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30 mai 2017 2 30 /05 /mai /2017 06:18

 

 

5. Le paranoïaque et sa famille

Les relations sont très dures pour le paranoïaque et pour son entourage, étant donné l’installation d’une certaine boucle comportementale (le sujet est méfiant… son entourage lui dira donc moins de choses… ce qui va justifier la méfiance du sujet…). Les relations familiales sont caractérisées par l’autoritarisme, le paranoïaque étant perçu par ses proches comme un véritable tyran. L’adaptation familiale souffre donc de grandes difficultés : un contexte autoritariste, de méfiance et de susceptibilité règne au foyer familial.

 

5.1. L’enclave, l’impossible filiation et l’héritage

L’enclave est certainement le concept qui résume le mieux le psychisme rencontré par le paranoïaque, qui se retrouve coincé sans advenir à l’existence dans un chaos indifférencié, où aucune castration n’existe. [Ça c’est ben vrai. Et une bonne raison pour exiger une description un peu rigoureuse de la “castration”.] Le Moi n’existe pas autrement que dans son amplification délirante. (Freud, 1935) [C’est ici qu’il faudrait préciser, justifier l’assertion, au lieu de feuilleter Hegel pour faire briller sa culture.]

    De plus, Melanie Klein avait bien souligné la continuité entre les angoisses archaïques de type paranoïde et de type dépressif (ce qui rejoint mon hypothèse [parfaitement floue jusqu’à présent] de noyau mélancolique au cœur de la paranoïa). Le Moi primitif survit aux angoisses en clivant le bon et le mauvais sein, selon les expériences satisfaisantes ou frustrantes. Si les expériences positives prédominent, l’évolution se fait vers une possibilité d’intégration des objets bons ou mauvais : « Nous pouvons supposer que, quand l’angoisse de persécution est moins forte, la portée du clivage est moindre, et que le moi est donc capable de s’intégrer lui-même et de synthétiser dans une certaine mesure ses sentiments à l’égard de l’objet » (Klein et al., 1980)

    En se fondant sur Melanie Klein, je suppose donc que le psychisme paranoïaque reste enclavé dans ces angoisses primitives. [Aucune explication de ce concept (ou plutôt de cette notion) d’enclave en psychanalyse : sa pertinence ne peut donc être appréciée. Pourquoi “enclavé dans” plutôt que “prisonnier de”? L’angoisse est une composante essentielle de ma vie, et j’avoue bien volontiers 1) qu’elle est fréquemment injustifiée; 2) qu’elle crée souvent les périls, par leur dénonciation prématurée ou l’autodéfense préventive. Mais le “clivage du bon et du mauvais sein” me paraît du pipeau : si je suis parano (et l’on relève au moins de fortes ressemblances), il faut croire qu’il en existe qui répudient tout manichéisme, et à qui le retour sur leurs torts est moins fermé qu’à des experts qui ont toujours raison, et dans ce cas précis, vous répondront qu’ils viennent de vous dire que précisément le paranoïaque vit “dans un chaos indifférencié”.]

    D’autres hypothèses mettent l’accent sur l’existence d’un traumatisme infantile précoce qui aurait engendré pour le sujet une déception profonde quant à la réalité sociale et familiale. Durant leur enfance, ces individus auraient subi des carences affectives, des humiliations engendrant chez eux une forte culpabilité qu’ils vont avoir tendance à reporter vers l’extérieur. Cela expliquerait que la personnalité paranoïaque n’attend des autres que de l’agressivité et qu’elle se tienne en permanence sur ses gardes. [Eh bien, vous voyez! Etait-il si difficile de faire preuve d’un peu de bon sens? Bien entendu, cette explication est un peu hâtive, il ne nous est notamment pas dit comment les carences et humiliations se seraient muées en culpabilité; mais il est  assez simple qu’un enfant qui se sent, à tort ou à raison délaissé, rejeté, inférieur, s’imagine que c’est de sa faute, qu’il choisisse d’être méchant plutôt qu’insuffisant, et repousse à son tour le jugement d’autrui dans sa globalité, ou au moins celui de toutes les figures de pouvoir, au profit de l’exaltation d’un Soi grandiose.]

    Dès lors se pose une question clinique : la paranoïa serait-elle le fruit de multiples dissociations précoces ayant entraîné une compensation de type délirante [sic], ou est-ce encore autre chose, et les défenses post-traumatiques de type paranoïaques  [sic] ne se réduisent-elles pas à une multiplicité de traumatismes précoces? [Relisons : les défenses post-traumatiques ne se résument-elles pas aux traumatismes? On replonge dans le charabia.]  Autrement dit, si la paranoïa est le fruit de multiples dissociations traumatiques infantiles, à quel moment et à quel degré le psychisme change-t-il de nature pour basculer dans la paranoïa? Et pour quelles raisons? Car beaucoup d’individus polytraumatisés, même s’ils peuvent avoir des traits de persécution et de dissociation, ne basculent pas dans la paranoïa. [La question, dans sa dernière rédaction, serait intéressante; hélas, il ne sera tenté d’y répondre que dans un univers mythique].

 

Les castrations originaires

D’après mes analyses, qui convergent pour partie vers d’autres hypothèses émises par des psychanalystes travaillant sur l’archaïque, il existerait un complexe antérieur à l’Œdipe, qui se structurerait autour du mythe originaire de l’engendrement. [Si cela avait un sens, ne serait-ce pas plutôt le mythe qui se serait structuré autour du complexe?]

    Ce serait une castration ante-œdipienne, que le psychisme aurait à intérioriser, symboliser, dépasser, une castration portant sur un niveau narcissique primaire.

    Ensuite, l’Œdipe serait la résolution d’une seconde castration.

    Ce faisant [Qu’est-ce qu’il fait donc? Il subirait plutôt.], le psychisme affronte deux archétypes, deux figures mythiques originaires, que je pourrai traduire par ce que les psychanalystes connaissent sous l’angle du Père de la horde primitive, et par ce que j’étudierai comme la mère toute puissante dévoratrice et castratrice.

 

Première castration primordiale : castration du père tout puissant de la horde primitive

La psychanalyste Tamara Landau, qui travaille sur l’archaïsme du psychisme au moment de la grossesse, élabore une première étape de la conception : la mère, en dérivant (tuant) le spermatozoïde (totem) devient tout à la fois, par cette ingestion, le père de la horde primitive et son fils, fruit de la passion incestueuse originaire (inceste primitif). Dans cette étape , il n’y a ni mère, ni fille, ni femme. À la fin du trimestre (11ème semaine), disparaît l’embryon pour consacrer l’avènement du fœtus et le meurtre du père primitif…

    La première castration primordiale survient au moment de l’accouchement car, pour que les enfants se libèrent du ventre, il faut castrer ce père primitif ingéré par la mère. [Et voilà ce que ces dames appellent “étudier” ou “travailler”. Le verbe rêvasser conviendrait assurément mieux, mais rappelons qu’il s’agit d’une rêvasserie empreinte d’une morgue insoutenable.]

 

Ouranos et Gaïa

Au commencement il y eut l’Abîme (le Chaos).

Puis il y eut la Terre, Gaïa. Gaïa enfanta Ouranos, le ciel étoilé, capable de l’envelopper tout entière.

Si Gaïa enfante seule Ouranos, c’est en revanche de leur relation incestueuse que que naissent plusieurs enfants : les Titans, les Titanides, les Cyclopes, et autres monstres.

Haïssant ses propres enfants, Ouranos les rejette dans le sein de leur mère, et refuse de les accueillir au grand jour. Privilégiant ses enfants, Gaïa encouragea ses fils, et en particulier Cronos, le plus jeune, armé d’une faucille, à châtrer Ouranos. Les organes génitaux furent jetés à la mer, et du sperme d’Ouranos naquit Aphrodite, la déesse de la relation amoureuse.

Le père tyrannique et omnipotent est le fruit d’une gestation incestueuse et, à l’origine, sans père.

Pour que les enfants puissent naître et sortir du ventre de Gaïa, ils doivent castrer la tyrannie du père, ce qui libère la mère dans le même temps. Cette castration est dans le même temps l’introduction à une temporalité hors-chaos, puisque Cronos et la faucille représentent souvent Saturne et l’accès à la chronologie.

De cette première castration naîtra Aphrodite : c’est en se séparant de la castration que l’on peut s’aimer. La relation amoureuse naît de la castration.

 

[C’est à ce stade que j’ai commencé à me demander “ce que je foutais là”, et je pense qu’il est inutile de préciser pourquoi. Que prouve ce mythe, dont il existe d’ailleurs une foultitude de variantes? Rien du tout paraît la réponse la plus simple. Mais quand on étudie le psychisme du fœtus (d’un fœtus qui apparemment saurait déjà cexé qu’un père, une mère, un zizi, etc) on peut sans doute se dire que les Grecs sont plus proches que nous de la gestation de l’humanité?]

 

Seconde castration primordiale : castration de la mère tout-puissance [sic] qui engloutit

Dans cette seconde étape, le père primitif, ingéré par la mère, est mort. Il reste la mère seule, capable, en dévorant, de tuer, dans une toute-puissance annulant quiconque n’est pas elle. « Ce que j’ai fait je peux le défaire » peut par exemple dire une mère à sa fille, en insinuant que si elle donne la vie, elle peut tout aussi bien la reprendre.

    Le père archaïque étant tué, l’enfant reste seul face à la mère archaïque, et c’est alors le père symbolique (“le Nom du Père”, le passage de l’Œdipe) qui vient résoudre ce second complexe.

    Dans la paranoïa cette seconde castration n’est pas acquise, le paranoïaque ne parvenant pas à assumer la culpabilité du meurtre du père primitif, ce qui peut expliquer [!] la vénération [introuvable chez moi!] des paranoïaques envers des figures représentant des pères de horde primitive, tout comme la haine de la mère phallique dont le paranoïaque veut la mort tant il angoisse qu’elle ne le tue. [L’angoisse décroît fort en ce moment!]

