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Le blog de Narcipat

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[Sublimation, célébrité, échec et frustration]

27 Juillet 2017 , Rédigé par Narcipat Publié dans #VA : X : La paranoïa

5.5. La sublimation et la célébrité

Pour poursuivre sur ma réflexion supra, il existe des paranoïaques célèbres sur le plan littéraire, créateur et artistique, pas seulement dans le champ politique, médical ou intellectuel. Certains sont décédés (Rousseau, Picasso, Dali, etc. [Vous seriez bien embarrassée de donner des noms à ces cetera.]), d’autres encore vivants. Leur point commun est de susciter soit l’idolâtrie soit la répulsion. Dans tous les cas, ils ne laissent pas indifférents! [S’agit-il de leur personne ou de leur œuvre? Un nombre considérable de grands créateurs se sont rendus insupportables à leur entourage – dans la mesure, souvent, où ils pouvaient se le permettre du fait de leur notoriété, mais pas toujours. Plus Rousseau a avancé en âge, plus il a érigé la méfiance et l’ingratitude en système. Mais il avait vraiment contre lui les soutiens du pouvoir en place et les “philosophes”; et, comparé à Voltaire ou à Buffon, c’était un saint. Quant à l’œuvre, la paranoïa n’y est pénible que lorsqu’elle est visible, dans la soi-disant autodéfense de Rousseau juge de Jean-Jacques, notamment, ou dans les saynètes que fait jouer le précepteur par tout le village à l’intention d’Émile, cette éducation par le mensonge gâtant de longs passages d’un livre qui demeure extraordinaire par le parti qu’il prend de partir du désir de l’élève – ce qui pourrait bien, en soi, constituer un système paranoïaque au sens large. Le délire parano est d’abord une innovation interprétative, une tentative de mettre du sens (un sens aussi holistique que possible) dans le réel, ou d’en changer le sens, par des associations inédites : bref, la création d’une Weltanschauung. Dans cette acception, on peut traiter l’œuvre de Freud de délire paranoïaque – au succès inégalé, puisqu’il a ouvert les yeux de ceux mêmes qui n’ont pas lu trois pages de lui, à moins qu’il ne leur ait encrassé le regard de “réalités” comme l’Œdipe, la castration, la signification des rêves et des lapsus, etc. De là à soutenir que l’œuvre paranoïaque ne peut susciter qu’idolâtrie ou répulsion… Quand elle relève, même fort intelligible, complètement du délire, comme celle de Jean-Pierre Brisset, par exemple (cité par Breton dans l’Anthologie de l’humour noir), ce qu’elle suscite, c’est surtout de l’ennui. Et comme ça semble bien le cas de la mienne, pour le peu de lecteurs qu’elle a touchés, il est irrésistible de se demander si la folie, une folie qui nécessairement m’échappe, mais qu’un lecteur sain ressentirait, ne ferait pas obstacle à l’appropriation.]

    Peut-on parler d’un génie paranoïaque? [Mais d’abord, peut-on parler de génie? Autrement dit, est-ce que le verdict de “génie” signifie autre chose qu’un jugement porté sur des œuvres plus ou moins exceptionnelles, et qui, chez les plus grands, en côtoient d’exécrables? Est-ce un trait paranoïaque de nier l’existence de génie ou de talent potentiels, et en tout cas la possibilité de connaître d’avance ses propres limites, donc de mesurer l’aberration éventuelle des visées qu’on se fixe? Doit-on taxer de psychose un bonhomme qui jusqu’à son dernier souffle remet au lendemain la réalisation d’un idéal?] Tous les paranoïaques ne créent pas, mais lorsque les paranoïaques créent, ils peuvent devenir célèbres par leur force incroyable de travail, et le caractère original de leur œuvre. [Assimilation du “génie” à la célébrité, normale et naturelle sous la plume d’une fille à papa (et/ou à maman) qui n’a jamais eu à expédier des paquets postaux aux éditeurs. Il me semble qu’une œuvre colossale et/ou méditée et/ou travaillée + originale aurait comme un droit d’être connue, et même le soussigné fainéant banal sera suspect ici de jérémiades aigries.] Bien sûr, compte tenu du fait que la paranoïa est une pathologie de la falsification, il n’est pas rare de rencontrer dans leur création des reprises indues à d’autres [Si cette charabiesque périphrase désigne le plagiat, autant l’écrire en toutes lettres. N.B. qu’il fait mauvais ménage avec l’originalité, et que le vice du parano serait plutôt cette “imitation inversée” qu’est la quête du contre-pied et la recherche de distinction. D’autre part, cette “pathologie de la falsification”, glissée comme allant de soi, ne passe pas de même. Qu’est-ce que ça signifie concrètement? Que l’interprétation paranoïaque falsifie le réel?] lesquels n’auront pas été cités (et le domaine de la psy ne fait pas exception non plus, certains pourront penser à quelques grandes figures aux traits pervers/paranoïaques). Mais pas seulement. Mon hypothèse est que certains paranoïaques peuvent devenir des créateurs, voire des génies, en s’appuyant précisément sur le noyau mélancolique présent au sein de la paranoïa et dont, depuis Aristote (Aristote, L’homme de génie et la mélancolie. Le Problème XXX, présentation et notes de J. Pigeaud, Paris, Payot & Rivages, 1988) [Et zut! Encore une lecture à faire, qui ne se trouvera pas dans les casiers de soldes!], nous savons qu’il est au cœur de la création littéraire et artistique. [Le malheur, c’est que “s’appuyer sur lui” demeure aussi flou que ce “noyau” même. S’agirait-il de travailler de son mieux la “position dépressive”, que je fuis comme la peste?] Le processus créateur pourrait être une tentative, non seulement d’expulser le délire hors de soi, mais de le transformer et, en cela, est une tentative de sublimation, quand bien même elle serait avortée. Beaucoup de paranoïaques ont une fibre artistique. Certains la développent, d’autres l’inhibent, et sans doute ces derniers sont les plus dangereux, car précisément ils s’empêchent (ou sont en incapacité) de sublimer leur haine et leur agressivité délirante. De fait, les paranoïaques se guérissent d’une part dans l’expulsion de leur délire au travers d’une œuvre artistique ou littéraire, d’autre part, dans la reconnaissance sociale et narcissique de cette œuvre. [laquelle, rappelons-le, ne touche pas un écrivain sur mille – et je ne parle pas d’en vivre, mais de la mini-reconnaissance du premier seuil, de la publication. Si la haine et l’agressivité délirante existent ailleurs que dans l’imagination de l’auteure (en ce qui me concerne, je n’en éprouve pas l’ombre, alors que je viens de passer 80 entrées de blog à “harceler” la prose d’une inconnue; or si l’on peut être agressif à son insu, selon les critères du destinataire ou des témoins, on demeure selon moi seul juge de sa haine et de son amour : inconscients, ils n’existent pas), combien ne seront-elles pas exacerbées par l’échec, le mépris, l’indifférence ou la simple ignorance qu’elles prendront pour dédain! Le conseil de se mettre à l’écritoire ou au chevalet me paraît plus propre à usiner des frustrés éventuellement violents qu’à leur valoir une reconnaissance narcissique. L’auteure nous passe-t-elle ici son histoire en contrebande? Le rythme de ses publications, le bâclage qu’il implique, peut donner l’impression d’une fuite éperdue… talonnée par la paranoïa.] Si les deux sont liées, alors la pathologie perd considérablement de son ampleur, et le risque de passage à l’acte meurtrier est clairement amoindri. À l’inverse, si le paranoïaque s’interdit son expression artistique et littéraire, et se vit de surcroît comme un artiste méconnu voire raté [Pour se vivre en conscience comme un artiste méconnu, au moins faut-il avoir produit quelque chose. “Raté” est plus vague, pouvant viser aussi bien la crampe que la “nullité” des textes, des toiles ou autre. Cela dit, que resterait-il d’un paranoïaque qui s’accepterait comme “raté”? qui aurait renoué connaissance avec son propre néant?], cela aggrave sérieusement sa pathologie. C’est d’ailleurs ce qui surprendra Lacan [Si c’est vrai, il en fallait peu pour le surprendre] dans le cas Aimée : lorsqu’Aimée, à la faveur de la tentative d’assassinat, devient un personnage public, le délire prend fin. Aimée rencontre enfin la reconnaissance narcissique là où elle ne l’a pas rencontrée en tant qu’auteur de romans. [Et c’est tout ce qu’elle cherchait : à être visible, et non à intruser l’intime d’autrui, ou je ne sais quoi. La spécificité de la paranoïa s’en trouve plutôt mal, réduite qu’elle est à une simple excroissance du narcissisme pathologique. Reste à savoir si un crime, surtout raté, procure un apaisement durable, surtout si les verrous sont à l’extérieur : “Aimée” n’a pas connu le case prison.] Pour Lacan, la reconnaissance sociale est avant tout celle d’inscrire sa plainte dans le champ social : se faire un nom dans le public à défaut d’en avoir eu un dans le privé. Et se faire un nom avec sa création artistique, c’est aussi la possibilité que sa plainte et sa souffrance puissent être entendues au travers de l’œuvre. Il est, dans cette perspective, assez clair que si Hitler avait été un artiste reconnu sur le plan narcissique pour ses productions, il n’aurait sans doute pas emprunté le chemin de haine et de lutte pour la reconnaissance qui fut le sien. [Une cauda prévisible. Hitler n’est selon moi qu’un épiphénomène, son rôle était tout écrit dans le traité de Versailles, et l’état consécutif de l’Allemagne : si le Führer potentiel avait été “guéri” par le succès de sa peinture, il s’en serait trouvé dix ou cent pour le remplacer. Reste qu’on voit mal quelle “plainte” ses croûtes académiques (essentiellement des bâtiments qui semblent décalqués de photos, quelques paysages…) avaient à faire entendre, et comment, même si l’on doit avouer qu’on trouve ce travail plus honnête que les 9/10èmes du barbouillage post-surréaliste, elles auraient jamais pu conquérir les cimaises, ou, privées de cette “reconnaissance”, permettre à l’artiste d’“évacuer” une paranoïa. Vous ne manqueriez pas de trouver significatif que la plupart des humains, et même la vie animale, en fussent presque bannis, mais en ce cas, que ne pourrait-on dire de Tanguy, Miró ou Mondrian! 

