit nous arrêter. Et tout de même ma phobie du contact avec les mâles, de leur nudité, ou de la mienne en leur présence, pourrait mériter questionnement. D’accord, c’est l’autre, le rival, dont la présence m’élimine : on peut comprendre que je cherche mon cinoche-à-branlettes dans les galeries de lesbiennes, haïsse les pénis au point d’exiler les dildos (mais c’est aussi qu’ils choquent la vraisemblance : toutes ces horny brunettes qui sucent des godes! À quel demeuré veut-on le faire croire? C’est de la Sapho pour public de mâles obtus), me fantasme entre elles peut-être… Mais si c’était plutôt à la place… de laquelle? De l’initiatrice, ou de celle qu’on initie? J’aime que les deux rôles soient bien distincts, sans savoir quels glauques tréfonds j’occulte…

Au petit jeu de ce qui vous dégoûte le plus au monde, j’hésite entre enculer mon père et me faire enculer par lui, et si tout dégoût est dégoût d’un désir… Le raccourci est abrupt et pèche (comme toute la théorie freudienne, d’ailleurs) en ceci qu’on ne voit pas comment cette représentation et ce refoulement pourraient être basiques : la plupart des enfants, et surtout ceux qui sont élevés, comme je l’ai été, dans la pudibonderie, ne se font du coït qu’une idée tardive et bien vague, à quoi le désir n’adhère pas, et si l’appétit de la soumission est mon ultime secret honteux, il me semble ridicule de l’expliquer par la “clef” de l’empapaoutage. Histrion, prof-bateleur, écrivain, un seul secret : le désir d’être connu, au sens biblique? C’est plutôt ce dernier qui me paraîtrait, à vue de pif, l’incarnation imparfaite du premier. Ma route est jalonnée de vieux birbes, et même de jeunes, qui, de par leur poste ou leur assurance, détenaient un pouvoir, et paraissaient habilités à dire la valeur : ils étaient colorés, aucun doute là-dessus, et je vibrais à leur approche, ne manquais pas une occasion de leur aboyer aux chausses et de leur mordre les mollets, peut-être pour combattre la propension contraire, à me coucher sur le dos (ou le ventre), peut-être pour tester le maître avant de m’abandonner à l’allégeance (aucun n’a résisté, tous se sont montrés “humains, trop humains”, sots, faibles, malhonnêtes, plus roquets que moi-même) peut-être simplement pour obtenir d’eux un duplicata du rejet originel, ou/et en contester la validité. Mais sexualiser leur impact, n’est-ce pas une fausse piste? J’y ai cheminé dix ou quinze ans, sans chercher ni subir le moindre contact charnel, et je me demande si je n’avais pas trouvé là un vulnéraire pour la blessure narcissique : les filles ne veulent pas de moi? Je n’ose pas leur proposer la botte? Et si c’était moi qui, inconsciemment, ne voulais pas d’elles? Et si elles le sentaient? Bon moyen de se dédouaner de l’insuccès et de l’inhibition… À la fin on en viendrait à ne plus tenir aucun compte des élans spontanés, et à chercher la prétendue vérité de son désir non seulement dans ce qui nous dégoûte, mais dans ce qui nous ennuie le plus – l’ennui étant tenu pour un travestissement du dégoût!

Sur le marché sexuel et amoureux, l’attitude dont je n’ai jamais réussi à me départir – ne rien demander, pour n’avoir pas à endurer de refus, et peut-être (hypothèse du masochisme moral) pour ne pas obtenir – est calamiteuse pour un mec – les mœurs ont beau, dit-on, changer, l’attente incombe aux nanas, et la chasse à nouzautzhommes – tout spécialement pour un qui, s’il a des séductions, ne les porte pas sur sa binette. Une fois, j’ai mis ma plus belle photo en vitrine sur un site de rencontres, et deux femmes m’ont écrit pour me demander, sicissime, si « mon look était un gag » – elles en avaient aux cheveux longs et à l’absence de sourire, mais pas seulement. Et le pire, c’est que je n’ai pas l’air timide du tout, bien au contraire, je cause, je cause vertigineusement et sans pudeur aucune, de sorte qu’on se dit qu’un type aussi libre, s’il avait des désirs, saurait bien les exprimer. Les très rares fois où j’aie pris la plume pour cela, l’esquisse d’une réticence a suffi à me faire rentrer dans ma coquille – sans grande douleur, d’ailleurs, et la peur du râteau devrait s’en trouver allégée : l’inhibition s’explique-elle bien par là? Nous y reviendrons – et je ne connais que par ouï-dire (et hais éperdument) ce oui des filles, qui fleurit parfois au bout de cent non. Je ne répugne certes pas à séduire, mais bien à forcer, ne serait-ce que par l’insistance : il faut qu’elle sache ce qu’elle veut, faute de quoi son choix perd tout sens. Trancher que je serais en cela féminin, n’est-ce pas une simplification abusive et insignifiante? J’ai peur des autres, et une existence d’homme au foyer, cloîtré dans son burlingue, et qui ne communiquerait avec le reste des humains que par le truchement de sa compagne me conviendrait fort : faut-il en conclure que Dame Nature s’est trompée de sexe quand elle m’a bâclé? Suis-je le seul homme qui soit à la torture dans les concours de couilles au cul où semblent se complaire les porteurs de pénis? Encore une fois, faut-il sexuer le narcissisme, l’inhibition, l’incertitude du self, l’attente d’un être qui serve de tuteur, fût-ce pour l’étouffer? Je me pique de me situer avant ces rôles sociaux, qui du reste, lentement, évoluent. Mais j’ai toujours ressenti assez péniblement de ne pouvoir faire face à ce qu’on m’avait peint comme les obligations d’un garçon, et qui m’encrasse le cerveau. « T’es pas un homme! » étant encore supportable de moi à moi (je le sais bien) mais pénible en public, et franchement intolérable la nuit dans un quartier chaud, si j’ai à “protéger” de mes biceps façon rayons de vélo une compagne que les loubs de passage m’envient, et à laquelle ils tiennent à faire savoir qu’elle aurait mieux choisi en jetant son dévolu sur eux.