    Le père de la horde primitive, parce qu’il a été tué, fait l’objet d’une crainte (le retour du fantôme) et d’une culpabilité, et donc pour le “neutraliser”, le paranoïaque l’idéalise et l’investit comme “idéal amoureux” au travers de substituts d’autorité paternelle (“le Président de la République”, “la Loi”, etc) et l’on peut dire qu’il s’agit plus d’une posture phallique avant tout, car les femmes paranoïaques peuvent idéaliser un même sexe, du moment qu’il est en posture phallique dans la société (cf. Le cas Aimée et l’actrice célèbre Mme Z.). [Bref, y a du phallus partout où y a du pouvoir. Et le phallus ici ne sert à rien.]

    Ceci expliquerait l’idéalisation partagée des paranoïaques [sic] envers [sic] des figures de pères de horde primitive, car ni l’une ni l’autre castration n’aurait vraiment eu lieu sur le plan psychique. N’ayant résolu aucune des deux, les paranoïaques sont encore sous l’angoisse du père de la horde primitive, et pour contrer cette angoisse, l’idéalisent et l’investissent comme signifiant amoureux. Donc tout ce qui est “phallique” (au sens archaïque, non génitalisé [donc pas “phallique”]) sera investi de l’idéalisation paranoïaque, amour mais haine, puisque le psychisme n’aura pas réussi à traverser cette première castration, phénomène que l’on retrouve au niveau de la manipulation des masses.

    En somme, la paranoïa reste parfaitement enclavée, et sans doute est-ce là la marque de la psychose comme de l’inceste. 

[Lors de ma première lecture, j’ai lâché prise quelques pages vides plus loin (sur “le père de la horde primitive”, “la Déesse-Mère”, “les Stryges”, etc) : je n’ai fait que feuilleter le reste. Et là, j’en ai re-marre. Laissons donc choir ce “travail” qui ne risque pas de me traquer dans mes retranchements. Peut-être y reviendrai-je. Mais il faudrait vraiment n’avoir rien d’autre à faire.]

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29 mai 2017 1 29 /05 /mai /2017 06:21

 

    Dans la paranoïa, le harcèlement est même vécu sur le mode persécutoire de la “légitime défense”. La perception sera modifiée par une méfiance excessive [Tous les spécialistes s’entendent à dire que la perception n’est pas modifiée], mais le raisonnement comme l’argumentation, et ainsi donc le calcul et la stratégie, seront conservés [mais faussés, selon vous-même.] Alors, qu’est-ce à dire? Le sujet a-t-il l’intention de nuire? Oui, mais il la raccroche à ce qu’il interprète de façon inadéquate comme de la légitime défense. [Ce n’est pas une “intention de nuire” préexistante qui serait “raccrochée” : elle naît de l’erreur d’interprétation.] Voilà de quoi nous rendre perplexe sur les ressorts complexes de la psychologie… [Autrement dit, c’est un peu difficile de rendre le parano à la fois fou et coupable. Mais à force de “distinguos subtils”, on va bien y arriver.]

    Car pourtant, l’intention de nuire est bien présente, et elle vise la dignité de la personne ciblée. [J’aurais dit son estime-de-soi.] L’autre est d’abord vécu comme un objet de jouissance. [Affirmation gratuite, et incohérente, si précisément l’autre est objet d’angoisse. Mais on ne saurait nier le sadisme de certains discours paranos.] Pour arriver à ses fins, le paranoïaque use de stratagèmes, de stratégie et de manipulation. Il a donc conscience de ses actes. Mais la conscience, en psychologie, a ses limites, comme il sera développé infra. Car s’il existe une conscience intellectuelle, en revanche, elle peut être totalement dissociée de la conscience émotionnelle. Par exemple, il arrive que les sujets pédophiles indiquent avoir conscience d’avoir eu des attouchements sur des enfants, mais qu’émotionnellement, ils raccrochent [Toujours ce raccrochage qui répond à la question sans la poser, et relève de la rhétorique paranoïaque] ces gestes à de “l’amour”, à un “partage” de sentiments, sans éprouver le moins du monde, par stratégie défensive, la souffrance psychique vécue par ces enfants. [Je n’ai garde de défendre les pédophiles, que j’ai en horreur, parce que je participe du Zeitgeist, à mon corps défendant. Mais leur vision de relations qui nous révulsent ne peut être écartée de manière aussi désinvolte. On ne peut mettre dans le même sac tous les âges, la caresse, la sodomisation et les tortures, ni être aveugle au fait que la souffrance psychique résulte souvent du choc de deux représentations : ce qui fut vécu comme de l’amour étant qualifié d’infâme par la société, représentée par un flic, un psy, une assistante sociale avides de projecteurs. La “juste conscience émotionnelle” ne correspond pas nécessairement à la leur, et, à dire plus vrai, c’est un concept vide. D’autre part, en admettant qu’il y ait souffrance immédiate, quoi donc en procure davantage, un attouchement agréable ou une juste raclée? L’amour déviant ou le désamour?]

    Somme toute, la paranoïa pose la question de la responsabilité par l’intention de nuire, par sa capacité de fixer [sic] durablement sur un objet, c’est-à-dire “d’élire” pour cible une personne sur la durée et dans la chronicité. [Ce que vous essayez sournoisement de faire, en réalité, c’est de prouver l’intention par la durée et la chronicité.] Or, la responsabilité pénale pose la question de la conscience intellectuelle des actes commis. Dans la paranoïa, le discernement n’est pas aboli, il est faussé par l’interprétation.

    La psychologie pose en d’autres termes la question de l’intention. Elle la pose en termes de certaines “folies” [sic] qui n’annulent pas la subjectivité, la conscience de l’acte. Ainsi, nous pourrions dissocier la responsabilité intellectuelle (qu’est-ce que je fais au moment où je le fais?) et la responsabilité émotionnelle (suis-je conscient des impacts traumatiques de mes actes sur autrui?).

    La responsabilité intellectuelle suppose l’intention, la conscience des actes que l’on commet, la non-altération perceptive. C’est bien à ces conditions que peut être qualifié comme tel un harcèlement.

    L’intention est l’essence subjective de l’action du paranoïaque dans le harcèlement qu’il met en œuvre contre ses supposés persécuteurs.

    Précisément, une action ne peut être jugée que [sic : une fois encore, exactement le contraire de ce que vous voulez dire] par ses seuls effets , et si l’on y est attentif, les effets psychiques d’une organisation qui dysfonctionne ne peuvent être identiques aux effets psychiques d’une intention harceleuse. [Un ou deux exemples s’imposeraient ici..] De plus, la justice qui ne juge que le comportement était la justice de l’Ancien Régime. L’introduction de la notion d’intention de l’auteur est aussi l’introduction des notions de subjectivités [sic], de conscience, de liberté.

    D’un point de vue philosophique, il est inexact de réduire l’action à ses effets, et injuste d’occulter l’intention alors qu’il s’agit bien d’un facteur majorant le traumatisme. [C’est ce que cette bouillie pour les chats n’a nullement montré.]

    En psychologie, nous parlons du “meurtre psychique” [Zut! Moi aussi! Ferai plus! Sauf qu’à mes yeux un seul coup suffit pour perpétrer un meurtre, psychique comme somatique. Et que si l’objet est à peu près sain d’esprit, l’intention harceleuse devrait alléger la souffrance : si ce type insiste, c’est que quelque chose ne tourne pas rond chez lui!], pour dire l’intention visée par le harcèlement.

    Nous pourrions faire un parallèle simple, sur la base de ce “meurtre psychique” entre harcèlement et homicide. L’homicide involontaire, comme les blessures involontaires, serait comparable à des violences psychologiques simples. En revanche, l’homicide volontaire, celui qui nécessite notamment une préparation, serait comparable à du harcèlement. Car dans le harcèlement paranoïaque (qui peut aller jusqu’au passage à l’acte mortel [J’aimerais être sûr que l’agression physique vise ordinairement la personne harcelée! Et même si (ou quand) c’est le cas, il me semble que la tentative de meurtre témoigne d’une incapacité du discours à régler son compte au supposé persécuteur.]), il y a mise en danger délibérée d’autrui, c’est aussi la raison pour laquelle c’est un délit, car, selon l’article 121-3, « il y a délit en cas de mise en danger délibérée de la personne d’autrui ». [Incroyable ratatouille, où le seul point étayé d’une citation du Code Pénal est celui qui va de soi pour tout le monde. Ce qu’il faudrait prouver, c’est qu’il y ait “mise en danger délibérée” dans le harcèlement plus que dans l’agression simple. 

    Le harcèlement exercé par le paranoïaque suppose cette intention de nuire, car elle donnera les moyens du harcèlement sur la durée. [Relisez votre syllogisme, ô donneuse de leçons! Que l’intention de nuire puisse donner les moyens du harcèlement durable n’implique pas qu’elle soit seule à pouvoir le faire.]

    L’atteinte à la dignité est constitutive des moyens manipulateurs employés [sic : le contraire, comme plus haut : les “moyens manipulateurs”, qui apparaissent là comme des cheveux dans la soupe, sont constitutifs de l’atteinte à la dignité (qui me paraîtrait plutôt salutaire, entre nous, dans certains cas d’outrecuidance!)] : dans la manipulation, il s’agit d’ores et déjà d’utiliser l’autre comme un moyen, et non comme un sujet, c’est-à-dire une fin. [Mais l’intention de nuire, elle, suppose bien que l’autre soit une fin. Et j’y insiste : elle me paraît plus flatteuse, moins attentatoire à la “dignité” que le mépris, ou même l’indifférence.]

    D’autre part, les effets sont bien différents des maltraitances psychologiques, car ils consistent en un syndrome traumatique grave. [Généralité non étayée.]