    Pour en revenir au seul écrivain méconnu ou raté que je connaisse intimement, il est patent que l’échec de ses scribouillages n’a pas généré de velléités dictatoriales, ni de décompensation violente, si l’on excepte, de loin en loin, l’étrillage verbal d’un proche, ou d’un lointain. Mais d’abord, les occasions de dictature ont manqué, et quant au meurtre dont je caressais le projet en avril, j’attends encore d’être sûr d’avoir affaire à une canaille… pour me dégonfler, probablement, ce qui atteste que je ne suis pas si prêt que ça à sacrifier mon bien-être à un peu de notoriété. Suis-je paranoïaque? J’en ai assurément des traits, largement imputables à la solitude (à moins que ce ne soit l’inverse) mais ce serait alors un parano inhibé. Ne répondons pas à la question avant de nous être attelé à une synthèse provisoire, qui me prendra sans doute tout août, sinon davantage. Dès à présent… Non, tais-toi. Ce livre m’aura au moins incité à prêter une attention différente à ces accès d’angoisse où “précipite” ou “se cristallise” une organisation qui se veut rationnelle, et n’est affectée d’aucune “sophistique” particulière, ni d’une valeur démesurée accordée au moi-pour-autrui, mais repose sur des prémisses branlantes, du fait d’une ignorance du réel aggravée par la solitude, et dont on dirait parfois que je la cultive à plaisir, pour me donner de l’être, via une Weltanschauung singulière. L’ordre factice que j’essaie de mettre dans le monde, en réseau ou en secteur, remplace-t-il celui que donnent aux humains normaux l’Œdipe, la castration, l’assomption de la Loi? Même s’il en était ainsi, il serait trop tard pour y remédier. Et conviendrait-il de le faire? Les “humains normaux”, qui se satisfont d’un sens hérité, et seraient plutôt en voie de disparition, tant la voix paternelle s’est affaiblie, sont-ils si enviables?]

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[Où est la Loi? (et que vient-elle faire ici?)]

26 Juillet 2017 , Rédigé par Narcipat Publié dans #VA : X : La paranoïa

 

5.4. Où est la Loi? [Je n’en reviens pas de la tranquille désinvolture avec laquelle vous cousez votre patchwork. Ce sous-chapitre n’a strictement rien à faire ici. Cet essai n’est pas composé, et je crois que tous ces chiffres bidon soulignent le défaut au lieu d’y aveugler.]

Le patient paranoïaque a souvent des démêlés avec la loi, des procès. Il peut vivre un divorce, avoir des différends avec ses voisins, se vivre (indûment) comme harcelé au travail (ce qui est typiquement paranoïaque est d’invoquer une situation où la personne se dit victime tandis que c’est elle qui agresse), etc.

 

Diffamations

« Elle me diffame », dit un proviseur de collège [sic] paranoïaque à l’encontre de son adjointe qui a porté plainte contre lui, suite à un rapport diffamatoire la visant directement. Au lieu d’évoquer la plainte en diffamation, le proviseur la reprend à son propre compte et retourne l’accusation. [Il y a peut-être des raisons précises  de décider duquel est le parano dans cette affaire; mais comme elles ne nous sont pas fournies, on ne peut que constater l’impasse habituelle du “çui qui l’dit qui l’est”. Je ne suis que trop disposé à donner tort au plus haut placé, mais la mauvaise foi a ce vice de susciter sa pareille en retour.]

 

    Étant, par définition, difficilement en capacité de se distancer [sic] de son délire, le patient paranoïaque prend souvent à parti [sic] le thérapeute pour une intervention dans le réel, visant à soutenir son délire (attestation, témoignage en justice, etc).

    De plus, il testera l’existence de la loi auprès de son thérapeute, en évoquant les désirs d’infractions, de meurtres, etc. [“Tester l’existence de la loi” n’est certes pas le but de l’opération : je mettrais ma main au feu qu’en déroulant ce qu’il faut bien appeler, en dépit de vos a priori classificateurs, des fantasmes de meurtre, de massacre, et/ou de suicide, en faisant croire qu’il les projette pour de bon, et en se figurant sans doute plus ou moins le croire lui-même, le paranoïaque (celui du moins que je lis en moi) cherche à s’éviter le passage à l’acte, le percipi d’un potentiel comblant son narcissisme, au moins pour un temps; raison pour quoi je trouve excellent le conseil que vous donnez au thérapeute de dire sa peur, car si les “Retenez-moi!” implicites du patient ne sont pas pris au sérieux, une escalade est toujours à craindre.] C’est alors que le thérapeute ne doit pas hésiter à rappeler le cadre de la loi, pour désenfler le délire, pour poser une limite symbolique que le patient paranoïaque reconnaît partiellement (et non totalement, sinon il ne serait pas paranoïaque [Il reconnaît l’existence de la loi et le risque du châtiment. Son bien-fondé, c’est différent; et le devoir qu’il aurait, lui, de la respecter, bien autre chose encore : le parano, comme tous les narcisses mégalomanes, excepte son cas.]), dans son existence (même si, d’après lui, la loi est toujours de son côté [Je ne comprends pas cette insistance. La loi telle qu’elle devrait être, à la rigueur. Pas telle qu’elle est!]). Il s’agit donc de le renvoyer à l’impossibilité légale de réaliser telle ou telle action. [Ça ne tient pas debout! Si votre patient ignore qu’un meurtre est illégal, il ne se contente pas d’interpréter de travers, il est en complète rupture avec le réel, et le diagnostic de paranoïa ne vaut pas un clou!]

    Poser la loi, c’est aussi poser des limites à l’intrusion que cherche souvent à faire le patient paranoïaque dans la vie privée de son thérapeute, dans le réel de sa vie. Là encore, il s’agit de rappeler le cadre, avec bienveillance, et de ne pas laisser de prise à l’intrusion. Ne pas faire surgir le réel dans la thérapie, dissocier le réel et l’espace psychique intime, sera très aidant pour le paranoïaque. [Il s’agit moins de dissocier le réel de l’intime que de rappeler qu’un seul des interlocuteurs est autorisé à “intruser l’intime” de l’autre, comme vous diriez. Je pense que le parano, dans sa rage du contrôle, ne peut s’accommoder de cette inégalité institutionnelle que parce qu’il se fiche bien de la vie privée de son thérapeute  en soi : seul l’intéresse son regard, les manips qu’il peut lui faire subir, et, éventuellement, l’épouvante qu’il peut créer, en citant comme au passage l’adresse exacte du psy, par exemple, ou les prénoms de ses enfants.]

    Si d’aventure le contre-transfert devient trop négatif, ou si le patient se révèle agressif et menaçant, il ne faut ni hésiter ni tarder à adresser le patient à un confrère, s’il n’est pas suffisamment délirant pour une prise en charge hospitalière. Car c’est bien là que le problème se pose : nombreux sont les paranoïaques, occupant souvent de hautes fonctions dans la société, qui ne sont jamais hospitalisés. [L’hospitalisation à la demande de tiers, estampillée par médecin ou maire, incompétents, pas nécessairement impartiaux, éventuellement paranos, puis du préfet idem, + pas informé perso du cas, pose, ce me semble, un problème un peu plus grave.]

    Se pose la question de la prise en charge thérapeutique dans le quotidien, y compris lorsque les patients sont en plein délire, car pour des raisons variées, ils ne sont pas nécessairement accueillis en psychiatrie hospitalière (ce qui nécessite une hospitalisation d’office, procédure contraignante et parfois lourde [et risquée pour ceux qui s’y livrent, en cas d’abus]). De plus, le délire peut ne se manifester qu’en secteur, et la personne pouvant être habile à manipuler le psychiatre, il n’est pas nécessairement repérable. [Le risque de diagnostiquer à tort une paranoïa n’est pas pris en considération. Je n’ai jamais subi le moindre début de cure, mais il ne faut pas se dissimuler que, dans ce cas précis, c’est entre autres un duel d’intelligences, et que le danger n°1 est que le psy soit plus bête que son patient – la sclérose des a priori étant à inclure dans la bêtise. Après tout, Lacan ne disait-il pas du psy de sa didactique : « Il est trop con pour me psychanalyser! »?]

 
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[L’écriture salvatrice?]

25 Juillet 2017 , Rédigé par Narcipat Publié dans #VA : X : La paranoïa

 

    L’écriture peut se révéler comme une possibilité d’ouvrir un espace transitionnel au délire. L’action thérapeutique doit pouvoir consister à accompagner le patient psychotique dans cet espace transitionnel, par accueil du texte, réception et retour interprétatif. [On batifole dans l’utopie, là! À moins bien sûr que le psy ne facture ses heures de lecture, ce qui ne saurait manquer de faire très mauvais effet au paranoïaque.] La création artistique peut également jouer le rôle d’une sortie de crise, par exemple de crise suicidaire, en figeant l’événement non pas sur le corps propre, mais sur la représentation. [De ce point de vue, je m’en suis donné! Mais va savoir si je serais mort, sans tant de suicides de papier…]

    Sur le plan littéraire, le patient paranoïaque peut être capable de symboliser partiellement en narration tout ou partie des traces archaïques de son délire dans une œuvre pour le partager et le communiquer. Par exemple, le cas Aimée, pourtant en proie à un délire paranoïaque, a écrit plusieurs romans. [Où l’on ne trouverait pas trace de parano, sans le commentateur – peu convaincant sur ce point, pour le peu que j’en ai lu.]

    Ce travail d’écriture peut être inséré dans le processus thérapeutique.