Bon, je n’avance guère, en somme. Et la question est pourtant de première importance, car elle fournit une explication alternative de la majorité des faits psychiques relevés – et altérés? – par l’introspection. Prenez l’inhibition de l’épistémophilie, par exemple : il est tout simple que la peur de ne pas piger, donc d’écorner l’illusion d’omnipotence, me dissuade d’écouter un prof ou de potasser un ouvrage un peu ardu… Trop simple? Melanie Klein tenait, je crois, que toute connaissance prolonge l’exploration du corps de la mère, et, donc, l’apprentissage pour actif. Or, je ne le ressens pas du tout ainsi : apprendre, pour moi, c’est subir la loi d’un autre, et peut-être bien son vit dans le fion…

Par Narcipat - Publié dans : Théorie plus perso - Communauté : névrose
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Dimanche 11 octobre 2009 7 11 /10 /Oct /2009 03:22

En fin de compte, je m’identifie assez mal au pervers narcissique, qui serait comme un petit machiavel de la narcipathologie, et c’est plutôt dans les gondoles de certains de ses cousins (pp. 168-179 de Femmes sous emprise) que je remplirais mon caddy. Comme je persiste à ne pas croire à mon unicité, et à chercher l’écho, je m’en vas vous citer sans commentaire (juré!) les passages où je me reconnais à peu près, en commençant par la personnalité narcissique dans son ensemble :


« Les psychanalystes notent un accroissement des pathologies narcissiques dans leur clientèle. Ces patients consultent parce qu’ils sont angoissés ou dépressifs mais, surtout, parce qu’ils se sentent chroniquement vides. […] Les narcissiques sont prisonniers d’une image tellement idéale d’eux-mêmes que cela les rend impuissants et les paralyse. Ils ont donc en permanence besoin d’être rassurés par autrui, au point d’en devenir dépendants. Étant éternellement insatisfaits, jamais comblés intérieurement, ils réagissent par de l’agressivité, des impulsions ou des passages à l’acte violents. Ils ne sont pas demandeurs d’amour, mais d’admiration et d’attention, aussi ils utilisent le partenaire tant qu’il les valorise et le jettent, quand celui-ci cesse d’être utile. […] Tout individu normalement névrosé peut réagir avec colère face à une situation blessante, mais l’estime de soi d’un individu narcissique ne se nourrit que du regard de l’autre, sans l’autre, il n’est rien. Nous l’avons dit, il a besoin d’englober l’autre, de le contrôler, de faire de lui un miroir réfléchissant uniquement une bonne image de lui.


Les personnalités antisociales ou psychopathes


Dans les classifications anglo-saxonnes, ces individus sont décrits comme antisociaux, alors qu’en France on dira plus volontiers qu’ils sont psychopathes. Dans ce groupe, on trouve nettement plus d’hommes que de femmes. Étant incapables de se conformer aux normes sociales, ils ont souvent des ennuis avec la justice […] Ils se méfient de leurs émotions; chez eux, les sentiments tendres ou chaleureux sont des signes de faiblesse. Ils aiment tromper, par profit ou par plaisir, et n’hésitent pas à mentir ou tricher et à manipuler l’autre, sans aucun scrupule. […] Ces êtres impulsifs vivent dans l’instant, dans la satisfaction immédiate de leurs désirs. […] À la différence des pervers narcissiques, leur violence est avant tout impulsive, liée à une irritabilité permanente ou une agressivité à fleur de peau. Ils sont prêts à se battre à la moindre alerte. […] ces hommes sont incapables d’imaginer la douleur ou la peur chez un tiers, et, à plus forte raison, chez la femme qu’ils violentent. Inaccessibles à la culpabilité, ils n’éprouvent aucun remords et ne se remettent pas en cause. Ils ne tirent aucun enseignement de leurs erreurs passées.

L’origine de la psychopathie serait à rechercher dans l’histoire familiale du sujet. Selon John Bowlby, « la psychopathie serait une forme de détachement extrême issue des frustrations chroniques que connaît un enfant en bas âge, lorsqu’il est contrarié dans ses besoins d’intimité et de proximité. »

On retrouve, dans l’enfance de ces individus, soit une absence de père, soit un père abuseur. On peut considérer leurs conduites déviantes comme une adresse à un père manquant.


Les “borderline” ou états limites


[…] Dans la vie courante, ils se présentent comme des adolescents en proie à d’incessantes vicissitudes existentielles. Ce qui domine chez eux, c’est une sensation quasi permanente de vide intérieur, d’irritabilité et de rage froide flottante. Leurs réactions émotionnelles sont intenses et instables, avec des sautes d’humeur imprévisibles et une grande impulsivité pouvant entraîner des comportements agressifs.

Leurs relations aux autres sont potentiellement conflictuelles et ils ont tendance à décharger leur tension interne par des actes destructeurs. Toute expérience qui renvoie à une insatisfaction ou à un manque, éveille chez eux une envie de détruire l’autre et les liens qui les lient. D’une façon générale, ces individus résistent mal aux frustrations, qui déclenchent chez eux des rages ou des colères intenses et inappropriées.


Très sensibles aux réactions négatives de leur entourage, ils sont très susceptibles, prompts à déceler du mépris ou de la désapprobation dans une remarque de leur partenaire et, comme ils craignent le rejet, ils prennent les devants et rejettent avant d’être rejetés.

Au moindre affront, ils réagissent par des explosions de colère disproportionnées.

[…]

Leur perception des autres alterne entre des positions extrêmes : soit l’autre est passionnément aimé, idéalisé, soit, s’il a eu le malheur de prendre un peu de distance ou de se montrer critique, il est violemment dévalorisé puis rejeté. Ils présentent une forte ambivalence envers ceux dont ils sont dépendants.

[…] C’est chez ce type de personnalité que l’on va retrouver les cycles de violence, tels qu’ils sont habituellement décrits. En effet, ils présentent une double personnalité : ils peuvent être charmants pendant les phases de séduction et de contrition, mais ils sont inquiétants, parfois terrifiants, lorsqu’ils laissent éclater leur violence. […] La phase d’explosion de violence n’est pas une phase dirigée directement contre l’autre, mais un moyen de décharger une angoisse interne. Le passage à l’acte joue le rôle de soupape de sécurité, de système de régulation. […]

Ce type de personnalité se développe à un stade précoce, à partir d’expériences traumatiques de l’enfance, qu’il s’agisse de maltraitance physique ou émotionnelle ou d’abus sexuel. C’est ainsi qu’on expliquerait leur irritabilité permanente. […] Selon Donald G. Dutton, spécialiste américain des hommes violents : « Si je devais sélectionner un seul comportement parental susceptible d’engendrer la violence chez les hommes, je choisirais l’humiliation par le père. Il est clair que les pères qui humilient leurs fils ont également tendance à se montrer brutaux. » 

[…]

Ces hommes/femmes sont en principe accessibles à la thérapie, mais leurs demandes sont très ambivalentes car ils sont tiraillés entre un cruel besoin de se faire aider et la crainte d’être rejetés ou de devenir dépendants. À la moindre frustration, ils interrompent la psychothérapie. Ils cherchent en permanence à transgresser les règles afin de mettre le thérapeute à l’épreuve. »