    Ces différences à mon sens doivent être entendues. Dans le harcèlement, il y a un harceleur et un harcelé. [Admettons que ce soit la condition sine qua non du harcèlement : reste à montrer qu’il y a harcèlement, et laquelle des deux parties en est l’auteur, ce qui, souvent, ne va pas sans dire.] La relation est asymétrique, l’un est coupable, l’autre victime. Dans les violences psychologiques “simples”, ce n’est pas forcément le cas. L’intention peut être  celle de la violence (par exemple pour se défendre : motif) mais pas nécessairement de nuire (mobile). [Qu’est-ce qui “n’est pas forcément le cas?” Qu’il y ait un coupable et une victime : la responsabilité peut être partagée. Puisqu’on illustre cela par le motif défensif de la violence, on ne peut qu’en déduire la possibilité pour les deux adversaires d’avoir pour motif de se défendre (en attaquant) : ça se voit tous les jours chez les vieux époux las l’un de l’autre, et se haïssant : le “harcèlement mutuel” peut durer vingt ou trente ans! L’argument de la durée ne tient donc pas.] Il ne s’agit donc, pour le harceleur, pas de se protéger, mais de détruire. [De quoi résulte ce “donc”? En quoi ce qui précède établit-il ce “mobile”?]

    Le harcèlement suppose toujours un abus de pouvoir (formel ou informel) : le harceleur ne harcèle que lorsqu’il en a le pouvoir, dans une jouissance à détruire plus “faible” que soi, surtout si le harceleur attribue une forme de puissance à cet autre harcelé. C’est en cela que le harcèlement, comme je l’ai étudié dans mes travaux, est l’instrument d’un pouvoir qui n’a pas d’autorité. [Je crois que je vais m’arrêter là. Si je me suis un peu déchaîné sur ce passage, et surtout de manière si mesquine, c’est parce qu’il m’a rappelé ces copies d’élèves qui faisaient semblant de penser, comme l’homme-singe de L’île du Docteur Moreau : leur prose ne signifiait absolument rien, même pas pour elles : c’était du “galimatias double”, comme le nommait Boileau. J’en ai vu une décrocher son Bac Lettres, en 99. Qui sait si un doctorat, actuellement?… L’impression de perdre pied dans une angoissante bouillasse de verbalisme creux est la même, aggravée par la position de maîtrise de l’auteure, et le fait que, de loin en loin, ses assertions trouvent en moi un écho, et m’aident à me comprendre : c’est le cas pour cet alinéa. Sur le fond de l’affaire, je me fiche pas mal que le paranoïaque paie ou non pour ses crimes ou délits (Proust était même d’avis que l’irresponsabilité aggravait les crimes, et que Landru ne pouvait être gracié que s’il avait tué par intérêt!), et si je suis parano, il me désobligerait d’être tenu pour irresponsable. Or, puis-je vraiment articuler sans rire que je me situe à l’opposé du harcèlement? Voilà un mois et demi que je consacre deux ou trois heures par jour à cette glose hargneuse, qui n’est guère autre chose qu’un succédané de harcèlement pour paranoïaque inhibé. D’autre part, si la qualification d’“abus de pouvoir” est ridicule, il n’y a aucun doute sur la “jouissance” que j’éprouve, ver ou pou, à démanteler un charabia prétentieux dont la puissance, quelque degré qu’elle ait pu atteindre, est excessive, car usurpée. J’estime mon “travail” tout à fait légitime, bien que je ne sois perso-persécuté en rien, et l’atteinte à la dignité est indéniable, mais, même si elle ne restait pas anonyme et touchait sa “cible”, on s’y expose quand on fait gémir les presses. Du reste, les invectives à part, le meilleur ami de l’auteure se comporterait-il autrement qu’en “censeur solide et salutaire”, en vue d’une amélioration gratuite de la seconde édition! Et je m’esquinte la vue à cela! Et c’est loin d’être la première fois : force “voix autorisées”, dûment nommées, elles, sont passées à la même moulinette, c’est même une spécialité de ce blog, et je suppose, vu le peu de lecteurs qui me lâchent un com’, que l’odeur de la psychose monte aux narines des autres…)

    L’intention harceleuse se distingue également dans ses effets, par ce que l’on appelle notamment le “syndrome de Stockholm”. C’est ainsi qu’il n’est pas rare de voir, dans des harcèlements d’entreprise, des salariés prendre fait et cause pour leur “bourreau”, lui trouver différentes excuses, développer de l’empathie à son égard. [D’après mon expérience, c’est plutôt une question de casse et de séné, les non-harcelés ayant d’ailleurs souvent participé au harcèlement.] Ces situations d’emprise psychique n’ont aucune commune mesure avec de la maltraitance organisationnelle : elles se déclinent en un processus pervers et intersubjectif d’agresseur à agressé.

    Enfin, lorsque le paranoïaque passe à l’acte, il y a toujours eu une forme de préméditation. [Je dirais qu’il y a eu énormément de préméditation, pour très peu d’actes. Mais ceci ne vaut peut-être que pour le parano inhibé.] Ceci interroge donc davantage la question de l’intentionnalité et de la responsabilité paranoïaques à l’égard du droit pénal. [Le problème, c’est que l’acte est complètement louf, quand la persécution est purement interprétative, donc imaginaire. La vengeance est rare, en notre monde d’escouillés, alors qu’elle pourrait avoir valeur de nunc erudimini pour les vrais abuseurs dont nous sommes environnés. Mais quand la nuisance qu’il subissait était réelle, l’assassin prend perpète, parce qu’à peu d’exceptions près il est très mal vu de “faire justice” soi-même. Si la nuisance était imaginaire, on peut trouver injuste qu’il échappe à toute punition. Mais est-ce le cas? Les “perpètes” de l’hosto psy sont plus longues que celles des prisons – et plus dures, selon la plupart des témoignages.]

 

Énigme

Est-ce que les grands avocats pénalistes sont paranoïaques avant d’entamer leur carrière ou est-ce-que ce sont des procédures criminelles et le côtoiement de personnes présentant bien souvent de graves troubles de la personnalité qui fait survivre dans cette masse procédurale qu’est le pénal?

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28 mai 2017 7 28 /05 /mai /2017 05:48

 

4.2 La Victime, le Persécuteur et le Sauveur

La triangulation Victime/Sauveur/Persécuteur est, en théorie, une répartition des rôles dans une scène d’agression.

 

Le triangle victime, sauveur, persécuteur

Ce triangle est appelé Triangle de Karpman, du nom de son auteur Stephen Karpman en 1968. C’est le triangle dramatique, dramatique signifiant théâtral, chacun jouant l’un des rôles [sic], et pouvant passer d’un rôle à l’autre.

 

La Victime

Le rôle de Victime attire fatalement un Persécuteur et un Sauveur. La Victime peut être une personne réellement en état de fragilité, ou au contraire, une personne qui aime manipuler autrui en jouant sur son empathie. Vous avez déjà certainement croisé de ces personnes qui se plaignent sans cesse, ne vous écoutent jamais et avec lesquelles vous avez pour seul droit de vous placer en oreille compatissante. La relation est d’emblée inégalitaire et vous devez être au service de la pauvre petite victime. Car, rappelons-nous bien que les vraies victimes se plaignent rarement, surtout lorsqu’elles sont terrorisées, sidérées et sous emprise. En revanche, le paranoïaque est incapable d’écouter autrui, tout en se plaignant sans cesse.

 

Le Sauveur

Le sauveur est le Zorro venant mettre fin au processus de domination. Son rôle est très gratifiant, c’est le héros, le Lucky Luke [Sympa, les références culturelles : peut-être authentiques, pour une fois!] du psychisme. Le sauveur n’existe que s’il a une victime à sauver, et un persécuteur à combattre.

 

Le Persécuteur

Le persécuteur aime à se libérer de ses pulsions agressives sur quelqu’un d’autre. Soit la personne adopte une position de victime, soit elle ne se laisse pas faire… Le persécuteur peut être à l’intérieur de soi (des voix, maladie, alcool…) : c’est l’élément qui contribue à ce que la victime se place dans cette position, puisqu’elle se vit persécutée de l’intérieur. [Je persiste à trouver scolaire et stupide cette assimilation de la maladie ou de l’alcool à un persécuteur. Je ne sais pas si je suis parano, mais en tant qu’hypocondriaque, je ne me sentais pas persécuté par mon corps, ou par des bacilles, comme s’ils avaient eu une intention. Mais il est vrai que cette intention malveillante, je l’ai rarement rencontrée, et que ces rares fois-là, je l’avais probablement provoquée.]

 

    Dans la mesure ou la paranoïa est la psychose de la “totalité” (le père et la mère indifférenciés) [Toujours ces proférations prétentieuses, ni justifiées, ni même expliquées, qui jurent avec des “traductions” de mots aussi élémentaires que “dramatique”, par exemple, “démagogie” ou “litote”. On ne m’ôtera pas de l’idée que l’assertion presse le pas, et se fait péremptoire et sibylline quand elle se sait sans fondement solide. On peut m’objecter qu’on n’a pas à rappeler un rudiment de psychanalyse dans un bouquin sur la paranoïa; mais si : d’abord parce que tout est mâché sauf cela, qui fait problème; ensuite parce qu’il est important de montrer comment s’incarnent ces généralités pompeuses, une privation d’Œdipe et de castration. Que le paranoïaque ne fasse aucune différence entre son père et sa mère est évidemment idiot : qu’on précise donc ce que ça signifie “sur le terrain”, je verrai bien si je peux ou non l’avaler, et me l’appliquer.], le paranoïaque occupe dans ce triangle toutes les places : il est tout à la fois victime (il se vit comme victime), persécuteur (il l’est réellement), sauveur (il s’investit de cette mission, mais au lieu de sauver, détruit). Le paranoïaque se vit comme représentant de la loi humaine et de la loi divine tout à la fois, et c’est au nom de cette compétence, qu’il s’auto-attribue, qu’il distribuera les bons points de la justice selon SA définition, et s’acharnera à combattre ce qu’il estime le Mal selon SA définition. 

[Je ne suis pas certain de “ne demander qu’à apprendre”, mais s’il se trouve un lecteur pour m’expliquer à quoi peut bien servir ce “triangle actanciel”, en quoi il est fonctionnel dans le cas qui nous occupe. j’en serais enchanté. S’agit-il de montrer que le parano mélange tout, joue tous les rôles à la fois? C’est idiot, puisque lui se voit en agressé-vengeur, c’est la psy qui le voit en persécuteur. Langue au chat. Ce court chapitre ne me paraît pas répondre à la plus élémentaire exigence de sens.]