    La “symbolisation du délire” en littérature résulte de la création d’un espace transitionnel, où demeure la possibilité de réception d’un texte par un lecteur qui s’en attribue le sens, et dont le thérapeute pourrait faire office. En revanche, le délire n’est pas littérature lorsque le texte est à ce point hermétique et inintelligible, qu’il ne suscite chez le lecteur aucune démarche d’appropriation identificatoire. À ce propos, Barthes (1993, Le bruissement de la langue, Paris, Seuil) a évoqué la nécessité de sauvegarder le cadre symbolique dessiné par la langue maternelle du sujet. Ce qui fait la littérature, c’est la possibilité de rester dans le cadre de l’intelligibilité tout en créant de l’“inouï”, c’est-à-dire un élément nouveau qui possède la propriété d’être métabolisable par l’ensemble du système, et de le modifier en retour. Ainsi, le langage et l’espace-temps paradoxal où se situent l’œuvre et notre lecture sont une zone intermédiaire entre la réalité psychique du lecteur et de l’auteur, et des codes dont ils partagent certains principes symboliques fondamentaux. [Il est plaisant de voir Barthes, un des pires fauteurs du formalisme qui sévit dans l’école et en Fac depuis plus de quarante ans, et a désappris la lecture à deux générations, insister (dans un texte posthume?? Sa vieillesse, dit-on, était en proie au doute…) sur l’intelligibilité nécessaire du texte. “S’attribuer le sens” de ce qu’on lit ne mérite pas le gras, étant pis qu’ambigu, mais admettons que la “démarche d’appropriation identificatoire” précise le tir. Qu’elle soit possible “fait la littérature”, en effet, la bonne comme la mauvaise, ou, disons, en définit la condition minimale. Cela posé, se cogner un inédit, présumé sans valeur, est une tâche pénible. Peut-on attendre d’un thérapeute qu’il lise l’œuvre de son patient? Au vrai, ce serait déjà prou. Peut-on exiger davantage, c’est-à-dire une interprétation, un nouveau sens? C’est bien ce que produit, ou prétend produire, Lacan sur la base des textes d’Aimée, auxquels un lecteur profane ne trouve rien de paranoïaque. À y regarder de près, ne serait-il pas préférable pour l’analyste que l’écrit, à l’exemple des libres associations qui sont sa matière habituelle, ne présentât aucun sens préalable, et que ce fût à lui de le trouver? L’appropriation fusionnelle du lecteur englobe, certes, des épisodes de distanciation, mais n’est pas à donner en exemple au soignant.]  

    Ainsi, pour la paranoïa, se pose clairement la question de l’élaboration artistique et littéraire. J’ai ce type de débats avec certains collègues, pour lesquels la paranoïa ne fait que projeter son délire à l’extérieur, et serait incapable de symboliser quoi que ce soit. Toutes ses créations seraient factices [Pourquoi? Chasseguet-Smirgel dit la même chose, avec son “pénis fécal”, mais elle ajoute, bizarrement, que le faux plaît souvent plus que le vrai. Est-ce que le délire du paranoïaque ne lui est pas profondément personnel? Je ressens obscurément cette facticité chaque fois que je m’attable au clavier, et il me ferait grand bien de l’attaquer au scalpel, mais je ne m’y sens pas aidé par ces psy qui la dénoncent au passage, de manière sommaire, floue… et factice.] empêchant tout espace transitionnel, précisément. Je soutiens personnellement une thèse où [sic], chez certains paranoïaques, des parties saines semblent perdurer, qui leur permettraient d’enclencher des tentatives de symbolisation à travers la création littéraire ou artistique. [Ces “parties saines” semblent descendre du ciel. Je ne comprends pas grand-chose à la “paranoïa-critique” mais il est certain que c’est par le canal de la folie que surgit l’“inouï”, qu’il reste à maîtriser. Les “parties saines” sont chargées de la critique, mais sont-elles jamais créatrices?] Ces amorces de symbolisation, surtout lorsqu’elles sont doublées d’une reconnaissance narcissique sur le plan social, seraient d’ailleurs une façon très nette d’abraser l’agressivité paranoïaque et de la détourner en la sublimant. [S’agit-il vraiment de sublimation? Ne devrait-elle pas présider à la création, alors qu’il n’est de reconnaissance que du produit fini? D’autre part, cette reconnaissance est pour le moins fort improbable : 999‰ des écrivains au très bas mot n’en connaissent jamais l’embryon, et toute l’idéologie pèse pour attribuer leur insuccès au métalent : dans ces conditions, le scribouillage ne va-t-il par fournir simplement un thème additionnel au délire de persécution? Et, dans un pourcentage ignoré, un motif de suicide aux victimes de la confederacy or dunces? Les pires dunces étant ceux qu’on a dotés dès les langes d’un bon carnet d’adresses… C’est aussi cela, l’héritage des générations.] La création artistique peut aussi être une tentative de soigner son narcissisme, en se mettant au centre de l’œuvre, comme a pu le faire Rousseau, avec ses Confessions. [Soit. Encore que Rousseau “mette au centre de l’œuvre” son soi, et pas son narcissisme, consciemment du moins, ni sa paranoïa. Ce n’est toujours pas ce coup-là qu’on va nous expliquer en quoi, et pourquoi, certaines œuvres sont “factices” et d’autres non.]

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[La méthode paranoïa-critique]

24 Juillet 2017 , Rédigé par Narcipat Publié dans #VA : X : La paranoïa

 

Les patients paranoïaques ont souvent, de par la forme du délire (une “folie raisonnante”) un niveau intellectuel qui leur permet d’écrire, d’abord pour asseoir leurs revendications, ensuite parce qu’ils peuvent avoir une grande curiosité intellectuelle. [Étrange concession, plus étonnante encore, peut-être que celle de leur faculté de capter l’inconscient du thérapeute lui-même. Le paranoïaque ne devrait pas être si curieux de ce qui risque de mettre en cause sa Weltanschauung délirante, et pour ma part, c’est d’une terrible réticence à m’instruire que je me sens affecté. Une cause toute simple étant la peur de ne pas piger, renvoyant à une incapacité qui battrait en brèche le self grandiose, peur associée à celle d’être absorbé par le discours de l’autre, et d’y perdre mes contours. Bien que je ne cesse d’appeler le dialogue de mes vœux, je ne suis pas bien sûr de ne pas faire de mon mieux pour l’éviter, et d’avoir une curiosité intellectuelle si vigilante pour des savoirs qui menaceraient mon fortin : comment expliquer autrement que n’étant tenu à l’écart de tout devoir depuis quinze ans, j’en sache si peu à l’article de la mort?]  Beaucoup d’auteurs ont remarqué que le délire systématisé intervenait de préférence chez des esprits plutôt cultivés et éduqués, c’est-à-dire ayant des aptitudes à faire des liens de signification. [Bonne définition, je trouve, mais plutôt de l’intelligence que de la culture, et surtout de l’éducation, laquelle, dispensée par des répétiteurs imbéciles, n’incite guère à faire des liens.]

    Dans ces cas-là, il est pertinent d’encourager les patients à écrire, à créer, à produire. Ce faisant, c’est une sorte de tentative de symbolisation (avortée, mais elle n’en demeure pas moins une tentative), dans la mesure où la paranoïa vise initialement à réprimer la vie pulsionnelle. [Vous auriez pu tenter de démontrer cela, qui nous arrive in fine comme avéré, alors qu’on n’y a vu que de vagues allusions dans le cours du livre. Je ne crois pas que le paranoïaque cherche à réprimer la vie pulsionnelle, mais qu’elle est chez lui faible et pantelante ex initio. Quant au déficit de symbolisation, je ne sais toujours pas à quoi l’on peut bien le repérer, dans un texte ou une œuvre d’art quelconque. Or s’il ne se manifeste en aucune façon, la formule est vide.] Encourager donc le paranoïaque à exprimer la vie pulsionnelle dans une œuvre, ainsi que son agressivité, en la transformant, en la sublimant, me paraît d’utilité publique. [Certes… jusqu’à ce qu’il trouve dans l’échec à percer jusqu’à un public de quoi renforcer son délire de persécution!]

 

La méthode paranoïa-critique

Salvador Dali tenta un processus d’autoguérison par l’art en créant sa “méthode paranoïa-critique”, un procédé de création inventé pour tous les arts et défini comme “une méthode spontanée de connaissance irrationnelle, basée sur l’objectivation critique et systématique des associations et interprétations délirantes”.

Dali tenta de rationaliser et d’exprimer le processus de création dont il repéra les étapes, à travers son autobiographie. Bénéficiant de la fréquentation de Lacan, et ayant étudié la leçon de Clérambault sur la paranoïa comme structure d’association d’idées, mais aussi la clinique de Dromard concernant la création artistique, vue comme une interprétation critique d’images obsédantes qui surgissent à la conscience quand celle-ci passe à un état crépusculaire, le mentisme, Dali présente son propre processus de création comme un dépassement du mentisme, une projection littérale de l’obsession même, voire du délire interprétatif de l’artiste.

Cette faculté n’est donnée qu’aux êtres habités “d’associations et d’interprétations délirantes”. [C’est-à-dire, selon moi, à quiconque “s’écoute”.]

Les idées extravagantes à l’origine de l’œuvre s’organisent en une structure, d’une obsession sur laquelle la subjectivité de l’artiste enchaîne les images.

Ces images d’idées obsédantes vont “s’objectiver a priori par l’intervention critique”, c’est-à-dire la réflexion distante, l’œil de l’artiste. C’est la partie critique de la méthode.

Le rôle de l’artiste est d’être réceptif à ces associations d’images et de comprendre le système qui les associe, d’“interpréter” leur signification, pour les organiser en une œuvre.

L’artiste est un “révélateur créatif”, riche du défilement des images qui l’habitent, et qu’il lui appartient d’interpréter en une vision signifiante.