Arrêtons-là ce petit jeu, qui semble vain et ridicule. Une mesure de pervers, une de psychopathe, deux de borderline… sans compter plus qu’un zeste de paranoïaque, plus loin? Coup de pot, d’autres traits ne collent absolument pas (le borderline : « Comme ils ont du mal à être seuls et qu’ils craignent l’intrusion, ils préfèrent le groupe de copains, la bande d’amis à la relation de couple » : gzactement le contraire de mézigue) et surtout je me heurte sans cesse à des explications niaises, à une métapsychologie déficiente. Si je ne me contente pas de glaner des traits ici et là, et si c’est le faisceau qui fait leur pertinence, alors, ne me retrouvé-je pas davantage dans l’esquisse du nerveux (Émotif-non Actif-Primaire selon feu la caractérologie d’Heymans et Wiersma) par Gaston Berger?  « D’humeur variable, ils veulent étonner et attirer sur eux l’attention des autres. Indifférents à l’objectivité, ils ont le besoin d’embellir la réalité, ce qui va du mensonge à la fiction poétique. Ils ont un goût prononcé pour le bizarre, l’horrible, le macabre et, d’une manière générale, le “négatif”. Travaillent irrégulièrement et seulement à ce qui leur plaît. Ont besoin d’excitants pour s’arracher à l’inactivité et à l’ennui. Inconstants dans leurs affections, vite séduits, vite consolés. Valeur dominante : le divertissement. » Or, stupeur! Recopiant ça comme chose avérée depuis des lustres, je m’avise tout à coup que la plupart de ces remarques pourraient laisser place à leur exact contraire, ou s’appliquer à tout le monde : l’attention des autres, qui n’en est avide? Et ne cherché-je pas, moi, plus à la fuir qu’à l’attirer? Le présent blog atteste-t-il d’une indifférence à l’objectivité, alors que je la recherche éperdument? Le mensonge est mon bain amniotique, mais ne m’efforcé-je pas d’en sortir pour enfin respirer? Suis-je si à l’aise dans la fiction, du moins dans la mienne, qui m’écœure si vite? Le goût du “négatif” n’est-il pas un faux-semblant induit par la concurrence, et, plus qu’un goût, une manière de désamorcer l’angoisse? Peut-on travailler plus régulièrement que je ne me contrains à le faire? Deux heures du mat à table, inspiration ou non… Vite consolé, peut-être… s’il y avait du rechange : en l’état, quand j’aime, c’est pour longtemps. Quant aux excitants, à part le tabac ou au sens très large… L’insignifiance menace chaque ligne, chaque mot, et il suffit de porter les yeux sur le paragraphe limitrophe, consacré au sentimental (lui, classé secondaire) pour ne plus savoir lequel choisir : « Ambitieux qui restent au stade de l’aspiration. Méditatifs, introvertis, schizothymes. Souvent mélancoliques et mécontents d’eux-mêmes. Timides, vulnérables, scrupuleux, ils alimentent leur vie intérieure par la rumination du passé. Ils savent mal entrer en relations avec les autres et tombent aisément dans la misanthropie. Maladroits, ils se résignent d’avance à ce qu’ils pourraient cependant éviter. Individualistes, ils ont un vif sentiment de la nature. Valeur dominante : l’intimité. » Gulp. Ça collerait plutôt mieux à l’être sur lequel je me suis replié… lequel pourrait, du reste, paraître apathique (nÉ-nA-S) quand on ne lui piétine pas les cors, ou colérique (É-A-P) dans un dîner, voire Passionné (É-A-S) si l’on veut bien penser à la multitude des Napoléons qui ont manqué leur coup…

Le gros défaut de cette caractérologie, à mon avis, c’était de négliger, voire de scotomiser la relation avec autrui, qui me semble le moteur d’un caractère. Et l’on trouvait presque miraculeux de la voir comme souterrainement déduite des trois paramètres Émotivité-Activité-Retentissement. Dans Femmes sous emprise, l’impact des conduites est le premier critère de classement, et cela ne change rien au résultat, à savoir l’impression qu’on nous fabrique des types plus ou moins bidons, avec des traits glanés çà et là, et qui, à divers degrés d’intensité, se retrouvent chez tous les hommes. Est-ce que la simple question : « Suis-je un pervers narcissique? » ne cédait pas à la facilité de classer au lieu de comprendre, c’est-à-dire de prendre ensemble et de relier les éléments? Bien sûr, je résous pas mal d’inadéquations si j’ajoute la dimension de l’inhibition et du retour sur soi, qui n’est pas précisément le point fort de ces braves borderline, sociopathes ou autres paranos : l’acte violent m’est fermé, comme à peu près tout acte, et le pis que je puisse faire, c’est d’écrire un blog, protégé par l’anonymat; mais un borderline inhibé, ou un parano-qui-doute, est-ce que ça présente encore un sens? D’autre part, le soulagement mêlé de panique que j’éprouve à me voir cerné d’avance, et donc, moi qui n’existe pas par le désir et la jouissance, à être par le regard d’un psy-théoricien, relève lui-même de la pathologie narcissique. Est-ce que ces prétendus raccourcis m’ont fait avancer d’un pas? Ça m’étonnerait. Ils ne font faire l’économie d’une investigation qu’au prix d’une distorsion.

Par Narcipat - Publié dans : Voix Autorisées (cum commento) - Communauté : névrose
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Samedi 10 octobre 2009 6 10 /10 /Oct /2009 01:46

La puissance apprise


Le parcours des garçons est différent de celui des filles. Dès la naissance, il est plus valorisant d’être de sexe masculin : d’ailleurs, dans certains pays, on se débarrasse encore des petites filles à la naissance. [Amalgame ridicule : est-ce qu’en Occident il subsiste encore un macho, dans une campagne reculée, pour ne pas pavoiser à la naissance de sa cinquième fille, et pour se dépiter d’une carence d’héritier? Vous vous moquez de nous, Madame : le seul privilège qui reste aux porteurs de pénis, c’est un supplément d’obligations : voir plus loin.] Pour beaucoup, la masculinité, c’est la capacité de s’imposer, de défendre ses droits, d’être brave et fort. Cela se passe sur le terrain du pouvoir, de la domination, de la possession et du contrôle.

La société prépare les garçons à occuper un rôle dominant; or, quand ils sortent des jupes de leur mère, ils prennent conscience qu’ils sont bien impuissants dans le monde extérieur. Ils ont cru qu’ils étaient tout, ils constatent qu’ils sont bien peu de chose; or ils ne peuvent pas montrer leur vulnérabilité car on a censuré, chez eux, les expressions de faiblesse, comme les larmes. Quand les femmes sont débordées par la pression, il leur reste la possibilité de pleurer, de demander de l’aide, mais, face à leur impuissance, les hommes supposés être forts, solides, n’ont souvent pas d’autre recours que la colère ou la jalousie, car ce sont les seules émotions qu’ils n’ont pas appris à contrôler.