 

L’insolence paranoïaque

Leonore, une femme paranoïaque, est convoquée devant la police, pour [sic] cesser ses intimidations, menaces, tentatives d’extorsion de fonds auprès de diverses personnes. Face au commissaire, qui lui explique qu’elle doit respecter les lois en vigueur dans son pays, que si les lois ne lui conviennent pas, libre à elle de sortir du pays, Leonore rétorque : « Je ne crois qu’en la loi karmique, la loi spirituelle », dont elle ne donne aucune définition, s’estimant lésée par les personnes qu’elle tente d’abuser. [En français sensé, “s’estimant lésée” serait la cause d’un refus de définir, ou, à la grandissime rigueur, de la croyance exclusive à la “loi karmique”. Mais dans cette semoule, va savoir…]

 

4.3. La responsabilité du paranoïaque

La psychose paranoïaque est la seule psychose qui, de mon point de vue, pose la question de la responsabilité pénale, car elle pose la question de l’intention de nuire, au travers des pulsions agressives et des homicides avec préméditation. [ = des poires et des ânes, une vue de l’esprit sur le même plan qu’un acte précisément défini, et qui peut résulter de la pulsion en question.] Dans quelle mesure la personne est-elle consciente et capable de contrôler ses propres actes? Dans la paranoïa, l’intention de nuire est clairement présente, et c’est la raison pour laquelle Lacan avait une préférence pour l’application de la sanction pénale.

    Qu’est-ce que l’intention?

    Les Principes de la Philosophie du Droit de Hegel en donnent une définition au paragraphe 120 :

 

« Le droit de l’intention consiste en ceci que la qualité universelle de l’action n’existe pas seulement en soi, mais qu’elle est connue du sujet, donc qu’elle est déjà présente dans sa volonté subjective. Inversement, le droit de l’objectivité de l’action, si on peut l’appeler ainsi, c’est de s’affirmer comme connue et voulue par le sujet comme être pensant. »

 

Rem. - Le droit d’envisager les choses de cette façon entraîne l’irresponsabilité totale ou partielle des enfants, des faibles d’esprit, des fous, etc., dans leurs actions. Mais de même que les actions, selon leur existence extérieure, comportent des conséquences contingentes, de même l’existence empirique subjective comporte une part d’indétermination, qui dépend de la puissance et de la force de la conscience de soi, ainsi que de sa perspicacité. Cette indétermination ne peut cependant être prise en considération que dans le cas de la sottise, de la folie ou dans d’autres cas semblables, comme, par exemple, l’âge des enfants, parce que seuls, ces cas précis suppriment la pensée et la liberté de la volonté et permettent de ne pas accorder à l’agent l’honneur de le traiter comme un être pensant et comme une volonté. » (1821)

 

[Si certains éprouvent quelque difficulté de compréhension, ne vous en inquiétez mie : comme on aurait pu l’attendre de notre experte, ces lignes de Hegel resteront inutilisées. C’est une pincée de poudre aux yeux, rien de plus.]

 

    Dans la paranoïa (et sa manœuvre de prédilection, le harcèlement), l’intention de nuire est clairement présente : il faut neutraliser l’autre, dans la peur délirante que l’autre ne nous écrase avant. [Neutraliser l’autre ne signifie pas le tuer, mais l’empêcher de nuire. Toute la question est de savoir si la nuisance qu’on lui attribue est réelle ou imaginaire – ou, puisqu’elle est subjectivement réelle, intentionnelle ou non.] Cette intention de nuire est souvent doublée d’un plaisir sadique.  [Je le sens et le crois.]

    Dans le harcèlement que manie la paranoïa à l’égard des supposés persécuteurs réside l’intention malveillante. Elle en est constitutive. [Relisons : elle, en bon français, ne peut désigner que “l’intention malveillante”, qui précède immédiatement : de quoi est-elle “constitutive”, au sens juridique? Du harcèlement?? Absurde : c’est l’intention qu’il s’agit de prouver, par un fait visible (quoique souvent discutable) : encore une fois, vous écrivez le contraire de ce que vous voulez dire : si les paralogismes sont constitutifs de la “sophistique paranoïaque”, vous êtes mal barrée.]

    La maladie mentale, c’est-à-dire la maladie psychiatrique, n’est souvent pas consciente de ses actes, donc jugée irresponsable. Il s’agit à tout le moins d’une absence de conscience intellectuelle et perceptive (partielle ou totale). Par exemple, la schizophrénie est une maladie mentale qui peut enrayer la perception commune et la conscience des événements : ainsi, le sujet peut agresser sous une modification perceptive (croire que le diable l’attaque et qu’il doit s’en défendre). Le jugement est alors considérablement altéré et l’on ne saurait parler d’intention criminelle. [N.B. qu’une des caractéristiques de la paranoïa, selon le DSM IV et bien d’autres descriptions, c’est la “fausseté du jugement”; que le diable s’incarne dans un pékin quelconque (ou des maux physiques) convient tout à fait à un parano à nuance religieuse, s’il se définit, comme vous ne cessez d’y insister, par un persécuteur imaginaire. Quelle frontière va-t-on tracer entre un jugement altéré et un jugement faux? L’intention du schizo (tel qu’il est présenté ici, du moins) comme du parano est de nuire à leur agresseur.]

    Mais, à tout le moins, le délire paranoïde du schizophrène ne concerne guère le harcèlement, car les psychopathologues le savent, “l’objet de fixation” du schizophrène est majoritairement fluctuant, malléable, changeant. L’objet de fixation, c’est la personne “ciblée”. Cet objet doit être durable pour impliquer un comportement réitéré, qui caractérise le harcèlement (cf. étymologie) et le distingue de l’agression simple. Or la paranoïa fixe son “objet relationnel” de façon durable, et c’est là qu’elle va exercer le harcèlement, au travers de cette permanence de l’objet visé, de la personne cible. [On ôte donc du champ les paranoïaques instables et/ou inhibés, ceux qui ne pratiquent pas le harcèlement, mais n’en sont pas moins capables éventuellement d’un passage à l’acte : on loge l’intention de nuire dans la durée seule.]

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27 mai 2017 6 27 /05 /mai /2017 06:12

3. Justice et paranoïa

 

4.1. La passion de la justice

Le paranoïaque nourrit une passion de la justice comme s’il savait inconsciemment qu’à cet endroit réside ce qui lui manque : l’accès à la fonction symbolique, au tiers, à la castration et à tout ce qui s’ensuit (temporalité de l’avant et de l’après, ordre des générations) [Sérions : le déficit de la fonction symbolique n’a pas été illustré par des exemples probants; le tiers, on ne sait au juste ce que c’est, perso c’est carrément au deuxième que l’accès me serait barré, puisque je lis l’autre comme un alter ego… comme bon nombre de “moralistes”; de la “castration”, aucune explication non plus, son existence est considérée comme acquise, ce qui ne va pas de soi; le parano n’a été exclu de la temporalité que par un baratin vaseux; et l’ordre des générations, le profit qu’on peut trouver à s’y insérer, paraît une obsession personnelle de l’auteure, qu’elle ait 250 quartiers de noblesse ou pas un : est-ce qu’il n’aurait pas été un peu plus malin de nous expliquer comment tout cela marche, et comment on peut s’en trouver privé, à quels indices ça se révèle, etc, plutôt que de nous tirer vingt pages de sottises élémentaires, confuses et péremptoires (car pour le coup, il y a assez d’exemples pour pouvoir l’affirmer) sur la “sophistique paranoïaque”?] en somme, à ce que Lacan appelait “la métaphore paternelle”. Le problème est qu’en vertu de sa pathologie, il invoque la justice comme il la pense et désire qu’elle soit : uniquement comme un prolongement narcissique de lui-même.

    Le paranoïaque s’investit en messie, envoyé pour assurer la loi selon ce qu’il en entend. Ce qu’il croit est supposé vrai. [J’en doute : il a besoin qu’on y croie pour y croire lui-même, ou s’en dispenser.]  Le paranoïaque pense qu’il est la loi [Mais non.] et se nourrit d’idéaux de justice qu’il ne sait pourtant pas appliquer à lui-même ou à ses proches.

    Dans la version procédurière de la paranoïa, le sujet ne cesse d’enclencher des actions en justice pour se faire reconnaître dans son bon droit. La scène juridique, et en particulier la scène pénale, est l’objet fantasme de la paranoïa. [J’avoue que, bien que je n’aie eu de contacts avec la profession d’avocat qu’à l’occasion de mon divorce et d’un accident d’auto en Yougoslavie (deux canailles), que je n’aie jamais mis les pieds dans une salle d’audience, et que je ne croie pas du tout que le système judiciaire dispense la justice, j’ai un goût des plus populaciers pour les histoires de procès, les authentiques ou les romans de Grisham. Bien qu’aucun de mes projets d’écrire un procès n’ait abouti, faute de connaissance précise  des lieux et faits, tous mes bouquins, en un sens, sont des procès, tous aboutissant d’ailleurs à des verdicts erronés ou vagues. Et si, au fond, je suis l’accusé, la confusion des rôles y bat son plein.]

    L’histrionisme inhérent à la pathologie [O.K.; mais le mot histrionisme a été utilisé une fois, sans explication ni démonstration] a pour effet qu’il n’est pas rare que de grands avocats pénalistes soient eux-mêmes paranoïaques. Effets de manche, rhétorique théâtrale, sujets ayant trait à l’intégrité, à l’amour, à la mort, à la tragédie sont caractéristiques de la paranoïa. [Des caractéristiques qui ratissent un peu large!] En un sens le crime passionnel est l’apogée de la scène paranoïaque. [En quel sens? Le crime passionnel serait-il la suprême expression de la justice pour un esprit tordu? Je suis bien bon de m’interroger : rhétorique pure.]