Dans La métamorphose de Narcisse, “premier tableau obtenu entièrement […] de la méthode paranoïa-critique” en 1937, le peintre part d’une idée obsédante, celle de l’image que l’artiste a de lui-même. Cette idée obsédante est l’idée que l’artiste a quelque chose dans la tête qui aboutit à la production d’une œuvre représentant ce que lui seul voit ou comprend quand il contemple sa propre image. Narcisse voit un narcisse, de même que le tableau montre le processus en abyme de sa création. [Quelle est la part de Dali (et celle de Wikipédia) dans cet amphigouri insignifiant? Que la métamorphose de Narcisse soit un tableau extraordinaire (comme le plus gros de la production daliesque de 30 à 45) ne fait pas oublier à quel point l’homme était frimeur, sautant sur toute occasion d’étonner, ce qui contredit un peu la tranquille certitude qu’il affiche d’être “un génie” (noter qu’il serait, à ma connaissance, le seul “génie” reconnu à se sacrer/publier tel lui-même, alors que la conviction d’être “un écrivain-né”, voire “le plus grand” est courante chez les écrivaillons de notre temps). Paranoïaque? Ça se discute, je ne le connais pas assez pour émettre un avis, mais je me demande comment notre auteure peut vidimer si aisément un tel auto-diagnostic. Quant à la “méthode”, qu’y discerne-t-on de solide, qu’un ravalement des deux étapes de la création? D’abord, laisser venir. Puis porter sur ce qui vient un regard critique distancié : car « l’imagination imite, c’est l’esprit critique qui crée » (Wilde, mille fois cité). Mettons que je sois trop con pour comprendre…]

Dali se sert de Lacan comme caution scientifique et le cite dans ses écrits. [Peu! Ne pas oublier que c’est Lacan (fort éloigné encore du Senseï qu’il deviendrait dans les années soixante) qui, avant guerre, est allé à Dali, non l’inverse.]

La paranoïa-critique se veut subversive, en révélant les motifs cachés et obscènes d’une morale mêlant religion, interdits sexuels et exploitation des hommes. Dans La vie secrète de Salvador Dali, autobiographie achevée à New York en 1941, l’artiste y [sic] revendique sa paranoïa comme le ressort de son génie. [Ce qui paraît impensable à une psychanalyste comme Chasseguet-Smirgel, pour qui la production parano ne saurait être que “pénis fécal”.]

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[Ne jamais contredire un paranoïaque]

23 Juillet 2017 , Rédigé par Narcipat Publié dans #VA : X : La paranoïa

 

5.2. L’impossible interprétation et la neutralisation de tout jugement

Si je renvoie à mes analyses supra, le paranoïaque interprète le monde d’une manière délirante, faute d’y trouver un sens, faute d’avoir lui-même été interprété correctement par ses premiers porte-parole. [Je ne vais tout de même pas relire le bouquin une fois de plus pour chercher où diable ce dernier point pourrait avoir été abordé. J’ai vu peu de plumes qui maniassent le supra avec un pareil aplomb. Rappelons aussi l’énigme du surgissement tardif d’une psychose aux racines si précoces.] Ainsi, il s’agit pour le thérapeute de ne pas manier l’interprétation avec le paranoïaque (ou la personnalité à tendance paranoïaque), de ne pas lui infliger cette violence de l’interprétation. [Un peu facile : moi, je ne crois pas demander mieux qu’une interprétation qui englobe la mienne!] Il sera également conseillé de ne pas manier de double-sens, ni tout ce qui introduit de l’ambiguïté, de l’espace dans le langage, et sera interprété de manière persécutée. [Mouais. Je conseillerais surtout de ne pas manier l’ironie, que les imbéciles substituent trop aisément à l’argumentation, et qui, prenant toujours, sous le nom de réel, la doxa comme référentiel, ne peut qu’exaspérer le parano moyen.] Il sera en revanche possible de proposer des hypothèses sous forme de questions, et le patient se prêtera volontiers au jeu de chercher la réponse. Attention enfin aux remises en question trop fortes, aux résistances massives du patient paranoïaque. Autant il s’agit de nommer ses éprouvés avec un patient paranoïaque, autant il est fortement déconseillé de lui dire ce que l’on pense de lui, ou même de le contredire, et avant cela, de mettre en question ou en doute la véracité de ce que lui apporte comme discours [sic]. Surtout, il est fortement déconseillé de lui dire qu’il délire, que non, dans la réalité, pourquoi pense-t-il qu’il y a un complot, lui-même n’est pas si important qu’il ne le pense, qui lui voudrait vraiment du mal, etc. Ce type de réactions engendre un surcroît de délire, car le paranoïaque se sent insécurisé de n’être pas cru dans ses éprouvés, et donc finira par englober dans le délire, sous la figure d’un persécuteur, la personne qui tente de nier sa représentation délirante du monde. [Je ressens cela dans ma fibre. Mais même si le délire est une tentative d’autoguérison, il provoque de la souffrance, je vois mal comment on pourrait atteindre une guérison réelle sans s’attaquer au symptôme visible (avec des précautions, cela va sans dire). À moins qu’il ne tombe de lui-même, déraciné par une “sécurisation” elle-même illusoire? Ça me paraît relever du conte de fées. Et il me semble que les divers délires qui m’ont saisi ces dernières années, hypocondriaque, mystique, de ruine, et même un peu persécutif, n’auraient demandé qu’un interlocuteur pour s’apaiser. Cela dit, je ne recommanderais pas de traiter le délire mégalomaniaque, de beaucoup le plus répandu, et par lequel une fraction considérable de la population répond à un “éprouvé” d’infériorité, par une dialectique serrée…]

    Plus que pour n’importe quel patient, il s’agira ici d’appliquer le principe de neutralité, d’abstention de tout jugement. En clair, pour tenter de créer une alliance transférentielle qui tient quelque peu, il s’agit de ne surtout pas venir déposséder le patient paranoïaque de ce qu’il s’est octroyé comme pouvoir : pouvoir de l’interprétation, pouvoir du jugement, pouvoir d’analyse. Des hypothèses peuvent être suggérées, en laissant au patient paranoïaque l’illusion qu’il maîtrise. La première qualité d’un thérapeute qui accueille un patient paranoïaque ou à tendance paranoïaque est donc la prudence! Ainsi, les mécanismes sensitifs et interprétatifs peuvent éventuellement se travailler. Le thérapeute peut proposer au patient de trouver lui-même d’autres interprétations possibles, et de l’y aider (sans les produire de façon impérative). Il s’agit de déstabiliser ces mécanismes en proposant peu à peu, de manière suggestive, au patient de s’approprier d’autres formes de contrôle interprétatif, qui le desserre de l’étau [sic] rigide du délire. Par exemple, face à une interprétation qui consiste à dire « il n’est pas sympa avec moi, je suis nul, il m’en veut », le thérapeute peut aider à formuler d’autres champs interprétatifs : « il n’était pas de bonne humeur ce jour-là » [Trop drôle! Comme on se retrouve! Le problème, c’est que des généralités même vraies à leur façon, comme “Ton frère est toujours grincheux le matin” ou “Tu te fais toujours des idées” ne peuvent apaiser durablement. Paranoïaque ou non, croyez-vous que je vais renoncer à une interprétation pour un moindre sens? Il me faut un sens qui inclue le mien, et que je puisse à mon tour phagocyter.], « il a des problèmes d’argent », « il a des soucis dans son couple ». Ce travail consiste à penser les intentions de l’autre (et à ne pas les rendre systématiquement malveillantes), mais aussi à donner d’autres interprétations aux comportements d’autrui. Le thérapeute peut suggérer des motivations bienveillantes ou, <à> tout le moins, plus neutres [C’est-à-dire lénifiantes. On l’abhorre, cette “neutralité”!]. que celles qu’attribue le patient paranoïaque. Dans tous les cas, l’interprétation ne sera jamais proposée telle quelle, mais au sein d’un travail clairement dédié aux interprétations, travail auquel le patient se dédie également. Rien ne sera posé par le thérapeute sous forme d’affirmation (et encore moins d’interprétation sauvage), mais seulement sous forme d’hypothèses que le patient est bien sûr libre de rejeter si elles ne lui conviennent pas.

    Dans le même ordre d’idées, la thérapie peut s’orienter vers l’apprentissage progressif de l’empathie, avec les sujets à tendance paranoïaque, mais qui ne sont, là encore, pas totalement rigidifiés sur le plan psychique : que ferait-il, s’il était à la place d’un tel ou d’un tel, que ressentirait-il, etc. [Mais on ne cesse pas, de “se mettre à la place”, justement! Seulement, c’est sur le mode projectif d’« Ôte-toi de là que je m’y mette! » ou « Tais-toi donc, et écoute qui tu es. » Si j’étais “à la place” d’Un Tel, je répondrais à un courriel dans les douze heures, je jugulerais mes “mouvements d’humeur”, que les autres n’ont pas à endurer, je ne me vexerais pas d’une algarade raisonnée sans avoir fait l’effort d’y répondre, etc. Cela dit, pourrais-je supporter un type comme moi??] Tout ce qui ouvrira davantage l’espace psychique du paranoïaque et l’apaisera sera le bienvenu. Quoi qu’il en soit, il ne faudra jamais mettre en doute ni l’éprouvé du paranoïaque, ni son délire. [En bref, “contredire un fou”.]

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[Contre-transfert et bienveillance]

22 Juillet 2017 , Rédigé par Narcipat Publié dans #VA : X : La paranoïa

 

5.1. Contre-transfert et bienveillance

La question du contre-transfert est en soi fondamentale, mais elle l’est encore davantage dans la paranoïa qui, d’une part, en tant que psychose, capte tout de suite l’inconscient du thérapeute, [Je ne retrouve nulle part cette propriété qui serait à vous lire le fait de toute psychose! Mais pourquoi? Mais comment? On croirait un écho de la croyance populaire, que tout déficit de la raison discursive doit être compensé par un profit instinctuel : « Médor sent que tu ne l’aimes pas. »] d’autre part, en tant que spécifiquement paranoïa, interprétera tous les “non-dits” ressentis du thérapeute contre elle.