[Que c’est pâteux! Colère et jalousie, des affects, ne peuvent être mis sur le même plan que les larmes, qui sont un procédé – et, dirai-je, un langage – langage de rupture, au même titre que les cris, les coups ou la bouderie. Cela dit, retenons cette évidence, que les femmes se plaignent sans cesse d’être de pauv’martyres, alors qu’elles ne subissent quasiment aucune pression sociale et idéologique pour faire leurs preuves, qu’elles peuvent impunément aller au devant des autres, l’agressivité ordinaire leur étant épargnée, et manifester leur faiblesse et leur désarroi, dont nul ne songerait à leur faire grief, les hommes au contraire rivalisant à la rescousse, surtout si elles sont mettables. Il n’est pas marrant d’être une femme, quand on traverse la nuit un coupe-gorge, ou quand, entre quatre murs, on est confrontée à un primate qui se croit des droits, ou que sa force physique en dispense; mais à temps complet il est épuisant d’être un homme quand on sait qu’on ne colle pas au mythe et n’“assurera” pas. Même si les affrontements physiques sont rares, leur spectre est toujours présent, et le coquin, c’est que, sans mettre une coquille d’œuf dans le panier de la musculature, on éprouve une identique humiliation à être battu qu’à se dégonfler. Or tout boxeur trouve son maître. Humiliation bien légère, en l’absence de public, puisqu’on sait bien à quoi s’en tenir. Mais très pénible quand votre compagne en est à la fois l’occasion, le témoin… et la commentatrice, car j’en ai connu qui, comme dit le Francis Macomber d’Hemingway, ne loupaient pas une occasion. Chaque fois qu’on éclatait de rire dans la rue à notre passage, je pouvais compter sur Zoé, vrai ou faux, pour prétendre que c’était de moi qu’on se gaussait… oh, sans me pousser à la baston! mmmais il était bien entendu qu’un vrai mec… Possible que je projetasse sur les filles cette angoisse liée au défaut d’omnipotence, et qu’elles ne songeassent pas à exiger que je les défendisse en ratatinant trois baraqués; mais la faille était là, et j’enregistre comme un bénéfice de la solitude de n’avoir plus personne au bras qu’un voyou en manque m’envie, d’où l’affront… et d’une manière générale, d’être déresponsabilisé par la suppression de toute attente (authentique ou imaginaire) de virilité à mes côtés. Du reste, j’ai échappé au pire : une femme a assez de cervelle pour relativiser certaines défaites ou reculades; mais caner devant ses gosses! Qu’ils soient, sur un plan ou un autre, spectateurs de votre insuffisance! Il y a de quoi les prendre en grippe. Et quel père n’en est là? Il y a un gouffre entre le rôle paternel et le père réel, c’est-à-dire le pauvre type que nous sommes presque tous, bien rarement à la hauteur de la surpuissance que lui prête sa progéniture.

L’idée de changer de sexe me répugne, connotant l’homosexualité latente; et pourtant, quel repos d’être une femme! De n’être tenu à rien, et en conséquence, de ne faire de pas que positifs, et non en déficit par rapport à une exigence surmoïque! D’avoir l’espace du monde libre autour de soi, au lieu de se répéter : je suis un nul si j’échoue, ou plutôt (car on le sait bien, qu’on est nul) : ça va se voir. Après ça, étonnez-vous que les hommes critiquent tout, institutions et hiérarchies, alors que les femmes sont portées à faire confiance…]

Notre société prône l’efficacité et la réussite, il faut être le meilleur et tout est permis pour y parvenir; c’est pourquoi on s’attend à ce qu’un homme se montre agressif dans certaines circonstances. Sous prétexte de compétitivité, dans certaines professions, on apprend à être cynique et on valorise le manager qui ne fait pas de sentiment. Dans un monde voué à la performance, il n’est pas de bon ton de montrer sa vulnérabilité. Si la femme se doit d’être “féminine”, l’homme, quant à lui, est contraint de se plier aux codes de la “virilité”. Selon Christophe Dejours : « La virilité se mesure précisément à l’aune de la violence que l’on est capable de commettre contre autrui, notamment contre ceux qui sont dominés, à commencer par les femmes. »

[Tous mes regrets, mais ceci est une idiotie palpable. Quel abruti va réputer viril un minable qui bat sa femme, ses enfants ou son chien? De l’avis général, le nœud central de la “virilité”, c’est de se faire respecter (sans cogner, mais en laissant entendre qu’on n’a pas peur de la castagne), soi et les siens, par les puissants – qu’on se contente de sa part ou qu’on rafle plus large. C’est de faire preuve de cette mystérieuse autorité que possédait Pétain, même en civil (« Jetez votre cigarette! » Et les chauffeurs de taxi obtempéraient tous comme un seul homme), qui tient sans doute à la conscience qu’on a de sa valeur, et que, en étant totalement dépourvu, je m’époumone tantôt à flétrir, tantôt à nier.)

Ces stéréotypes d’hommes forts, virils, puissants sont parfois lourds à porter et certains hommes ne trouvent pas d’autre moyen pour masquer leurs faiblesses que d’écraser plus faible qu’eux, à savoir leur femme. Or, depuis quelques décennies, les schémas traditionnels de l’homme au travail et de la femme à la maison se sont modifiés, et, confrontés aux mutations en cours, certains hommes se sentent en insécurité, dans des relations plus égalitaires, craignant de perdre leur masculinité. La prise d’autonomie des femmes peut être vécue par certains comme une dépossession, une perte de pouvoir, mais aussi comme une perte de valeur personnelle et donc d’estime de soi.


Or, nous l’avons vu, les femmes, pour combler leur insécurité intérieure, en font souvent trop. Non contentes de travailler et parfois même de réussir brillamment, elles continuent à gérer le quotidien familial, s’occupant de la maison et des enfants. Si l’homme se sent trop fragilisé et que la femme réussit trop bien, il arrive que l’homme se sente attaqué et devienne violent.