    Cette passion de la justice le rend volontiers sauveur, étant entendu ici que le sauveur incarné est en réalité un persécuteur. Le paranoïaque la place au-dessus de tous ses idéaux et, s’il peut parfois analyser avec justesse des situations qui ne le concernent pas, en revanche, dès qu’il est impliqué, son analyse inverse systématiquement les rôles. Ainsi, grand avocat pénaliste, il peut se mettre systématiquement au service de grands criminels, psychopathes, pédophiles, et invectiver les victimes, en renversant les rôles. [”inverse systématiquement” –> “peut se mettre systématiquement”… Quelle daube! Au service de qui va se mettre un défenseur, sinon d’accusés, entre lesquels une grosse fraction de criminels? Et je doute qu’invectiver les victimes soit une tactique payante donc ordinaire. C’est contre votre vérité, perçue comme la vérité, que toute défense vous paraît scandaleuse. Selon vos propres termes, vous êtes paranoïaque.] De même, s’il est lui-même auteur, il se fera passer pour victime mais invoquera toujours cette justice légale, et y compris, parfois, une éthique, une morale, une déontologie, ou encore, une justice divine et transcendante.

 

Le coupable innocent

Rousseau fut à la fois capable de remarquablement analyser les besoins de l’enfant, dans L’Émile ou De l’éducation, au point de créer un livre précurseur [et qui le reste et le restera, personne ne se souciant de formation réelle; je suis très étonné de cet accord. Mais n’oublions pas que l’Émile, avec un principe directeur excellent, et souvent suivi, est plein de sottises et de traits paranoïaques, et qu’il vaut mieux éviter de jouer de l’ongle sur le consensus.], et d’avoir abandonné ses enfants à l’assistance publique, tout en estimant que, du fait de reconnaître cette faute, cela [sic : je me demande parfois, tant la syntaxe y est relâchée, si les encarts ne sont pas d’un nègre, ou rédigés après l’intervention d’un correcteur] le rendait innocent : « Le remords enfin devint si vif, qu’il m’arracha presque l’aveu public de ma faute au commencement de l’Émile, et le trait même est si clair, qu’après un tel passage il est surprenant qu’on ait eu le courage de me la reprocher » (Confessions, Livre XII). [Éternelle histoire des Enfants-trouvés! Précisons à charge que la surmortalité y était effrayante. Cela posé, aurions-nous l’Émile si Rousseau avait dû consumer sa vie à s’occuper de ses gamins, surtout de manière aussi intensive que le précepteur de son livre? où seulement à se préoccuper de gagner leur croûte? Y a-t-il photo, si l’on met en balance quatre ou cinq humains de plus, d’un côté, avec leur descendance s’ajoutant au grouilli-grouilla actuel et à venir, et de l’autre un ajout durable et rarissime au patrimoine de l’humanité, un  cadeau pour tous ceux qui savent en profiter? Poser la question, c’est y répondre. Rousseau ne s’excusait nullement en ces termes, mais il est exact que chez lui, trait parano ou pas, confession vaut absolution, du fait sans doute qu’il se roule dans la boue devant tout le monde. Et il ne faut pas sous-estimer l’opprobre que les Confessions ont valu à sa mémoire, longtemps avant d’être mises au programme du Bac. Mais il est parfois assez répugnant (voir l’histoire du ruban volé, par exemple) de le lire s’absoudre après un réquisitoire contre lui-même, implacable, certes, mais ne se souciant que du pécheur, et pas de sa victime. D’autre part, je le crois tout à fait capable d’avoir fourré ses gosses dans le tiroir des Enfants Trouvés en se répétant qu’il était infâme, comme un Lebedev ou un Marmeladov, qui ne cessent de battre leur coulpe, sans s’amender en actes.]

    Face à la sophistique paranoïaque, aux querelleurs procéduriers, la victime, pour se défendre, doit enclencher des actions en justice. Et très souvent, le paranoïaque procédurier, qui aura entraîné la victime à porter plainte pour se défendre, clamera : « mais vous voyez, c’est lui/elle qui enclenche des procédures, pas moi! » [Clameur on ne peut plus raisonnable!]

    Au cours de mes expertises dans les entreprises sur le harcèlement, j’ai pu assister à maintes reprises à des cas de paranoïas qui n’hésitaient pas à falsifier des documents officiels, écrire de fausses attestations ou exiger des faux témoignages de la part d’autrui. Cela ne leur posait aucune mauvaise conscience [sic], et était même vécu sur le mode de la “légitime défense” puisqu’eux s’estimaient dans leur bon droit. [J’aurais pu en faire autant, face à une pareille “experte”, et, d’une manière générale, face à des lois, des juges, des flics qui pour moi n’ont rien de transcendant, et sont l’expression d’un pouvoir (paternel? maternel?) foncièrement mauvais. Admettons que ce soit là un trait paranoïaque : il me paraît présenter une singulière contradiction avec l’appel compulsif à la justice dont on taxe couramment cette “pathologie”.]

    

Arithmétique paranoïaque

Au cours d’une enquête liée à des plaintes de harcèlement, je suis conduite à entendre chaque salarié du service. Le manager, objet de la plainte, présentant des signes clairement paranoïaques [j’en frissonne d’avance], se plaint à sa direction car il estime que je devrais l’entendre autant de fois que chacun de ses employés [sic], “pour sa défense”. Ainsi, il estimait donc juste que son temps de parole soit multiplié par vingt par rapport à autrui, dans la mesure où il se sentait “injustement mis en cause”. [Comme on a le plus grand mal à se fier à votre objectivité, on peut se demander s’il donnait effectivement cette raison-là. Il ne me paraît pas si tordu, si l’on est accusé de vingt “harcèlements” différents, de pouvoir se défendre de chacun d’eux.] Le fait que vingt personnes dénoncent ses pratiques ne l’interrogea pas le moins du monde quant à celles-ci. 

[Je saute ici deux encarts scolaires, sur Les guêpes d’Aristophane et Les plaideurs de Racine, qui, comme plus haut la tirade d’Harpagon, n’apportent rien au débat.]

 

    Avec la passion de la justice, se noue la tragédie paranoïaque : malgré tous ces efforts, ne jamais rencontrer la métaphore paternelle, même lorsque la justice opère correctement. Car les conclusions seront déniées, et le paranoïaque continuera de se clamer victime, c’est-à-dire jamais responsable, donc jamais sujet. Si, en raison d’un dysfonctionnement majeur de la justice, qui peut survenir, le paranoïaque gagne, cela a pour effet d’augmenter sa mégalomanie. [En résumé, s’il perd (contre vous), la justice a raison; s’il gagne, c’est suite à un “dysfonctionnement majeur”. En quoi votre approche de la justice diffère-t-elle donc de la sienne (et de la mienne)? Et comment se manifesterait, ici, la “rencontre de la métaphore paternelle”? Par un “pardon!” trempé de pleurs et parfaitement hypocrite? À supposer qu’il soit possible de “devenir responsable, donc sujet” (car ce passage-là me touche, bien que je ne me clame pas “victime”) sur le tard, quand le mépris ou de désamour vous ont modelé, self grandiose compris, comment ne pas voir que les accusations des autres, surtout aussi tendancieuses et approximatives que les vôtres, ne peuvent que raviver la réaction de rejet d’autrefois? Tout votre livre se comporte en ennemi du paranoïaque, un ennemi qui justifie son délire, et s’il peut en extraire, ici ou là, un élément de thérapie, c’est à votre corps défendant.]

 

Gloire

« Vous vous rendez compte? J’ai un arrêt de la Cour de cassation à mon nom! Combien sont ceux qui peuvent se vanter de cela? » se vante un dirigeant d’entreprise.

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26 mai 2017 5 26 /05 /mai /2017 05:45

 

3. Le complot : influence, instrumentalisation et manipulation

 

Le comportement majeur du paranoïaque est la défense avec promptitude à l’attaque, attitude qui est sous-tendue par un sentiment de méfiance qui se développe généralement dans tous les domaines de la vie du sujet. [Mais, si je puis servir de modèle, le plus souvent à côté de la plaque : parfois je me dis que je me méfie de tout, sauf des périls qui se révèlent effectifs : la vraie tuile est presque toujours imprévue.] La personnalité paranoïaque va tout autant se méfier de celui qu’elle considère comme plus puissant qu’elle, qui le  [sic : ne serait-ce pas plutôt “la”? Puisque c’est la PP qui se méfie…] menace, que de celui qu’elle considère comme plus médiocre, plus petit, et qu’elle méprise généralement. [Hum. Mépriser qui que ce soit, c’est admettre la validité du mépris, donc risquer un effet boomerang.]

    La paranoïa vit du complot, se nourrit du complot, tant de celui qu’elle fomente que de celui qu’elle imagine. [Quel complot la paranoïa, qui peut éventuellement faire des disciples, mais polymérise ses angoisses dans la solitude, peut-elle bien “fomenter”?] Les sociétés secrètes sont un produit typique de la paranoïa. L’espionnage, les services secrets, le renseignement, la mafia, aussi. [À vue de nez, c’est complètement absurde. Il est évident que certains groupes ont besoin d’ombre pour agir efficacement, en s’affranchissant des lois qui entravent le populo. Les assassins professionnels sont-ils tous paranoïaques? Quelle blague! Et d’autant plus comique que le parano, c’est tantôt celui qui voit partout l’action de sociétés secrètes à son encontre, tantôt celui qui en fait partie] L’on retrouvera d’ailleurs beaucoup de paranoïaques dans ces coulisses-là. La logique paranoïaque est que « l’homme est un loup pour l’homme » [Ce n’est en rien une logique, mais un présupposé – ou une maxime issue de l’expérience, mais qui sert de présupposé en présence de faits ultérieurs.] tout en affirmant souvent le contraire sous [??] des idéaux très affirmés. Dès lors, il s’agit de tuer avant d’être tué.

    De par sa rigidité psychique [qui, étrangement, n’empêche pas, d’après vous, une extrême mobilité de thèse et de moyens.], le paranoïaque rumine, nourrit des pensées obsessionnelles, feint l’empathie et l’enthousiasme en ayant pourtant un regard froid, de type métallique, sans véritablement nourrir de tels sentiments vécus comme dangereux et auxquels il ne lui a pas été donné d’accéder lorsqu’il était enfant. [Ce n’est tout de même pas tout à fait exact pour mézigue, car je ressens la pitié jusqu’aux larmes. Mais je ne crois pas que la “voie des larmes” nous mène à la vérité d’autrui, ni d’ailleurs à la nôtre.]