    Suivre un patient paranoïaque ou un patient à tendance paranoïaque (même état-limite) nécessite donc des règles strictes pour le thérapeute lui-même. Il s’agit d’être au clair avec son inconscient et ses projections contre-transférentielles, et de les nommer. Car ce qui n’est pas nommé paraîtra obscur et étrange au patient, et c’est sur ce sentiment d’étrangeté qu’il pourra développer un délire de persécution sur son thérapeute. Pour minimiser les risques, il faut nommer les mouvements transférentiels. Par exemple, il peut s’agir de dire au patient « lorsque vous parlez ainsi, vous me faites peur », parce que le patient paranoïaque aura de toute façon senti l’éprouvé de peur du thérapeute. Si le thérapeute ne met pas de mots sur ses éprouvés, c’est pire, car cela laissera le vide, ce vide sur lequel s’enracinera l’interprétation délirante. [Ce patient paranoïaque, qui capte immanquablement “l’éprouvé de peur”, mais est aveugle à sa cause, alors même qu’il a sciemment cherché à provoquer cette peur, me laisse incrédule : encore une fois, d’où donc viendrait cette captation intuitive à un persécuté, par exemple, incapable de comprendre que son “persécuteur” n’a tout simplement pas songé à lui une minute? Cela dit, je ne discute pas la nécessité d’amadouer le patient. Mais le bon sens populaire (“Il ne faut pas contredire les fous.”) nous l’aurait aussi bien enseigné.]

    Bien souvent, j’ai pu remarquer que l’expression honnête des propres éprouvés du thérapeute fonctionnait et permettait d’établir un lien, à l’endroit où bien sûr, dans d’autres types de prises en charge, le thérapeute n’a pas à exprimer ses propres éprouvés. Mais dans le cadre de la prise en charge d’un patient à tendance paranoïaque, cela me paraît un outil de travail extrêmement important, car ainsi le patient peut apprendre, à travers le thérapeute “porte-parole”, à mettre des mots sur ce qu’il ressent de l’éprouvé de l’autre, et qui peut lui paraître étrange, bizarre, et devenir obsédant s’il n’est pas nommé. Le thérapeute ne pourra rien cacher de ses mouvements contre-transférentiels à son patient, qui les captera tout de suite, et même avant lui! [J’aimerais bien jouir de cette faculté. Mais que serait-elle d’autre qu’une forme d’empathie?] Le pire consiste donc à éprouver de la peur (ce qui donne, par conséquent, de l’existence à la destructivité du paranoïaque, ce qu’il convient, évidemment, d’éviter [Pas évident du tout : donner de l’existence à la destructivité sans qu’elle soit passée à l’acte, c’est la désamorcer.], en travaillant soi-même sur cette peur), mais également de la [sic] refouler, ce que le paranoïaque percevra, et n’aura de cesse d’interpréter dans sa configuration délirante.

    Cela suppose un travail fin et discriminant sur son propre contre-transfert : comprendre ce qui se joue, même si c’est ressenti comme une partie de soi qui appartient à l’autre, sans se sentir par exemple coupable de ressentir de tels éprouvés [ou l’inverse : quelle langue, Seigneur!] de haine envers son propre patient, ce qui peut arriver lors d’un suivi de patient à tendance paranoïaque.

 

L’imitation paternelle

Jean-Jacques a sa fille en résidence alternée, fruit d’un long combat narcissique, où il lui était impossible de céder sur la garde, au mépris même des désirs de l’enfant. En séance, il explique à la psychiatre qu’en réalité, il ne sait toujours pas comment être père, conscient de son incapacité affective avec sa fille (NB : ce qui ne l’a pas empêché de militer pour la garde alternée), et que, par conséquent, il observe les gens autour de lui et refait pareil. En entendant cela, la psychiatre est traversée par des éprouvés d’horreur, de sidération et de rejet, qu’elle met au travail en supervision, en comprenant qu’elle éprouve alors ce que ce père ne parvient pas à éprouver vis-à-vis de sa propre posture paternelle. [et qu’il devrait éprouver, insinue à l’évidence le texte, ce qui me trouble un peu, car non seulement ce bonhomme me paraît plutôt digne de pitié, mais je ne reconnais, dans son attitude incroyablement humble, rien du paranoïaque tel qu’il nous a été présenté jusqu’à présent, seul détentinventeur de la vérité, etc. Reconnaître qu’il ne sait pas, et n’a nul moyen de savoir, au lieu de traiter sa fille en prolongement de lui-même, en s’efforçant de lui imposer tous ses goûts sans considération de l’âge, je ne vois pas là de quoi susciter une telle horreur; il est en tout cas plus avancé que moi sur la voie du Tiers et de la guérison. Il est vrai que moi, peu importe, alors que lui déraille in vivo : l’enfant est menacé. Mais on ne sait trop par quoi, ici.]

 

    Avec la paranoïa, il s’agit surtout de ne pas activer de contre-transfert de haine (ou de le désamorcer lorsque c’est le cas, notamment en supervision), et de sécuriser, autant que faire se peut (il s’agit, bien sûr, d’une mission impossible, mais il convient de la fixer en idéal), le patient. Pour cela, il est bien évident qu’il s’agit de rester constant, de ne pas varier, de ne pas manier l’interprétation, de rester extrêmement prudent, mais surtout, d’être pleinement bienveillant, même lorsque le patient insiste, s’énerve, s’agace, harcèle, pose des injonctions, etc. Des outils de relaxation et de respiration [?] peuvent être proposés, si le patient n’est pas trop délirant et présente plutôt une personnalité de type paranoïaque.

    La bienveillance, plus qu’ailleurs, est fondamentale ici. [On n’en oit guère l’écho dans votre livre.] Il s’agit pour le thérapeute d’entendre, derrière les manifestations haineuses, agressives et menaçantes, l’éprouvé d’impuissance du patient paranoïaque, sa blessure narcissique, et la souffrance psychique que cet éprouvé engendre. Cela crée la nécessité de comprendre et d’entendre <ce> que tout ce système de contrôle masque, à savoir, une épouvante, un effroi et une détresse infantiles incommensurables. [À ce point incommensurables, si je vous suis bien, qu’on s’est bouché toute voie pour en rien ressentir, et que le premier effet d’une cure réussie serait une reprise de contact avec la terreur et la détresse?] En entendant cet éprouvé de terreur, le thérapeute peut lui-même dépasser sa propre peur contre-transférentielle, et développer une empathie envers son  patient, empathie qui est particulièrement nécessaire dans ce type de suivis (sans qu’elle signifie de se laisser manipuler par son patient ni entraîner dans son délire bien sûr!).

    Souvent, le patient à tendance paranoïaque sera plus en mesure de travailler avec un thérapeute de l’autre sexe, même si ce n’est évidemment par son premier mouvement, en raison du type de projections homosexuelles qu’il subit (cf. supra). Lors des phases dépressives, qui font surgir le noyau mélancolique, il est essentiel que le thérapeute intervienne en étayage, voire puisse proposer un traitement ou des solutions d’hospitalisation, car il arrive que des patients à tendance paranoïaque basculent sévèrement dans une dépression de type mélancolique.

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[Difficultés diagnostiques et problèmes de contre-transfert]

21 Juillet 2017 , Rédigé par Narcipat Publié dans #VA : X : La paranoïa

 

3. Les difficultés diagnostiques

Le diagnostic de paranoïa peut être difficile à poser, surtout si le patient sait masquer son délire, art dans lequel excellent les paranoïaques.

    Beaucoup de professionnels se laissent, de plus et malheureusement, piéger par la conviction délirante dont j’ai parlé supra, faute de formation adéquate et poussée sur la psychose paranoïaque (qui, vu sa dangerosité, mériterait d’être étudiée au premier plan dans les études de psychopathologie [mais à laquelle les psychiatres américains ont peut-être quelques raisons de ne plus croire du tout, qui auraient elles aussi mérité d’être étudiées dans les études]). Ainsi, ils se font happer dans le délire, et ce d’autant que le paranoïaque sait parfaitement manipuler et repérer les failles du thérapeute lui-même. [Je ne parviens toujours pas à gérer ce mélange d’erreur et de perspicacité.]

    Par ailleurs, la fonction générale d’un thérapeute nécessitant d’être dans l’empathie, le paranoïaque sait se placer en victime et manipuler la “fibre” empathique de son psy. [On se demande en quoi c’est “par ailleurs”. C’est une honte de publier sans se relire.] Tel bourreau conjugal sera plaint par son thérapeute, telle mamie odieuse avec sa descendance se présentera comme abandonnée de tous.

 

Attestation ou non

« Docteur, j’ai besoin d’une attestation disant que tous les psychiatres qui ont dit que j’étais parano se sont trompés, et qu’ils ont été instrumentalisés par mon ex-mari, dans le cadre du divorce, car il veut récupérer l’ensemble de mes biens. Vous seule pouvez faire cela! »

Si la thérapeute dit « oui », elle tord complètement sa pratique, son éthique, et contredit son propre diagnostic. Si elle refuse de faire cette attestation, alors elle est vue comme participant au “complot” contre sa patiente. [Y a-t-il matière à hésitation?]

 

    Enfin, il est clair que le patient paranoïaque exige un positionnement du thérapeute : pour, ou contre, lui. S’il est “pour”, alors le thérapeute bénéficiera d’un sursis, d’une paix passagère, s’il est vécu comme “contre”, alors il sera à abattre, par tous les moyens possibles (harcèlement, calomnie sur Internet, etc.). Lors de ce meurtre (symbolique ou réel, mes paranoïaques pouvant, je le rappelle, passer à l’acte) [mais ne passant que rarement à d’autres actes que des paroles ou des écrits, raison pour quoi on a lieu de s’interroger sur le sens concret du “déficit de la fonction symbolique”], le professionnel doit faire face à un transfert massif de haine, et, dans leur grande majorité, les professionnels, il faut le dire, ne sont pas préparés ni aptes à réceptionner un tel transfert de haine, lequel les paralyse et les sidère.

 

4. Les mécanismes de défense du thérapeute lui-même

La paranoïa est sans doute la pathologie qui déclenche le plus aisément les mécanismes de défense chez le plus grand nombre (cf. supra). Ceci est très problématique s’agissant des professionnels de santé, d’une part pour le repérage diagnostique, d’autre part pour ce que cela engendre, en cas d’erreur, tant sur l’aide au patient que sur l’aide apportée aux enfants de parents paranoïaques.