[J’ai vécu dans des milieux assez prolos; mais enfin je n’ai pas vu un couple où l’homme supportât aisément de voir sa femme gagner plus que lui, ou détentrice de plus de diplômes; et l’aurais-je enduré moi-même? Oui, mais pas sans qu’elle me reconnût sur le plan intellectuel ou artistique, c’est-à-dire dans un domaine supérieur, même si nul autre n’en sait rien. Je rigole de la manie des petites annonces féminines de spécifier “grands” les partenaires recherchés; mais il m’est inconcevable de sortir avec une fille qui me dépasse en hauteur ne fût-ce que d’un verchok, et j’adore les poupées. D’autre part, quand on me donne des ordres dans le déduit : fais ci, fais ça, plus haut, à droite… c’est bien simple, je débande. Les initiatives ne me déplaisent pas, ni les indications discrètes, parce qu’elles sont le signe d’une présence autonome; mais point trop n’en faut. L’égalité de droits va de soi, et je me suis longtemps pris pour un parangon de féminisme parce qu’il ne me serait pas venu à l’idée d’attendre de Titine qu’elle fît la bouffe, briquât les sols ou repassât mes liquettes; mais comme on voit, il y a pas mal à rabattre. Et je conçois, en effet, même si je n’y ai jamais bu, cette source de violence. Mais bien noter que c’est dans la tête de la femme, ou dans l’idée que s’en fait l’homme, que gît le lièvre. J’ai toujours été excessivement attentif au plaisir de ma partenaire dans l’étreinte, aux aguets des simulations, et rien ne me perturbait comme de me demander si elle n’aurait pas préféré les Han! Han! d’un scieur de long uniquement soucieux de sa propre décharge, voire éventuellement ses fessées! « Fais-moi mal, Johnny! » Bref, un vrai homme, au lieu d’une mauviette.]

Dans un monde qui prône l’individualisme et la performance, il faut assurer et, si l’on n’y parvient pas, il faut en donner l’illusion. D’où une consommation de plus en plus importante de médicaments ou de drogues destinés à améliorer les performances. L’addiction est un moyen de lutter contre la dépression et aussi d’éviter les conflits en les remplaçant par des comportements compulsifs. Effectivement, un changement se dessine dans nos cabinets de consultation : les hommes viennent nous voir pour des difficultés liées à l’impuissance, à la peur de ne pas y arriver ou de ne pas être à la hauteur. Ils ont l’impression qu’une charge trop lourde pèse sur leurs épaules et ils peuvent avoir la tentation de s’en débarrasser par de l’agressivité. Selon Ehrenberg, de nos jours les hommes sont confrontés à une maladie de la responsabilité, dans laquelle domine le sentiment d’impuissance : « L’homme est confronté à une pathologie de l’insuffisance plus qu’à une maladie de la faute. »

[Il y a du capital ici, j’y reviendrai. Il me semble en effet que la morale altruiste n’est plus (et n’a peut-être jamais été) que poudre aux yeux et phraséologie, pas seulement pour 3% de sociopathes, mais pour tous. Qu’on se fiche bien en général de commettre l’injustice, à supposer même qu’on ne s’en félicite pas : ce qui vous met à la géhenne, c’est de la subir (avec le soupçon subsidiaire d’aimer ça). D’être un scélérat (“maladie de la faute”) n’empêche personne de dormir : ce dont on ne se remet pas, c’est d’être un loser, un minable et un con. Rousseau se demandait dans l’angoisse : « Suis-je un méchant? » Nous nous demandons : « Suis-je un zéro? »]

Face aux femmes, qui assument de plus en plus de choses tant au foyer qu’à l’extérieur, certains hommes peuvent ressentir de l’envie. Cette envie peut être renforcée et aboutir à des représailles, si la compagne se montre trop bienveillante, trop parfaite, si elle en fait trop. Ce sont ces mêmes hommes qui sauront se transformer en agneau face à une femme sachant les “mater”.


Ces hommes que les stéréotypes culturels continuent à décrire comme forts, puissants, solides, ne se sentent pas à la hauteur face à une société qui leur demande toujours plus. On peut alors parler d’une difficulté liée à leur puissance apprise. Tout comme les femmes ont du mal à se sortir du stéréotype du sexe “faible”, les hommes résistent mal à la pression et surtout aux frustrations que l’on fait peser sur eux. Certains acceptent leur part féminine, d’autres dépriment, d’autres encore réagissent violemment. [Et la plupart vont d’une option à l’autre.] Bien entendu, ceux qui sont les plus affectés par ces changements de société sont ceux qui ont une image grandiose d’eux-mêmes, c’est-à-dire les personnalités narcissiques. Leur violence peut être interprétée, au même titre que la toxicomanie ou la délinquance, comme la marque de notre époque, où le moi est fragilisé, déstructuré par l’absence de repères éducatifs ou de valeurs morales. [Absence secondaire, à mon avis. Ce qui nous fragilise et déstructure, c’est de n’avoir pas de place attitrée. Dans la société d’ancien régime, et autres traditionnelles, votre place était désignée dès avant la naissance, de sorte que vous y végétiez le plus souvent, et n’aviez pas l’occasion d’actualiser un potentiel éventuel, mais que vous n’en souffriez guère, j’imagine, car vous ne vous sentiez pas responsable de votre stagnation par votre insuffisance. Et puis quoi! Dans l’Au-delà, Dieu rétablirait les vraies hiérarchies, et enverrait les humbles au Paradis. À notre époque de méritocratie, où tout en principe est ouvert à tous, où la plupart des images publicitaires véhiculent le message sournois : « T’es un nul si t’as pas ça », où les cow-boys et samouraï ratatinent tous leurs adversaires, on s’achoppe sans cesse à des limites visibles, à moins de s’enfermer avec sa télé. Limites qui sont bien les nôtres, vu qu’il ne tient qu’à nous de les transgresser. Le problème n’étant pas tant de se sentir inférieur à sa femme, mais à ses yeux privilégiés. Bien sûr, on peut toujours se dire que la méritocratie est truquée au profit des héritiers de la Caste, mais on n’y est pas à l’aise, vu qu’ils sont l’objet d’une révérence suiviste, et que le narcisse n’a pas de positions sûres sur lesquelles se replier. Et il me semble que tout le monde est plus ou moins narcisse, peu ou prou hanté par la terreur de sa négligeabilité.] Cette violence serait une caricature de l’affirmation de soi. Pour être un battant, on croit qu’il faut battre les autres. » [Belle figure de style; mais personne, à moins d’être stupide à la limite de la confusion mentale, ne se prend pour un battant parce qu’il opprime les faibles!]

Par Narcipat - Publié dans : Voix Autorisées (cum commento) - Communauté : névrose
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Vendredi 9 octobre 2009 5 09 /10 /Oct /2009 03:08

J’aurais eu tort de lâcher prise; car après bien des pages insipides sur les victimes je tombe sur un passage que je n’aurai pas le culot de qualifier de magistral, puisqu’il ne m’apprend rien et que je ne le prise que de m’y reconnaître; mais enfin il a au moins cette pertinence-là. Je vais, comme celui du Harcèlement moral, vous le mettre en bleu (italiques quand je me sens particulièrement visé) et mes aboiements en noir, de sorte que vous puissiez les sauter à vue. Il faudra un de ces jours tenter d’élucider la relative jouissance qu’éprouve narcipat à ces graffiti pariétaux. Mais est-ce une telle énigme? Je ne me contente pas de vampiriser la substance hirigoyenneuse, il faut encore qu’antithèse incarnée, en attente de synthèse, je crache mon venin sur celle qui ose affirmer et composer.