 

Les micros

Un paranoïaque demande explicitement au thérapeute une consultation par skype.

    Le thérapeute lui répond favorablement, en lui proposant un rendez-vous.

    Le paranoïaque répond alors : « Je ne sais pas si ça va donner quelque chose par skype puisqu’il y a des micros dans la maison… »

 

    Services secrets, services de l’ombre, complots d’État, franc-maçonnerie occulte… appellent souvent en leur sein des personnes à tendances paranoïaques. Le paranoïaque pense stratégie (manière d’atteindre son but de toute-puissance et de contrôle absolu) et tactique (poser des pions au bon endroit). Il jouit de la tactique lorsqu’il s’aperçoit qu’il peut manipuler des êtres humains à sa guise. [Le problème, encore une fois, c’est qu’aucune passerelle crédible n’est lancée entre le psychotique reconnu auquel ce qu’il ressent comme un danger (et pas nécessairement celui d’une agression, du moins ciblée sur sa personne) inspire une angoisse génératrice de discours, et éventuellement d’action, d’une part; et de l’autre le parano-à-succès, maître du monde en puissance.]

 

Le complot au cœur du pouvoir

La famille Médicis  est tenue d’une main de fer, celle de Catherine de Médicis. « Une famille un peu particulière, mais pas si mal, tu verras », spécifie le duc d’Anjou au protestant Henri de Navarre, dans le film La Reine Margot. Les quatre enfants d’Henri II et Catherine de Médicis, François d’Alençon, Charles IX, Henri d’Anjou et Margot sont sous le joug de cette femme terrifiante, qui intrigue abusivement par le pouvoir terrestre et occulte. [sic] Tout est régi par le complot : complot contre les protestants, assassinats, intrigues de palais, manipulations occultes et empoisonnements.

[Les guerres de religion par le verre déformant d’un film! L’unique réplique qui m’en est fournie ne me paraît pas témoigner d’un gros effort de reconstitution… Et qu’est-ce que ça prouverait? Selon moi, c’est le pouvoir qui rend fou, surtout les pauvres types qui n’ont pas le discernement élémentaire qu’eut Louis XIII, de choisir un ministre capable de l’exercer. Et le chapitre finit là, aussi vain qu’il est court. Rien sur ces “théories du complot” qui sont devenues un dada des journaleux mainstream, et qui seraient bien commodes si elles trompaient quelqu’un d’autre que les profs et autres dupes habituelles de la presse : il est devenu inutile de réfuter le soupçon porté sur une info, désormais il suffit de répondre : « Si je vous comprends bien, ce serait un complot? » pour disqualifier des arguments. Les seuls complots autorisés, ce sont les complots nazis : pour nos princes, le temps semble bien, en effet, s’être arrêté depuis 75 ans.

    Il y a des “complots”, mais leur importance est minime. Nul besoin de “complot” pour agir en fonction de ses intérêts propres (ceux des multinationales sont semblables, malgré les concurrences), et brandir en paroles le drapeau de l’intérêt général, vu que « Je veux m’en mettre plein les poches, dussiez-vous tous crever » déplairait inutilement aux masses. Ce n’est pas un calcul paranoïaque : le parano, quand il est aux commandes, n’a pas pour but d’accumuler des fortunes : comme il vit pour et par l’œil d’autrui, il est obligé de se conformer aux “grands principes” qu’il a posés, et auxquels il ne croit pas vraiment. En quoi d’ailleurs il est autrement dangereux qu’un truand.

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25 mai 2017 4 25 /05 /mai /2017 06:49

 

 

2.4. Le musèlement de toute inflexion ou mise en cause du délire

L’urgence et l’enjeu du délire paranoïaque consistent à entraîner tout le monde dans le délire. Aucune opposition ne sera tolérée, et tous les moyens de rétorsion seront permis pour la faire taire, la réduire au silence ou encore l’éliminer. [Comme l’écrivait déjà Montaigne, tuer l’adversaire est un signe de faiblesse. Je crois que le parano haut-de-gamme se pique d’avoir réponse à tout, et de réduire l’adversaire a quia.]

    Il faut donc museler les contradicteurs, les opposants, mais aussi les témoins, ceux qui savent, qui connaissent “la vraie histoire”, qui peuvent détenir des traces de la réalité telle qu’elle s’est produite : traces historiques, traces intellectuelles, traces bibliographiques, traces culturelles, etc.

    Le délire paranoïaque donne l’injonction que tous adhèrent à l’histoire officielle, telle que le paranoïaque l’aura réécrite. Et pour réaliser cette injonction, il n’hésitera pas à user de propagande, y compris et surtout, scolaire.

[Il est évident que le délire paranoïaque reconnu comme psychotique ne saurait se donner pour “histoire officielle”, et qu’on observe ici, plus accentué encore qu’auparavant, cette sorte d’effet de bascule qui place le malade au pouvoir, et fait de la psy qui juge du haut de l’Olympe une vaillante petite résistante… à qui? à quoi? À des régimes éloignés dans le temps ou l’espace, objets d’une réprobation tout à fait officielle, celle-là, et “surtout scolaire”, puisqu’on voit venir des temps où les élèves quitteront l’école sans y avoir appris autre chose que l’équation Nazis = Auschwitz = Mal Absolu, et à jouer au foot. Rien ne me pue au nez comme ce grégarisme qui s’imagine penser par lui-même, comme cette lâcheté intellectuelle qui se prend pour du courage… « le courage de s’opposer aux révisionnistes », comme disait un rabbin, du temps où la novlangue ne comportait pas encore un mot spécial pour les condamner avant tout examen.

    Les efforts de censure du paranoïaque semblent en outre impliquer qu’il ne croit pas un mot de ses salades, que c’est non pas un délirant, mais un pur et simple menteur. La contradiction entre tromper les autres et se leurrer soi-même est peut-être un peu trop rationnelle, et je suppose que le doute secret que lui inspire son propre délire tant qu’il n’a pas reçu d’accueil n’est pas pour rien dans la souffrance du parano, en foi de quoi il pourrait trouver un ersatz de guérison à convaincre les autres… Admettons que ce malheureux qui croit éperdument en ses conneries pour contrebalancer la moquerie universelle soit potentiellement le même tyran prêt à liquider tous ceux dont l’avis diffère du sien : c’est égal, parler dans les deux cas d’une seule et même pathologie du pouvoir, ça me paraît un travail de cochon, qui laisse de côté l’immense majorité de ceux auxquels le pouvoir profite vraiment, et qui n’ont nul besoin, eux, d’efficience en matière de discours pour en accumuler encore et encore (car à partir d’un certain chiffre, l’argent n’est plus que pouvoir), ni même pour faire dire par leurs torchons à pompes que lorsque 0,0001% des hommes possèdent 90% de la planète, c’est qu’ils ont du talent, et qu’il profite à tout le monde. Arrêtons-nous là, je finirais par m’énerver…]

 

Suppression des traces historiques

Tout régime politique ou mouvement politique qui prétend effacer les traces historiques est d’essence paranoïaque : suppression des monuments historiques, remaniement profond de la langue parlée, histoire “officielle” que les citoyens doivent avaler, réécriture des textes religieux… Il s’agit, par l’effacement des traces, de rompre tout lien civilisatoire des êtres humains à leurs ancêtres. [C’est, décidément, une obsession! Dirait-on pas que notre auteure a un flot de sang bleu dans son ascendance!? ] La recréation d’une histoire mythique par les nazis [Où? Quand? Quelle?], la destruction de Palmyre par l’État Islamique, et la réécriture de textes religieux a posteriori [sic] en les imposant comme des dogmes sont autant de traits paranoïaques. [Quod gratis asseritur gratis negatur. En un sens, ce n’est pas si gratis que ça, puisque l’assertion est reliée à une thèse; mais les liens sont trop lâches, et la thèse non démontrée. Toute religion, en un sens, triche, même sans récrire les textes, en remettant à jour leur lecture, et en gommant l’histoire de la formation de ses dogmes : à en croire les croyants, le christianisme ne s’est pas formé peu à peu (avec notamment l’apport considérable de Paul), mais il s’est dégagé, dégangué, si l’on veut, de lectures trop inféodées au Zeitgeist : va-t-on nous dire que le christianisme est paranoïaque? L’homo sovieticus était-il paranoïaque, lorsqu’il passait à la chaux les fresques des monastères? Quand le champ d’application d’une qualification s’élargit à ce point, elle ne signifie plus rien.]

 

2.5. La charge traumatique véhiculée dans le discours

Le discours paranoïaque, en particulier au moment de son acmé délirante, de la décompensation, contient une charge traumatique inouïe, face à laquelle il faut être extrêmement puissant sur le plan psychique pour résister. [Ridicule. Tout dépend de l’efficacité dudit discours. Mais il est exact qu’il ne laisse pas indifférent… les paranoïaques en puissance, peut-être… ceux qui n'existent que par et pour le regard des autres.]

    Tout discours paranoïaque comporte des inductions traumatiques, qui désorganisent le psychisme de celui qui le réceptionne. Parfois, ces inductions sont parfaitement ciblées, sur un mode très manipulateur, aussi seul celui qui est concerné par l’induction la percevra, tandis que l’entourage non initié ne comprendra pas ce qui peut être traumatique dans l’apparent discours.