    Pour le patient paranoïaque, si le thérapeute se laisse entraîner dans le délire, il sera considéré comme faible, et il ne pourra plus l’investir comme thérapeute. [C’est ce que je crois répéter depuis le début, au sujet de la liaison amoureuse, s’entend : parvenir à s’assimiler l’autre, ou se l’imaginer, c’est le priver ipso facto de toute valeur fondatrice de mon soi-sujet via percipi.] S’il se montre en revanche trop méfiant, il sera vécu sur le mode de la méfiance et de la persécution. S’il a peur de son patient, ce dernier s’interrogera sur la culpabilité de son thérapeute, etc.

    Concernant les enfants du paranoïaque, un thérapeute manipulable, mal construit psychiquement, mal formé, peut vivre la dissociation interne entre l’enfant idéal (qui ne vit pas de maltraitance [mais que, pour cela même, le parano devrait trouver ennuyeux]) et l’enfant persécuteur (qui dénonce les maltraitances qui font souffrir le thérapeute, qui ne veut/peut rien en savoir). Il n’a alors plus la capacité de percevoir et d’entendre l’enfant. Il existe des attitudes de maîtrise : « “les enfants mentent” par exemple est un magnifique exemple de dénégation défensive qui permet la projection sur l’enfant “méchant” de par ses déclarations. La haine est alors projetée sur l’enfant qui est ensuite rejeté, traité d’affabulateur, de manipulateur et de mauvais objet. Cette diabolisation de l’enfant est un signe important à relever parce qu’elle vient signer l’instrumentalisation à l’œuvre. » (Propos du Dr ***, avec laquelle j’ai l’occasion de travailler ces sujets). [Exactement rapporté? On l’ignore. Mais on peut passer beaucoup à un propos, tant qu’il n’est pas écrit, a fortiori donné en modèle. Or comment ne pas relever le paralogisme de cette accusation « les enfants mentent » qui permet de projeter sur eux la haine, puis de les rejeter et de les traiter d’affabulateurs, c’est-à-dire de faire exactement ce par quoi on a commencé!?]

 

5. Suivre un paranoïaque

Au-delà de la sérieuse difficulté clinique du suivi thérapeutique d’un paranoïaque qui, par définition, ne se remet pas en question [“par définition”, ô que vrai! Car dès qu’il se remet en question, ou, du moins, s’interroge, c’est que, parano, il ne l’est pas tout à fait! Ces “parts saines d’un psychisme pourri” me font rigoler.], il peut arriver que les thérapeutes aient à suivre des paranoïaques ou encore, des patients qui sont borderline, sur la pente glissante d’une éventuelle décompensation paranoïaque. [Juste pour dire… je me demande ce que devient la paranoïa de caractère si toute violence dingue est réputée décompensation paranoïaque… ce qu’elle est devenue, peut-être, dans le DSM 5, c’est-à-dire une absence.]

    En vertu de la capacité psychotique de saisie immédiate de l’inconscient du thérapeute [laquelle a été affirmée, mais non prouvée, et encore moins raisonnée : cet “accès direct à l’inconscient” paraît plutôt relever de la pensée primitive, qui tient à la puissance de Satan, pour expliquer que les bons puissent être méconnus.], ce dernier doit être au plus clair de son contre-transfert, et se faire impérativement superviser à cet effet. En particulier, le moindre mouvement ou affect de rejet envers son patient sera l’objet immédiat d’une interprétation négative. Quoi qu’il en soit, la temporalité paranoïaque se retrouvera également dans le suivi thérapeutique, et ce d’autant plus si ce suivi est particulièrement investi. [C’est-à-dire les trois mois d’idylle suivis de doute… Bien dommage que lorsque vous touchez terre il soit impossible de vous croire!]

    On exercera une prise en charge orientée vers la lutte contre le sentiment permanent d’insécurité, le développement de l’empathie, afin que le sujet sache mieux se mettre à la place des autres et adopter des points de vue différents et complexes. Attention aux doubles sens néanmoins, ou à l’humour, qui peuvent être très mal perçus. [Rien qu’un échantillon de ce que vous appelez humour éclairerait un peu ma comprenette. Votre livre en tout cas m’en paraît complètement dépourvu, et amène à douter que vous en soyez capable.]

    Il est indispensable d’apprendre à lutter contre ce sentiment d’insécurité permanent qui envahit la personne paranoïaque. Il faut lui apprendre à se mettre à la place des autres, à éprouver de l’empathie et à interpréter moins négativement les comportements d’autrui, à ne pas systématiquement percevoir des intentions malveillantes dans le comportement des autres. [Difficile d’imaginer des recommandations plus insignifiantes… et plus répétitives!]

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[ Soigner la paranoïa?]

20 Juillet 2017 , Rédigé par Narcipat Publié dans #VA : X : La paranoïa

[Sans exclure donc quelque retour en arrière, un jour où je ne trouverai pis à faire, j’aborde directement le chapitre 6, et mes chances de guérison… réputées minces, on le sait.]

 

Chapitre 6

 

Soigner la paranoïa?

 

L’on voit rarement des paranoïaques dans le circuit de la psychiatrie, en premier lieu parce qu’ils pensent aller très bien, ce sont les autres qui défaillent… [mais surtout parce que la paranoïa se déclenche, ou, disons, sort de l’ombre tardivement, et qu’on répugne à se faire soigner la psychè à quarante ou soixante ans : moi, par exemple, je serais intéressé par ce qu’un psy (même aussi engoncé que mon auteure dans des théories préétablies) pourrait dire de mon cas, pour peu qu’il s’y intéressât le moins du monde (donc nettement moins depuis que j’en ai vu un cinq minutes par mois pour prolonger mon ultime dispo). Mais même si une rénovation in extremis était possible, j’aurais le sentiment d’être un parasite ridicule si j’allais creuser le trou de la sécu pour simplement mourir dans la peau d’un mec normal, alors que mon innocuité est désormais totale.] Lorsqu’ils surgissent dans l’institution, c’est à la faveur d’une “faille” dans leur système délirant, d’une fêlure, la plupart du temps sur un mode dépressif (lors des hospitalisations d’office suite à des passages à l’acte). [Vulgo : des soi-disant tentatives de suicide, je suppose.] Le délire ne tient plus suffisamment, ne parvient plus à faire écran, et c’est alors que surgit le noyau mélancolique dont j’ai déjà parlé. [de manière allusive, comme d’une espèce de monstre mystérieux que sa dénomination suffirait à créer émergeant du loch].

 

1. Le transfert sur le psy : idéalisation et persécution

L’expérience transférentielle dans le travail analytique ravive les angoisses fondamentales face à l’objet d’amour, et peut entraîner une régression affective au sein du transfert.

    Le transfert paranoïaque est, comme tout transfert de type psychotique, massif. Pour le paranoïaque, il s’agit d’idéaliser le thérapeute qui sera vécu comme le prolongement corporel et psychique de lui-même. Dans cette fusion, dans cet amour idéal s’inscrira aussi l’insécurité dont j’ai parlé. S’ajoute à cela [À vue de nez, on dirait plutôt que ça s’en retranche!] l’angoisse de l’omnipotence d’un thérapeute qui pourrait lire dans les pensées, manipuler, etc. Sur la base de ses projections, le patient idéalisera d’abord le thérapeute  avant d’en faire son ennemi juré, sur le mode de la persécution. Si le patient sent qu’il peut ensuite figer son thérapeute dans la peur, alors la méfiance augmentera : « si le thérapeute a peur, c’est qu’il a quelque chose à se reprocher », se dira le paranoïaque, sans voir que précisément c’est lui-même qui, par son comportement et ses remarques, induit cette peur…

 

« J’ai envie de les buter toutes (sauf vous, docteure, bien sûr) »

Le patient paranoïaque se régale de tétaniser sa psy en lui déroulant ses désirs de meurtre, de vengeance sur son ex-épouse. « Elles sont toutes pareilles, vous ne trouvez pas docteur? » Elles nous trahissent et ensuite il faudrait qu’on ne dise rien! Je vais vous faire une confidence, docteur, j’ai acheté un flingue, et chaque soir, je le contemple en me demandant ce que ça ferait si je lui en tirais une, là, en visant bien, dans la cervelle.. On en finirait une bonne fois pour toutes. Il n’y a que vous docteur qui sauvez l’image des femmes pour moi… » À chaque séance, il en rajoute, affirmant tout à la fois que cette psy est son idéal de femme, et en même temps qu’il veut « buter toutes les femmes » (sauf elle bien sûr), et il se régale de son effroi. Si cette psy ne s’était pas laissé entraîner dans l’effroi, ce patient paranoïaque n’aurait sans doute pas joué autant cette mise en scène passionnelle et tragique. Se sentant (légitimement) en danger, cette psy consulte un superviseur, qui lui conseille de changer de posture : travailler sur sa peur, rappeler le cadre légal de l’obligation de signalement [pas évidente à définir pour le profane, entre les art. 434 du Nouveau Code Pénal, définissant une obligation de mouchardage des crimes à commettre… au sens un peu large, les criminels pouvant toujours récidiver (434-1 : 3 piges et 45000 euros) et des maltraitances sur mineurs et autres personnes “pas en mesure de se protéger” (434-3 : même peine si vous “n’entendez pas” les cris d’un enfant dans le clapier d’à côté), et d’autre part les 226-13 et 14, définissant le secret professionnel. Profitons de l’occasion pour faire observer que la fraction des rodomonts paranos qui passeront à l’acte est évidemment très faible : alors, pourquoi refuser le nom de fantasme à ces menaces qu’ils se délectent de voir se refléter dans l’œil d’un (ou d’une, de préférence) psy, et qui, j’en jurerais, les dispensent de “buter” qui que ce soit?], retrouver une parole d’auteur (et non de victime sidérée par ce discours). Dès lors, le délire du patient dégonfle (puisqu’il n’y rencontre plus de jouissance), et il cesse de mettre en scène des histoires de meurtre et d’arme à feu. [Autobiographique? L’emploi de “psy” sec, inhabituel dans la prose de l’auteure, semble indiquer l’évitement d’une suspicion d’incompétence. “Docteure” passe sans verre d’eau, sauf que c’est en psychologie, et pas en médecine, donc en contravention à l’usage français : un prétendu “pervers” faisait sonner cette différence entre psychiatre et psychologue au début du chap. 4., la différence majeure tenant à la longueur des études et à la présence, in medio, d’un concours, ce qui n’empêchera pas, selon moi (et la plupart des paranos, je suppose), un Bac+10 de coller ses problèmes à ses patients, ni un analphabète d’y voir clair en vous; ce qui toutefois relativise cruellement cette assertion, c’est que je n’ai rencontré ni l’un ni l’autre.]