« La société continue à attendre des hommes qu’ils occupent un rôle dominant, or, s’ils se sentent incompétents ou impuissants, ils peuvent chercher à compenser cette faiblesse qu’ils ressentent en eux par des comportements tyranniques, manipulateurs et violents en privé. Bien évidemment, ils ne l’avoueront pas ouvertement; le déni est pour eux un moyen d’échapper à la honte et à la culpabilité, mais c’est aussi un moyen de ne pas voir leur fragilité interne. Il leur faut se maintenir dans la toute-puissance, au besoin par la manipulation et le mensonge. Comme ils ne veulent pas être responsables, c’est forcément la faute d’un autre; ils se tirent d’affaire et retournent le problème en se posant en victimes. À défaut d’excuses extérieures crédibles, ils savent alors apitoyer l’autre en racontant leur enfance malheureuse, comme on l’a vu.

[N’y a-t-il pas là une contradiction insoluble, même si j’en repère en moi les deux termes? Comment se figurer qu’on compense une faiblesse en se posant en victime, puisque cette faiblesse consiste précisément à subir la loi d’autrui? D’où peut-être le perpétuel ludionnage de l’accusation ad exteros à l’auto-incrimination.]

Cette déresponsabilisation est mal acceptée par les femmes, car dénier leur souffrance à elles constitue une attaque supplémentaire. Elles préfèrent, nous l’avons vu, porter seules la culpabilité que leur partenaire n’endosse pas.

[Hélas ou Dieu merci! De ces victimes idéales, je n’ai point rencontré.]


Des hommes fragiles psychologiquement
 

Ce sont leurs failles narcissiques (une faible estime d’eux-mêmes) qui constituent le soubassement du comportement des hommes violents. Ce sont leur fragilité et leur sentiment d’impuissance intérieure qui les amènent à vouloir contrôler et dominer leur compagne. Ils attendent d’elles, comme un enfant peut l’attendre d’une mère, qu’elles allègent le poids de leurs tensions, qu’elles soulagent leurs angoisses. Puisqu’elles n’y réussissent pas, elles apparaissent comme des ennemies et sont tenues pour responsables de tout ce qui ne va pas. Ces hommes craignent d’être envahis par une angoisse d’anéantissement, et l’acte violent agit chez eux comme une protection de leur intégrité psychique. Le contrôle sur l’autre, à l’extérieur, vient suppléer leur manque de contrôle interne.

La violence est pour ces hommes un palliatif pour échapper à l’angoisse, ainsi qu’à la peur, peur d’affronter les affects de l’autre, peur d’affronter les leurs.

[Plein accord quant au vide originel et à l’angoisse d’y revenir; accord d’ailleurs suspect de chercher la compassion au sein des conduites les plus abjectes; il ne faudrait tout de même pas oublier que le déficit d’estime de soi fonctionne en tandem avec une outrecuidance démentielle, et que la sensibilité au rejet révèle sans doute une avidité peut-être innée. Mais passons. Ce que je n’admets toujours pas, c’est que le contrôle et la domination constituent des objectifs. Est-ce qu’un nourrisson se figure contrôler et dominer sa mère? Et “ennemies” constitue une simplification abusive.] 

[Ici, un cas un peu long.]


L’angoisse d’abandon et la dépendance
 

Leur tension interne est liée également à leur peur infantile d’être abandonnés. Aussi, toute situation évoquant une séparation suscite chez eux des sentiments de peur et de colère. Cela les rend ombrageux, irritables et jaloux, et ils rendent leur femme responsable de leur malaise interne. L’angoisse d’abandon n’est contenue que par un contrôle permanent sur le partenaire et peut ensuite éclater par une crise de jalousie aveugle et dévastatrice. Or cela constitue un cercle vicieux car, en déchargeant leurs tensions sur leur compagne, ils créent les conditions pour qu’elle les quitte, mais, en même temps, ils ne peuvent pas se séparer d’elle. Cela entraîne les comportements changeants que nous avons décrits.

Leur comportement violent a pour but, à certains moments, de maintenir la femme à sa place, de façon à ne pas se sentir dépendants affectivement d’elle, tandis qu’à d’autres moments, paniqués à l’idée d’être quittés, ils tentent de se faire pardonner et induisent chez leur compagne un comportement réparateur.

[Je m’étonne qu’il ne soit pas mentionné ici que cette angoisse d’abandon, indéniable! est indissolublement liée au déficit d’estime de soi. Balkanisation factice! Mêm’ çose, et pas “également”! Ce que je redoute, ce n’est pas de me passer de mimis et de câlins, mais que le jugement contenant que j’ai (plus ou moins, selon) avalisé, se retourne contre moi et confirme le rejet parental. Cette menace provoquant la “violence” rétorsive ou pseudo-rétorsive, bien plus que des “tentatives de se faire pardonner”. J’ai fait fi des autres, et tout misé sur le regard de cette femme : s’il rejoint le leur, je ne suis plus rien, ou qu’une merde. D’où la panique et les éclats.]

On peut se demander pourquoi les hommes ont plus que les femmes la crainte d’être abandonnés. Le même phénomène se retrouve après la séparation quand ceux-ci, incapables d’être seuls, font en sorte de retrouver rapidement une autre femme. Alors que les femmes luttent pour conquérir leur indépendance, la plupart des hommes ont du mal à être seuls.

[Ici l’objectivité a du plomb dans l’aile. Je n’ai pas de stats sous la main, mais suis prêt à parier que lorsqu’un couple casse les hommes sont bien plus nombreux que les femmes à rester seuls, et souvent volontairement. Idée reçue? Une ermite me semble presque contre-nature. Les veuves se regroupent, ou meurent à petit feu. Alors que la solitude soulage un homme d’obligations auxquelles il sent ne pouvoir faire face. Chez les mammifères supérieurs, l’isolement n’est-il pas une espèce de règle pour les vieux mâles, vaincus par les jeunes dans les combats pré-matrimoniaux?]


La relation fusionnelle
 

Beaucoup d’hommes ne connaissent pas la bonne distance qui permet une relation saine, ils recherchent la fusion avec leur compagne. Craignant d’être abandonnés, ils établissent une relation où les deux ne font qu’un, sans espace pour respirer, sans position de recul.