    La spécialité paranoïaque est bien d’envoyer une charge traumatique délibérée, au travers de sa compétence à manipuler le langage, le must étant d’envoyer la charge traumatique à son destinataire, tout en emportant l’adhésion du collectif environnant qui se retournera contre le destinataire, s’il ose se plaindre, en lui disant bien souvent « mais non, tu exagères, il/elle t’aime ». [Là, bien que ce soit toujours très mal dit, je doâ avouer que je reconnais ma “recherche d’effet”. Est-ce qu’elle coïncide avec un envoi de missile à “charge traumatique”? Pas toujours de façon flagrante, le style a d’autres grâces, mais je crains bien qu’à mes yeux la beauté ne se mesure, très souvent, aux dégâts qu’elle opère, même quand je retourne l’agressivité contre moi, puisque, comme je l’ai dit et répété, on peut me soupçonner de ne m’attaquer que pour viser, à travers mes vilenies rien moins qu’exceptionnelles, celles des autres… Je n’aurais garde de nier que je cherche à infliger au vis-à-vis une blessure narcissique, et que ma plaidoirie en légitime défense ou ma posture thérapéducative ne sont pas toujours, ni même souvent peut-être, crédibles, notamment quand je m’adresse, comme ici même, à une “ennemie” qui ne sait même pas que je suis au monde. La plupart du temps, je réagis à des prétentions, à une arrogance qui ont de fortes chances d’être bien présentes – l’écrasante majorité des humains se surestimant, et le cachant mal –, mais que je ne parviens à déterrer, parfois, qu’au prix de fouilles vertigineuses et peu probantes dans des manifestations de psychorigidité ou de simple ignorance.

    La peur d’être repoussé m’a empêché d’aller au devant des gens; mais c’est l’agressivité du discours, et l’efficacité de cette agressivité dans le discours écrit, qui m’a brouillé avec le peu d’humains qui ont fait ou refait les premiers pas. Attendant toujours des baffes, ce n’est pas miracle qu’à un moment ou un autre j’aie l’impression d’en recevoir, et réplique avec une violence décuple, l’issue s’avérant toujours la même. Dans tous les cas cliniques, du plus ou du moins, on nous dit qu’Untel, paranoïaque, a eu des conflits avec tous ses voisins, que même ses enfants ont dû “couper les ponts”, pour “se protéger” : il serait difficile de ne pas reconnaître là ma solitude, aggravée par l’inhibition. L’erreur, selon moi, c’est de placer la haine à l’origine de cette sécession : dans la plupart des cas, il n’y en a pas trace : c’est au mépris de l’autre, réel ou imaginaire, en tout cas attendu, que je réagis, à moins que la “botte assassine” (la mienne, s’entend, dont j’ai bien du mal à croire qu’elle puisse percer  la couche de mépris, mais dont je fantasme tout de même, dans ma “littérature”, qu’elle puisse provoquer un suicide) ne soit poussée, au fond, pour plaire, ou, par désespoir d’y parvenir, pour au moins intéresser et compter. La haine supposerait qu’on s’arrêtât à l’autre in se. Mais non, c’est bien pire : l’autre ne sort pas de son rôle de reflet, et si l’on rompt avec lui, ou l’incite à rompre, c’est par peur de déchoir et « de se voir si moche en ce miroir ».

    C’est égal, pour la plupart des gens, je suis un emmerdeur, un dreambreaker, comme disait Sophie-Charlotte, un tueur d’âmes, si j’en avais la compétence. Quelqu’un qu’il faut écarter de sa vie, si l’on veut avoir la paix. Ajoutons à cela que lorsque, de très loin en très loin, on me laisse du pouvoir, la dérive totalitaire n’est pas loin. Certes je me dévoue pour la collectivité, mais en parlant à sa place, ce qui peut lui paraître aliénant. L’est, en fait : guère étonnant donc qu’on ne me remercie guère. La vérité ne serait pas dans “le fond de mon cœur”, dans le désir d’être vu, compris, rédimé, mais dans l’apparence de cette récurrente méchanceté, et dans la soif inextinguible de pouvoir logée dans l’écriture, le ratage de celle-ci s’expliquant sans doute par celle-là, qui se verrait trop.

    Qu’y a-t-il de neuf dans cette prise de conscience? Absolument rien, si ce n’est, 1) qu’on a raison de me laisser dans mon coin, et de se garer de mes missiles, mouillés ou non; 2) que je ne guérirai jamais, et suis destiné à m’enfoncer indéfiniment dans la solitude, ce qui me plaît le plus au monde étant de porter des coups au psychisme d’autrui, jouissance héritée d’une enfance que je ne saurais rejouer : pas question donc de libérer ma meilleure part : elle n’existe pas. Et je pourrais ajouter en 3) la quasi-hérédité, puisque c’était dans l’opposition et le dénigrement que papa s’épanouissait. Nego ergo sum. Simple antithèse? Pas quand elle n’attend de synthèse qu’en forme d’acquiescement.

 

Ingratitude selon le paranoïaque

Pour se protéger, Noémie a coupé radicalement les ponts depuis plusieurs années avec sa mère, qui est paranoïaque. Un jour, elle reçoit une lettre à son travail (l’adresse est publique, chacun peut contacter Noémie facilement sur internet). Sa mère prend des nouvelles, dit souffrir de l’absence de sa fille, et pour quiconque ignore le contexte, Noémie peut paraître une fille ingrate qui ne prend pas soin de sa pauvre mère. C’est sans compter un passage de la lettre, où sa mère cite une par une toutes les adresses des appartements que Noémie avait habités ces sept dernières années, adresses qu’elle n’était pas censée connaître, que nul ne pouvait lui avoir procurées, ni dans l’entourage privé ou professionnel [sic] de Noémie et ce, d’autant que Noémie habitait alors en occupant gracieux l’appartement au nom de son conjoint, que sa mère non plus ne connaît pas et qu’elle n’a jamais rencontré. Après avoir énuméré les différentes adresses, cinq au total, la mère paranoïaque dit en substance « ma fille, tu vois, j’aurais pu venir te voir, mais j’ai respecté ton choix et je ne l’ai pas fait ». Pour un œil extérieur, cette mère paraît donc parfaitement respectueuse du choix de sa fille. En réalité, pour l’initié, dont Noémie, cette phrase contient une charge traumatique incroyable car elle signifie que sa mère n’a cessé d’intruser [À quoi bon cet horrible néologisme parano, là où épier suffirait, vous qui vous dites si respectueuse du legs de nos ancêtres?] sa vie privée durant les sept dernières années, en la faisant suivre (Noémie découvrira plus tard que sa mère avait en effet embauché un détective privé à cet effet), et qu’elle lui fait donc passer le message crypté de son éternelle toute-puissance à son égard, qu’elle le veuille ou non.

[Ce cas qui me semble, pour une fois, équitablement évoqué, me trouble, je ne sais pourquoi : “intruser” la vie d’autrui est tout le contraire de mon genre, il faut que je me force pour taper le nom d’une ex sur Glouglou, et dans ces cas exceptionnels les recherches ne durent pas longtemps. D’autre part, la charge traumatique ne me semble pas si terrifiante, puisqu’après tout, ces adresses, la mère n’en a pas usé, ce qui devrait signifier qu’elle continuera sur cette voie. Peut-être ce cas jette-t-il la perturbation dans ma “compréhension projective de la paranoïa” comme exhibitionniste en profondeur, même quand elle prend l’apparence du voyeurisme? Maman s’est tue sept ans : peut-être le significatif de sa démarche est-il de révéler qu’elle savait; mais alors, de quelle patience elle a fait preuve! Cela dit, elle pouvait avoir d’autres fers au feu, vu que la parano n’est pas nécessairement inhibée. Autre point qui ne cesse pas de m’intriguer : tous ces enfants sains qui fuient à juste titre un parent parano : je me serais attendu, “prenant mon cas pour une généralité”, à ce que le parent parano, sans nécessairement rendre tel son enfant (au moins par autodéfense), l’esquintât en quelque façon. Or les enfants, dans ces exemples, nous sont donnés pour indemnes, mais se protégeant légitimement, même quand ils restent sept ans sans donner l’ombre d’une nouvelle. Bon, je n’ai pas besoin d’autorisation, et on aura compris que l’auteure n’est pas une autorité à mes yeux. N’empêche…]

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24 mai 2017 3 24 /05 /mai /2017 05:36

 

2.3. La passion de la polémique

Selon Piera Aulagnier, le paranoïaque existe « parce que, et tant que les autres existent, seulement il n’existe ni pour, ni par, ni avec, mais contre. » [Bien vu, mais incomplet : je crois que c’est afin d’exister pour les autres qu’il se positionne contre eux. Le thème du délire paranoïaque élémentaire le dit bien : on m’aime, on me persécute, on me met sous le boisseau : donc j’existe. Verberor ergo sum.]

    L’autre n’est qu’un support projectif qui sert d’expulsion [sic] à la haine, ou d’instrument pour mieux expulser sa haine. [Si l’on tient à ce que le parano soit haineux, alors il faut saisir que la “haine” procède de l’envie et du dépit, et qu’elle est volatile. Mais les psychanalystes tiennent beaucoup, dirait-t-on, à leur “haine” comme pulsion primaire, surtout quand la fiabilité de leur “savoir” est attaquée : il est plus facile d’invoquer la haine que de fournir des preuves.]

    Avec le discours paranoïaque, il n’y a jamais débat, confrontation d’arguments selon un raisonnement logique étayé. Tout est sujet à polémique, à pulvériser l’existence même de tout contradictoire, au prix des falsifications que j’ai pu énumérer. [Énumération puérile et sans profit, j’espère l’avoir montré : vous avez très peu pu, et vous-même usé de falsifications, le plus souvent inconscientes, pour dénoncer comme “paranoïaques” des erreurs de raisonnement rudimentaires et/ou très répandues, alors que les grandes failles du discours parano sont sans doute d’abord dans la déflagrintuition initiale, et ensuite dans l’ignorance qui provient de l’isolement et de la méfiance dont est l’objet le discours d’autrui, lequel pourrait servir de “garde-fou”. Il se peut que cette ignorance soit cultivée, protégée d’un savoir auquel le sujet préférerait son délire, du fait de la distinction qu’il lui procure. Et il est très probable que, même au sein de la plus grande solitude, d’une part le discours du délire vise à l’effet (d’où une difficulté à l’ordonner logiquement, difficulté évidente non dans les procédés que vous dénoncez, mais dans votre propre écrit, incapable de construire une argumentation, et s’adjoignant pour tirer à la ligne des greffons qui ne “prennent” pas); d’autre part et corrélativement, que le parano ne croie guère tout seul à ce qu’il échafaude, tant qu’une autre conscience, fiable de préférence, ne lui en aura pas renvoyé l’image ou l’écho. Ce qui est recherché, je crois, ce n’est pas la “pulvérisation de tout contradictoire”, mais l’acquiescement éclairé. Jusqu’aux limites du délire, sed non ultra? Je n’en suis pas sûr, du moins dans mon cas, et je crois même qu’une fin de non-recevoir reposant sur une compréhension me serait miel. Mais tous les paranos ne cultivent-ils pas cette illusion?] 