 

    Les résistances au transfert s’inscrivent sur le mode de l’archaïque, avec le clivage, l’introjection passive, l’identification projective, mais aussi, sur le mode pervers, avec l’instrumentalisation du thérapeute et des velléités d’emprise sur lui.

    La haine s’illustre également dans le transfert, par moments, teinté d’agressivité, d’imprévisibilité, de débordements affectifs. L’impossible sécurisation, jamais obtenue de la part du thérapeute investi comme objet maternel et tout puissant, peut fragiliser le patient, qui se retrouvera confronté avec une terrible violence intérieure.

    Néanmoins, le transfert aura une utilité sur le plan narcissique, surtout sur le même sexe, car il obligera à se confronter à la dialectique Moi/Autre, face à la pulsion homosexuelle archaïque dont nous avons parlé, avant de parvenir au stade de l’altérité. Il pourra se prolonger tant que le patient le désire mais aussi, tant qu’il n’y a pas de mise en danger du thérapeute sous la menace paranoïaque.

 

2. La posture victimaire : pourquoi consultent-ils?

La question se pose à juste titre : pourquoi, s’ils ne se remettent jamais en question, les paranoïaques consultent-ils des thérapeutes?

    Il existe plusieurs cas de figures. Tout d’abord, il existe des patients à tendance paranoïaque, qui en souffrent, mais ne sont pas complètement délirants et peuvent donc partiellement se remettre en question. Eux sont donc en capacité de travailler sur leurs propres mécanismes.

    Quant aux autres paranoïaques, de type plus affirmé, ces patients consultent souvent pour obtenir l’aval du psy, que ce soit un aval pour leur personne propre, ou le besoin d’un aval [sic] comme un certificat, un papier, mais un aval plein et entier, une sorte de “caution” thérapeutique qu’eux ne sont pas fous, mais que les autres, si, en somme une adhésion pleine et entière au délire.

 

« Je ne suis pas paranoïaque, je suis intelligente »

Voilà une femme paranoïaque qui rencontre de gros problèmes avec ses collègues au travail et est suivie par un psychiatre. Ce dernier lui fait un certificat pour une demande d’invalidité après un arrêt maladie et lui annonce le diagnostic de “paranoïa” qu’il écrit sur le certificat. Pas le moins du monde touchée, elle en parle à sa famille et contredit très calmement ce diagnostic en disant : « Je ne suis pas paranoïaque, je suis intelligente ». Comme si l’intelligence excluait un tel diagnostic! [Non, évidemment. Il n’empêche que la remarque de la “malade” témoigne en sus d’une intelligence plutôt limitée, et qu’on ne peut pas désespérer d’avance des facultés thérapeutiques de l’intelligence appliquée à l’auto-examen.]

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[Lassitude]

19 Juillet 2017 , Rédigé par Narcipat Publié dans #VA : X : La paranoïa

 

    Dans la pathologie paranoïaque, l’enfant est vécu comme un organe vital, partie de soi-même, psychiquement et physiquement, jusqu’à former un organisme omnipotent défiant toute autre présence et toute autre loi. L’enfant est enclavé, jamais engendré. Cette relation défie le facteur temps, et empêche toute autonomie de l’enfant qui reste au cœur du giron. Enfin, avec un parent paranoïaque comme un parent pervers, les enfants sont fétichisés dans l’emprise, instrumentalisés comme faire-valoir social.

    L’incestuel dont des psychanalystes de renom ont parlé [Malheur à lui sans cette caution!] est plus archaïque que la perversion sexuelle car la finalité est de ne laisser à l’autre aucune place pour être, tandis que dans la perversion il existe un objet partiel qui est fétichisé.

    Tous les paranoïaques sont dans l’incestuel, dans le sexuel non sexuel, avec une très forte indifférenciation des êtres sur les plans corporels, psychique et social. C’est bien là qu’est la plus grande destruction de la vie psychique qui soit, ou même son empêchement à devenir subjectivation, vie psychique.

    L’on retrouvera néanmoins dans les passages à l’acte incestueux (l’inceste génitalisé) davantage de pervers, et encore bien plus dans la pédocriminalité, sauf lorsqu’il s’agit d’entretenir le harcèlement sur l’autre parent, dans les cas de divorce. L’enfant transgressé devient un moyen de chantage et de harcèlement de l’autre parent, et il n’est pas rare que des paranoïaques obtiennent la garde totale de l’enfant qu’ils abusent [sic] en stigmatisant le parent protecteur, ce qui interroge, d’une part, la dangerosité manipulatrice de cette pathologie, et d’autre part, les carences majeures de la justice et des services de protection de l’enfance en France, notamment en termes de formation en psychopathologie et de posture professionnelle. [Pour s’en tenir au concret, je doute fort qu’un paranoïaque engagé dans un conflit pour garde d’enfant, du moins tant que dure le procès, abuse sexuellement dudit enfant pour faire pression sur la partie adverse! Mais s’il le fait, je comprends que les “acteurs institutionnels” n’en veuillent rien croire, et trouvent l’“aliénation parentale” plus confortable pour leurs méninges.]

 

L’idole

« Avant tout, la relation incestuelle est une relation narcissique. L’objet incestuel est investi tel une idole. Mais cet investissement n’est pas à perte : l’idole a impérativement pour fonction d’illuminer l’idolâtre en retour. Paré en secret (et ce secret est essentiel) de toutes les qualités qu’on lui prête, l’objet incestuel est ébloui et fasciné, avant que d’être finalement et à tous les sens du terme, confondu. Il incarne un idéal absolu. Il a tous les pouvoirs. Par-dessus tout il ne manque pas d’être paré du pouvoir, même s’il ne l’exerce pas, de procurer au parent la jouissance sexuelle. Fils, amant, et même père (ou fille, maîtresse ou même mère), il ou elle sera tout cela indistinctement. Quel fils, quelle fille résisterait à une pareille adulation? À une telle complétude? Mais qui, pour finir, n’y perdrait pas? Car on l’a vu, la question de savoir qui dans cette relation admire qui, cette question est plus qu’indécise : elle est biaisée. L’objet incestuel est captif d’une projection narcissique envahissante : il a pour mission profonde et impérative, d’incarner à lui seul les objets internes qui manquent à l’auteur de l’adulation narcissique. Telle mère n’a pas pu connaître et aimer son père; elle a délaissé et perdu son mari; elle n’a pas connu sa mère; il lui en reste un vide intérieur intolérable; et c’est l’objet incestuel (encore une fois fils, père et amant) qui va, qui peut, qui doit par délégation narcissique incarner ce monde intérieur absent ou dévasté. L’objet incestuel concrétisera donc la projection par cette mère de l’idéalité qui la fait survivre à la place des présences internes qui lui manquent. Quel périple! Ou plutôt, quel court-circuit! Oui : le court-circuit narcissique remplace les trajectoires libidinales. [Je pourrais m’interroger sur mes raisons de trouver repoussante cette théorie  fumeuse, moi qui ne perdrais rien à culpabiliser ou psychiatriser tous ces pères gagas de leur fille qui partout se sont dressés sur mon chemin, et dans ma famille même. Il faudrait quand même voir que l’enfant idolâtré l’est ordinairement pour son imprévu, sa différence, sa personnalité. L’admiration amusée avec laquelle Jules Renard consigne dans son Journal les mots, presque tous délicieux, de sa fille Baïe, qui avait huit ans lorsqu’il est mort, demeure un modèle : ce n’est pas une part de lui qu’il aime, mais une mystérieuse créativité. Ce qui ne l’aurait pas empêché de faire une gueule d’enfer si, cinq ou dix ans plus tard, elle s’était éprise d’un voyou ou d’un abruti. Que mon objection soit pertinente ou non, je vais m’arrêter là, au tiers de ce laïus sur “l’idole incestuelle”, auquel je comprends au moins qu’il ne saurait me concerner en rien. J’en ai ma claque de perdre mon temps. Les idées que m’a données le premier tiers de ce livre, par réaction pour la plupart, se sont éloignées, et je risque de n’avoir gagné à ma copie et à mes gloses que la stérilité, si toutefois elles n’étaient pas expressément faites pour m’éviter l’épreuve de rédiger quelque chose de construit et de vivant, que je repousse depuis plus de trois ans.

    Laissons donc cette “idole”, le délire du vol d’enfant et la pédocriminalité. Enjambons le chapitre sur les dangers de la paranoïa… Peut-être y reviendrai-je? Citons au moins, pour amende honorable, l’encart qui lui sert de conclusion, et qui révèle chez l’auteure une cervelle un peu moins mainstream qu’il ne m’avait semblé jusqu’à l’heure :]

 

Injonction paradoxale de type paranoïaque

En janvier 2014, les Français sont priés de bien vouloir entendre qu’il existe des limites à la liberté d’expression, et qu’il est normal que le politique se permette une ingérence sans mesure  pour condamner un humoriste en l’interdisant à l’avance de [sic] produire ses spectacles, en invoquant ses blagues plus que douteuses sur la communauté juive. Toute voix qui poserait une nuance, un doute, ou par exemple, rappellerait le principe fondamental de la liberté d’expression, est alors soumise à la vindicte populaire, accusée de soutenir l’antisémitisme et le révisionnisme. [Il n’y a pas de quoi déclencher une batterie d’applaudissements, puisque la popularité de Valls ne s’est pas relevée de cette prise de position sectaire; je donne néanmoins un coup de chapeau à quiconque, surtout encore jeune, le crâne bien bourré par plus d’un quart de siècle d’école, adepte d’une pseudo-science qui a un besoin vital de renvois d’ascenseurs, et au surplus nullement ennemi des innovations lexicales, n’emploie pas l’immonde “négationnisme”, créé à la fin des années 80 pour répondre aux questions avant de les poser.] Toute personne en désaccord est assimilée ennemie [sic] de la nation.