« Mon mari n’est pas dans l’amour partagé mais dans la possession. Il n’existe pas de limites entre lui et moi. Il essaie de m’amalgamer à lui, de me capter. Je ne supporte pas cette mainmise sur moi, alors je me raidis. »

L’homme violent vit alternativement sa conjointe comme inexistante, et il n’y a donc pas lieu de la prendre en considération, ou bien comme trop envahissante et, dans ce cas, il la critique, la rabaisse. Pris entre la peur de la proximité et de l’intimité, et la peur d’être abandonnés, ces hommes éprouvent en eux-mêmes un sentiment d’impuissance, qui les conduit à exercer leur pouvoir, à l’extérieur, sur leur compagne.

Tout est un problème de distance : trop de proximité les inquiète car ils le ressentent comme un risque d’engloutissement, tandis qu’une trop grande distance réactive leur peur de l’abandon. Pour se sentir bien, il faut donc qu’ils puissent contrôler, à tout instant, à quelle distance d’eux leur compagne doit se tenir. Ils confondent amour et possession. Or l’amour n’est pas possession, mais échange et partage. Quand un homme dit à une femme : « Je te veux toute à moi! », cela peut signifier le désir; ce peut être aussi : « Tu m’appartiens et tu n’existes pas sans moi », et dans ce cas, si elle s’éloigne, elle risque fort d’être punie. La passion est alors un alibi pour justifier le dérapage de la violence.

« Je suis comme un tuteur pour mon mari. Je lui permets de grandir. Il s’est enroulé autour de moi comme un lierre et, petit à petit, il m’a étouffée. »

Dans ces relations fusionnelles, où les deux partenaires se vivent comme un tout, le moindre changement chez l’un met en péril le couple, et le partenaire fragilisé s’efforce, au besoin par la violence, de rétablir l’équilibre compromis.

Quand, dans un couple, la femme materne l’homme, il y a fort à parier que la venue d’un enfant va mettre en péril l’équilibre psychique de ce dernier et le conduire à réagir, parfois, par des comportements violents. Si la femme semble être trop fusionnelle avec son enfant, l’homme peut se sentir frustré et essayer de reprendre le pouvoir par tous les moyens. »

[Qu’est-ce que ça peut m’énerver, qu’on prétende nous dicter ce qu’est l’amour, ou ce qu’il doit être! « la bonne distance qui permet une relation saine »! Désolé, mais Lucrèce, qui n’était pas plus bête que vous, tenait que l’amour aspire naturellement à l’impossible fusion (qui n’est pas “possession”, ou alors, réciproque : « Je te veux toute à moi! » Franchement, existe-t-il au monde un seul plouc pour lâcher une pareille réplique?) et vos “échanges et partages” fadasses, s’ils sont assurément plus conviviaux et susceptibles de tenir la route plus longtemps, me font hausser les épaules à l’égal du “regarder dans la même direction” de Saint-Ex, qui assimile l’amour au compagnonnage. Ça me rappelle le Juif errant et sa belle, dans un roman de Fruttero et Lucentini, qui ont 24 ou 48 heures pour boucler une idylle, et lisent le journal! Passons. L’amour tel que je le conçois n’est évidemment pas viable, et sans doute malsain : que les Tièdes prétendent le détrôner au profit de leurs couples respectueux de l’altérité, je suis bien sot de m’en indigner. Pour moi, le problème est ailleurs : de savoir si cet “amour” d’essence narcissique est le seul, ou s’il en existe bien un autre, tout différent, objectal, où l’on ne chercherait pas sa propre valeur en dernière analyse.

Quant au “risque d’engloutissement”, après un ha-ha autoprotecteur, je le mets de côté pour y réfléchir. Je me demande en effet si la fusion est si plénièrement recherchée que cela, et si elle ne comporte pas le risque d’une perte de contours : sans aller plus loin, quand je trouve tout imprimé ce que je pensais, et qui définissait ma singularité, je frissonne à l’idée de me perdre dans le magma, et respire en trouvant un poil de mouche sur lequel m’exercer les quenottes et faire valoir ma différence. Je crains d’avoir assimilé trop hâtivement l’âme-sœur à un alter ego potentiel, alors qu’il serait peut-être essentiel, au contraire, qu’elle demeurât spectatrice et juge, donc autre. La création de ma mie, notamment, je puis feindre d’y attacher de l’importance; mais elle n’est pas là pour ça : son rôle est de contenir la mienne.]

À demain pour les pp. 154-158. Avec dix visiteurs à tout casser, je ne pense pas qu’on me cherche des poux pour le copyright… L’invisibilité n’est pas sans avantages!

Par Narcipat - Publié dans : Voix Autorisées (cum commento) - Communauté : névrose
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Jeudi 8 octobre 2009 4 08 /10 /Oct /2009 00:48

Nouveau coup de turlu de F., qui n’a pas trouvé le loisir non seulement de me répondre, mais même de lire in extenso l’extrait du Harcèlement moral que je lui communiquais, lui demandant de préciser si elle m’y reconnaissait peu ou prou. Ses gamins en bas âge l’accaparent, et je veux bien croire qu’ils ne lui laissent pas la moindre échappée vers la culture et la cogitation, car leurs cris et pleurs, et les traitements ad hæc, ne cessent d’interrompre notre échange. Procréer ou réfléchir, au choix! Les deux, impossible. Elle a tout de même parcouru le document, et, comme il fallait s’y attendre, j’ai droit à un verdict de quasi-relaxe : il y a bien quelques éléments de ressemblance, mais elle n’admettra jamais que j’aie tenté de lui nuire, encore moins de la détruire, et pas même de l’emprisonner, puisque, bien lui en souvient, je lui ai répété jusqu’à plus soif, à une époque où je bornais son horizon, qu’il fallait voir au-delà, et que je n’ambitionnais d’autre rôle que celui d’étape ou de marchepied; et j’étais sincère; mais pour la simple raison que je ne l’aimais pas, raison que je ne suis guère tenté de lui dévoiler. À peine si elle me faisait oublier Hélène le temps d’un orgasme… et elle a beau se piquer de planer très au-dessus de son adolescence, il serait impolitique de lui assener que je ne lui ai jamais bêlé : « Je t’aime » que par politesse.