En janvier 2015, les Français, traumatisés par les attentats, sont priés de bien vouloir manifester pour soutenir le principe inconditionnel de la liberté d’expression pleine et entière, en référence à un journal [jadis libre, et changé depuis bon bail en torchon sectaire] qui insulte très souvent la communauté musulmane, avec des caricatures plus que méprisantes et humiliantes. [Avec ça qu’ils se gênent pour bouffer du curé! Mais ça paraît normal depuis cinquante ans. Les seuls qu’on se garde d’attaquer sont nos véritables maîtres.] Toute voix qui poserait une nuance, un doute, et pourrait se poser la question des limites de la liberté d’expression est alors soumise à la vindicte populaire, tout le monde est censé manifester [non : jusqu’à l’heure, il est encore permis de ne pas bouger, et de penser ce qu’on veut, à condition de s’en taire], y compris aux côtés de criminels de guerre.Toute personne en désaccord est assimilée ennemie [sic] de la nation.

En somme, à une année d’intervalle, les Français sont priés de soutenir l’injonction exactement contraire, et surtout, sommés de ne pas penser ni appeler au débat et à la réflexion. [Pas de quoi tomber des nues, soit. Aucune allusion aux origines différentes de l’injonction (étatique en un, populaire en deux) ni à… mon Dieu, bien des choses ou une seule! Mais on ne peut guère en dire davantage et être publié. Et tout de même, dans un ouvrage obédentiel quasiment de la première ligne à la dernière, deux alinéas de ce carat rafraîchissent, et laissent à supposer que tant de sentences péremptoires s’accompagnent d’une liberté d’esprit pas nécessairement résiduelle. D’ailleurs, s’orienter vers la psychanalyse, au XXIème siècle, n’est-ce pas se situer résolument en marge? On peut, du moins, le voir ainsi.]

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[Le deuil originaire]

18 Juillet 2017 , Rédigé par Narcipat Publié dans #VA : X : La paranoïa

 

    De plus, dans les familles où sévit l’incestuel, la banalisation tente de faire passer comme naturelles et normales des situations dans lesquelles des liens incestuels, voire incestueux, sont à préserver à tout prix. Les différences générationnelles sont brouillées, et les places sont interchangeables, dans une confusion sévère entre l’espace privé et l’espace public, entre la chambre des parents et la chambre des enfants : le père occupe la position de mère, le gendre occupe la position du fils (et peut parfois tout à la fois coucher avec la fille et la mère [Miam miam! Mais il faut bien reconnaître que le second miam! n’a d’autre origine que la transgression]), l’enfant occupe la position de parent. [C’est encore pire qu’au couvent, dans votre famille normale! Je n’arrive pas à me convaincre qu’un enfant ait naturellement besoin de positions précises, de “s’y retrouver dans les différences générationnelles”, etc. Il y a là-dedans un immobilisme qui semble faire un pédocrime de la moindre fantaisie – et cela alors que dans votre modèle obligatoire l’enfant doit de toute façon passer, de par la répression de ses désirs, par des perturbations.]

    Des objets peuvent être échangés dans l’incestuel : des vêtements, de l’argent, des bijoux, de la nourriture, voilà tout autant de façons d’entretenir une relation incestuelle à défaut d’entrer dans un inceste. [Du coup, tout échange devient suspect : le normal, c’est de garder ses affaires!] La porte de la chambre à coucher des parents ne ferme pas, les enfants ne sont pas protégés de la sexualité des parents, les personnes ne ferment pas la porte quand elles vont aux toilettes, etc. [Et ce n’est en rien une obligation naturelle de le faire! Pas plus que de se cacher pour baiser. Quant à l’incestuel qui passe par des objets même pas symboliques, inutile d’y revenir.]

 

D’homme à homme?

Prenons l’exemple d’un père avec son fils de 5 ans. Son grand jeu est de faire pipi avec lui dans le lavabo. Régulièrement, il lui met des “tapes au cul” [Bon Dieu, mais c’est bien sûr! Jusqu’à quel âge ai-je pris des fessées cul nu??] lorsque son fils répond, et il lui parle des problèmes de sexualité qu’il rencontre avec sa mère : « Ta mère elle ne veut pas suffisamment, etc. » [Bon, ça me choquerait aussi, surtout le un, le trois un peu. De là à diagnostiquer une psychose… Il y a contravention aux us, et pas grand-chose de plus… à moins d’admettre que les psychotiques courent les rues, à quoi je serais assez disposé, surtout touchant les abrutis qui se prennent pour le centre du monde et ne changent jamais d’avis.]

 

    Les problématiques alimentaires, de type anorexie-boulimie, ont des liens incestuels avec la mère (fonction de parent nourricier), mais aussi avec le père incestueux, et toute transgression de nature sexuelle. La mère, par la nourriture, rencontre le moyen de pénétrer le corps de l’enfant et d’avoir la haute main sur tout ce qui entre et sort de lui. Par le refus alimentaire, l’anorexie, y compris celle du nourrisson, l’enfant tente de se déprendre de cette emprise et de gagner son individualité. Il tente de rejeter hors de lui ce qui n’est pas lui, ce qui est extérieur à lui et l’intruse. [Que ce soit le cas chez le nourrisson supposerait qu’il ait une notion naturelle de l’abus (mais quel?) qu’il subit. Mais à quoi bon protester? Il n’y a là qu’affirmations improuvables, aussi frivoles que prétentieuses.]

    Dans la boulimie, il existe une mise en scène de cette intrusion puis de la reprise de possession du corps, par les vomissements lorsqu’ils ont lieu.

    Ces problématiques sont autant de réactions à l’indétermination des limites et des différenciations entre les êtres, qui règne dans la famille. [Quand on s’est donné les moyens de les remarquer partout, tant c’est n’importe quoi…] S’ouvrir, c’est courir le risque de l’intrusion, se fermer, c’est courir le risque de mourir d’inanition.

    De même, la mère qui prend plaisir à nourrir tout le monde sans se nourrir elle-même, se nourrit à travers les autres par procuration. [Gasp! C’est grave, Docteure?]

 

Le cas Schreber et l’incestuel

D’après Racamier, le cas Schreber peut être vu à la lumière de l’incestuel : un lien incestuel extrêmement puissant liait Schreber à son père.

Non seulement le père avait la haute main sur tout ce qui concernait le corps de son fils, et ce avec la complicité maternelle, mais il avait également une prise directe sur son âme au point qu’il est possible d’avancer que le fils réalisait, par son aliénation et son délire, l’homosexualité complètement réprimée de son père.

Ainsi, l’incestualité poussée dans ses derniers retranchements peut conduire un fils à agir et à délirer en lieu et place de son père, lui épargnant la folie.

Les effets traumatiques de l’incestuel sur le fonctionnement psychique individuel sont d’autant plus graves qu’ils ne peuvent s’appuyer sur une mémoire visible (ex. : telle agression). [“Effets d’autant plus graves que les causes en sont invisibles” : ça me paraît un bon résumé de ce nouveau Poumon de Toinette. Encore est-ce calomnier ledit poumon, qu’on pouvait au moins observer à l’autopsie.]

 

    La séduction narcissique de type incestuel est nécessaire, voire vitale, dans les débuts de la vie, entre le bébé et la mère. Réussie, elle doit conduire au deuil originaire où mère et enfant arrivent à se déprendre de leur lien. Il peut arriver que cette relation primaire n’ait pas été suffisamment satisfaisante, et risque alors de déboucher sur un deuil impossible, l’enfant cherchant toujours à recréer le lien incestuel originaire, et c’est bien exactement le cas pour le paranoïaque. [“Bien exactement” paraît quelque peu excessif, mais il me semble revenir en pays de connaissance avec ce “deuil originaire” manqué, qui m’aurait fait courir si longtemps après le fantôme d’une union parfaite, où le sexuel n’aurait guère été que le signe d’une acceptation totale de moi-objet, seule fondatrice possible d’un moi-sujet. Cela posé, j’ajouterais que c’est justement parce que la relation originaire aurait été plus qu’acceptable, et prématurément interrompue, qu’on en garderait la nostalgie, la déconvenue initiale déclenchant la quête d’une mère de substitution, sous la forme d’une gamine en laquelle je me projetais probablement (confusion des générations!) et avec une familiarité excessive, une méconnaissance totale de l’espace privé, etc. ]

    Le sexuel n’intervient pas dans la séduction narcissique originaire. L’ordre libidinal dont elle émane est étale, presque uniforme, non pulsionnel. Cette séduction se constitue comme l’antidote du deuil originaire et du fait du développement, elle peut se sexualiser au point de pouvoir se transformer parfois en relation incestueuse [“peut au point de pouvoir” : (mauvaise) manière de dire que l’inceste est rare dans l’incestuel.] L’incestuel apparaît lorsque le deuil originaire est impossible. [Si cet incestuel à la con était susceptible de tourner à l’incestueux (autrement dit, si l’appellation avait un sens), ce serait du fait du parent! Rien à voir donc avec la nostalgie du fusionnel que j’évoquais à l’instant, à moins d’une réciprocité qui en rendrait la naissance problématique.]

 

Le deuil originaire

« Le deuil originaire désigne le processus psychique fondamental par lequel le moi, dès ses prémisses, avant même son émergence et jusqu’à la mort, renonce à la possession totale de l’objet, fait son deuil d’un unisson narcissique absolu et d’une constance de l’être indéfinie et par ce deuil même qui fonde ses origines, opère la découverte ou l’invention de l’objet, et par conséquent de soi, grâce à l’intériorisation. » (Defontaine, J., 2002, “L’incestuel dans les familles”, Revue française de psychanalyse, vol. 66, p. 179-196) [Il n’est pas plus prouvé que l’incestuel, mais au moins ce n’est pas du baratin creux autour d’un je-ne-sais-quoi! Pas un mot de trop, bravo : va pour le deuil originaire. Qui sait? Peut-être est-il toujours plus ou moins raté, et sert-il de ressort à toute forme de mysticisme, jusqu’à la fusion dans la lumière-bonté des N.D.E.?]

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