Pour elle, tout est simple : si je n’ai pas atteint l’âge adulte, si je reste fixé à la jeunesse des partenaires et cours après la mienne, c’est que je n’ai pas fait le plein à la bonne époque – comme elle-même, qui s’en targue à présent, oubliant qu’il y a trois ans, sortant d’un adultère tout frais avec son boss, et se remémorant sa vie de patachon estudiantine, elle s’interrogeait sur une éventuelle essence de salope; un psy est passé par là depuis, et surtout les soucis et occupations sérieux d’une Maman : à présent, c’est une Femme, douée d’une Personnalité, et toutes mes élucubrations sur le beau sexe ne concernent que les minettes, perdues entre l’infini du Tout et celui du Rien. Quant à ce qui l’a fugitivement poussée vers moi jadis, ne cherchons pas, c’est la Carence de Père, le sien s’étant fait distant parce qu’il la préférait : ils en ont causé depuis, et tout s’est dénoué! À présent elle connaît sa place, elle est en harmonie avec le monde et les hommes, et porte un regard indulgent sur mon adolescence très attardée, et probablement incurable. Le déficit d’amour, que voulez-vous, sonne l’heure où l’on ne peut plus le combler, et l’on ne s’en remet pas. Le plaisant, c’est qu’elle me dispense ces platitudes éculées comme autant de leçons, du haut de l’Olympe, et que je prends mon pied à abonder dans son sens, à déposer mon offrande sur l’autel de l’Instinct Maternel, à reconnaître que je suis “au fond” un gars très simple, fourvoyé dans un faux self histrionique, sans souffler mot de l’imposture basique à mes yeux de l’Adulte, qui ne se serait trouvé un ego qu’en s’identifiant à un autre, ni de l’incréativité à quoi il est acculé ainsi… peut-être. Comme tout de même je brandis ferme le drapeau de ma préférence pour les gamines, les femmes faites – pour ne rien dire des hommes, qui, avec leurs exigences systémiques, sont pires! – ayant fermé boutique, n’écoutant plus que ce qu’elles ont déjà dans le crâne, et ne distinguant autour d’elles que des êtres moins évolués, elle applaudit; mais ces imbus, elle les évite : pas une seconde elle n’imaginerait que c’est son portrait que j’esquissais là. Et j’en suis ravi : aucune envie de lui voler dans les plumes et d’attenter à son confort moral, alors pourtant qu’elle ne me définit que par mes manques, et ne théorise que pour donner une position dominante à sa petite vie terne, que je m’offre le luxe d’envier hautement. Voilà donc que je me délecte de relations mondaines? Enfin! Une fill… pardon! une Femme, qui n’est pas foutue d’absorber dix pages d’Hirigoyen, qui en aucun cas ne se muera en lectrice! qui en fin de parcours s’empresse de raccrocher, l’Époux (férocement jaloux depuis qu’elle lui a avoué certaines frasques) revenant du boulot! N’est-il pas clair que c’est le premier stade, et qu’on peut prévoir le dérapage vers les rosseries, dès que j’aurai épuisé le sac des ronds-de-bouche? Eh bien non : ce que devrait m’enseigner le passé, je ne l’intègre pas, et il me semble qu’à raison d’un appel par mois ou par trimestre cette caricature de dialogue pourrait durer indéfiniment, dans la mesure où elle s’astreint à acquiescer, acquiescer, acquiescer! Ne sais-je pas ce qu’en vaut l’aune, et ce qu’on découvre, dès qu’on développe? Comme je me demande à haute voix si pour un mâle la soixantaine ne serait pas le meilleur temps pour faire des lardons, puisqu’au moins il ne leur reprocherait pas de lui avoir scié son potentiel… Mais comment donc! Son mec, justement, était accro au deltaplane, et il a dû en rabattre, pour donner un peu plus de présence à sa progéniture! À l’évidence nous ne jouons pas dans la même cour, puisque je causais accomplissement dans une œuvre, et qu’elle me répond divertissement. Mais tout baigne, je lui renvoie l’ascenseur des oui, et le savoureux, c’est que cet aval fallacieux est capable de me redonner la pêche pour une semaine! Comme tu le dis, mon ex-mie (de pain), la vie, c’est tout simple

Est-ce que ça tient encore la route, de voir dans le refus de la différence et de l’altérité la fleur ou la racine de la narcipathologie, quand on considère que les Grandes Personnes en sont tout aussi affectées que nous, et à frais infiniment moindres? F. m’apparaissait il y a quinze ans comme un être à dessiller, en lui révélant combien, à son insu, elle était semblable à moi; encore avais-je l’excuse qu’elle ne se connût pas du tout, et ne jouît que d’un bagage conceptuel fort mince; à trente-trois berges elle ne l’a guère accru en ce genre, et n’hésite pas, à moi qui ai passé à cela une vie deux fois plus longue que la sienne, à m’apprendre ce que je suis, sur la base de ce que je devrais être, si j’avais évolué normalement, c’est-à-dire comme elle! Elle est d’ailleurs prête – et c’est sans doute ce qui m’enchante, pour un temps – à entériner toutes les carences que je veux bien lui suggérer, dès lors qu’elles sont carences, et qu’elle représente, elle, le paradigme de la Saine Évolution. N’en sommes-nous pas tous là? Le Respect de la Différence n’est-il pas, lui aussi, mythique? Ou, disons, confiné à la tolérance apparente, que je professe et pratique comme un autre?


PS : Ah ah! Tout faux! Petit coucou ce matin : « J’ai beaucoup réfléchi à ta définition de la femme adulte, et je pense que finalement, elle est assez juste bien que trop « extrême » à mon goût. Oui… je m’observe et m’écoute parler à mon homme depuis hier et je trouve que je lui laisse peu de place dans la discussion. […] excès de confiance en soi ? blasée ? aigrie ? je ne sais pas vraiment mais je t’avouerai que de me voir ainsi me choque un peu ! je vais donc essayer de changer et d’être un peu plus ouverte aux autres ! » Voilà qui est gênant, non pas en soi, mais parce que j’aurais dû tourner un peu plus ma plume dans ma main avant de répondre, avec force protestations du plaisir que me donnait sa conversation, qu’en effet elle semble bien de ces gens qui ont fait leur vendange, et, partant du postulat de leur perfection, ne voient autour d’eux que des nains aberrés, qu’à ne se préoccuper que de ce qui manque aux autres, et jamais de ce qu’ils peuvent receler en plus, elle risquait fort de se bloquer et de trancher sans savoir, etc, etc. Le clash, demain? Je ne crois pas, j’y ai mis les formes. Mais on dirait bien que le vieux compte à rebours a déjà recommencé… Incorrigible! 

Par Narcipat - Publié dans : Anecdotiquotidien - Communauté : névrose
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  • : « Une tentative d’exploration – et de cure – du narcissisme pathologique par l’introspection, et, si possible, le dialogue. Comparons nos symptômes, ne serait-ce que pour trier l’essentiel de l’accessoire. » Tel était le message originel, mais le dialogue, je ne sais trop pourquoi, s'est opiniâtrement dérobé, et ce blog tourne au fourre-tout. Si le narcissisme pathologique vous intéresse, plutôt fouiller dans “voix autorisées” et “théorie plus perso”. Tout le reste est littérature.
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