    Et derrière l’empathie feinte, derrière le théâtre tragique que nous donne à voir ce dramaturge hors-pair, se faufile la haine, cette « haine qui, telle une sorcière, se penche sur leur berceau dès leur entrée au monde… La haine perçue, qui marque les destins de ces sujets et devient le pivot autour duquel s’élabore leur théorie sur l’origine. » (Aulagnier, P., 1975, La violence de l’interprétation. Du pictogramme à l’énoncé, Paris, PUF, 1981) [Hé bé! Mon Dieu, ce romantisme satanique ne me déplairait pas, et il est certain que “dès mon entrée au monde”, quand les forceps m’ont éborgné, il y avait matière… mais à quoi? À percevoir de la haine et à la rétorquer? D’où viendraient ces notions, qui supposent un autre, au ci-devant fœtus? Par où? Alimentation directe via l’ombilic? Notez bien, j’ai entendu cette réflexion de la bouche de toutes les mères, aimantes pour la plupart, que j’ai rencontrées : leur(s) enfant(s) selon elles avai(en)t montré très tôt une personnalité. Il se peut que tout soit inné, qu’un jour proche ou lointain les généticiens nous le démontrent, et qu’on bâcle une petite loi pour ivéger les fauteurs de troubles potentiels, en attendant de fabriquer des petits hommes à la demande. Il est possible que mes efforts d’auto-analyse ne mènent qu’à des mirages. Mais, en attendant sans enthousiasme les certitudes de la science, et ses atteintes à la liberté, quel est l’intérêt d’une théorie invérifiable, et qui ne laisse aucune place à la guérison?

    Tout ce que je puis affirmer, hic et nunc, c’est que ma théorie sur l’origine n’est en rien, du moins consciemment, une rétorsion de la haine perçue. Ce que je crois avoir perçu, sur le riche terreau d’une naissance traumatisante, c’est, aux alentours de 18 mois, une mise au rebut en faveur d’un aîné postérieur, qui s’est pour comble avéré ensuite surdoué, avec mon aide et au sein des successifs microcosmes familial et scolaire; une tentative de raccrochage à un père nullement haineux, mais narcipat, envieux tous azimuts, et adonné au dénigrement systématique : d’où s’est ensuivie une mégalomanie de rebond… et tout le reste. Mais ne bâclons pas la conclusion de l’Inventaire : rien, même en cas d’improbables progrès tardifs, ne lui permettra d’échapper à sa condition d’hypothèse. Notons tout de même qu’il paraît un tantinet contradictoire d’accuser le paranoïaque de se donner pour causa sui, et de lui répondre qu’il est la source de la haine qu’il prête à l’autre.]

    Le délire paranoïaque est donc un délire de haine, sur la base de laquelle toutes les relations sont fondées sur la guerre. [Simplification abusive, qui oblige au moins à écarter l’hypocondrie, et un certain nombre d’angoisses sans auteur, à moins de disposer d’un Dieu à “haïr”.]

    Comme le délire utilise la logique, la polémique – l’art de la guerre par le discours – sera privilégiée.

    Elle en devient une passion, au sens d’une fascination narcissique pour cet affect de haine. [Belle formule, et qui semble assez bien coller; mais cette haine est narcissique, encore plus instable que l’amour, elle se focalise sur les sentiments qu’on me voue. Je jouis d’un texte psychokiller, qu’il soit de moi ou de quelque autre, d’un exercice de démolition, que ce soit d’un livre, d’une personne, d’une institution ou  d’une croyance, sans ressentir la moindre haine à leur égard. Du sadisme, oui, peut-être…]

    Comme le disait une patiente paranoïaque, il s’agit de « tuer l’adversaire. De le laisser gisant, mort ou au moins vaincu, neutralisé ». Voilà comment le paranoïaque comprend le débat d’idées. [Possible que ça s’applique au délire d’interprétation incommunicable. Mais je vous fiche mon billet que les paranos plus ou moins socialement insérés, que vise le “débat d’idées”, et que vous vous efforcez d’assimiler aux psychotiques, désirent convaincre, et non tuer “l’adversaire”. Je n’ai jamais rêvé de tuer que les rares personnes qui m’ont délibérément nui, et encore, quand il n’y avait rien d’autre à faire : grâce à elles j’ai une notion de cexé que la haine, et la possibilité d’effectuer des comparaisons. Il est probable que ma prestation lors des funérailles de mon père, et les textes qui s’en sont suivis dans mon Inventaire, m’ont brouillé avec le lopin d’humanité qui me parlait encore, mais la seule pointe de haine que j’ai ressentie, il a suffi d’une brise de considération, imaginaire peut-être, pour la dissiper. Autre exemple : est ce que je la hais, cette auteure que j’étrille avec une jouissance indéniable, mais en préférant qu’elle ne soit pas censée lire mes commentaires à 80% défavorables? J’admets la jalousie, à l’égard de quelqu’un qui publie du bien plus mauvais que ce que moi je dois remettre au tiroir, un agacement poussé jusqu’à l’exaspération, quand le texte où je tente de me comprendre apparaît par trop niais et bâclé; mais pour me poser la question de la haine, il faudrait renverser les rôles : je pense que je remercierais d’une lecture attentive, corrigerais s’il y avait lieu, mais serais sans doute ulcéré d’avoir à le faire, et aussi haineux, je le crains, mais alors du fait, une fois encore, d’une blessure narcissique, que je surmonterais si les critiques me semblaient fondées, donc m’apprenaient quelque chose. Bien entendu, cette tartine égotiste n’est pertinente que si je me présuppose parano, alors qu’il n’est même pas certain que ça présente un sens.]

    Cette charge affective passionnelle de haine qui est insérée par le sujet dans son délire est aussi la marque d’une “énonciation infatuée” (Lacan, 1946).

    Elle a donc à voir avec la problématique identitaire du sujet : le délire est en effet une passion de soi (souffrance, aliénation) par lequel [sic] le sujet s’attribue un nom, une généalogie, une mission, un destin… Lacan souligne le double mouvement de l’infatuation : d’une part l’exaltation d’un idéal hors du commun, de l’autre, la révolte contre une réalité dépréciée et méconnue en ce qu’elle est la production du sujet. [Sic. Y a-t-il quelque chose à piger, dans cette fin de phrase? C’est bien le sujet  qui se révolte, mais contre une réalité qui est sa production??? Ma main au feu qu’il s’agit d’une révolte contre la dépréciation et la méconnaissance d’une réalité, etc, c’est-à-dire que vous écrivez le contraire de ce que vous voulez dire. Si c’est bien le cas, pourquoi se casserait-on la tête à vous déchiffrer?] L’aliénation du sujet réside donc bien dans la fascination narcissique qu’il a de son délire (et qui par ailleurs, est révélateur de souffrances inouïes sur les questions identitaires).

    Le paranoïaque, lorsqu’il polémique, est fasciné par son propre discours de haine. Il s’écoute parler, et ce discours devient le support d’une mégalomanie spéculaire. Le paranoïaque ne se mire pas tant dans les miroirs que dans son propre langage. [Phrases d’une étonnante pertinence dans mon cas, la “haine” à part. Mais alors il faut voir que ce “miroir” n’est qu’une anticipation du regard de l’autre.]

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23 mai 2017 2 23 /05 /mai /2017 07:46

 

La langue, la pensée, la manipulation

L’écrivain George Orwell, dans son roman 1984, avait déjà émis l’idée d’un langage constamment corrompu par des manipulations jusqu’à être vidé de son sens. La novlangue – Newspeak – est une simplification [Disons qu’elle en résulte, ou est censée en résulter, puisqu’elle est en cours de création dans le bouquin.] lexicale et syntaxique de la langue, destinée à rendre impossible l’expression d’idées subversives.

Cette novlangue est gérée, dans le roman, par le Ministère de la Vérité. [donnée une fois pour toutes, et cependant en constante mutation, le rapprochement est patent avec le délire paranoïaque tel que vous le voyez… au miroir?]

La nature de la langue engendre la nature de la pensée. De grands théoriciens l’ont étudié depuis l’antiquité, les langues ne produisent pas les mêmes œuvres dans les mêmes domaines, car elles ne donnent pas les mêmes outils de création. Ce n’est pas un hasard si l’Allemagne a produit de très grands philosophes, de même que la France a donné de grandes œuvres littéraires [mais n’en donne plus, alors que le français a peu changé depuis Balzac ou Proust, et qu’un Brink écrit en afrikaans, néerlandais très simplifié lexicalement et surtout syntaxiquement], ou l’Italie de grandes œuvres musicales et poétiques [Les œuvres musicales n’ont qu’un lien très lâche avec la langue; et qui donc a lu le Dante ou l’Arioste? Cette illustration est superficielle.] La structure même de la langue, ainsi que son vocabulaire, conditionnent la possibilité de penser plus ou moins tel domaine. [Ou tous à la fois, ne nous voilons pas hypocritement la face : un pidgin comme langue maternelle ne constitue pas une voie d’accès idéale aux questions difficiles. Mais ce qui est plus angoissant, c’est que, selon les langues, les “domaines” diffèrent : je doute fort d’être capable de me poser en français les problèmes que se posera un Chinois, et réciproquement.] Les traducteurs le savent bien, lorsqu’ils peinent parfois à transcrire des notions, des concepts, des jeux de mots, des effets de style, d’une langue à l’autre. Prenons à l’inverse une diminution de la langue, une simplification telle qu’elle est décrite par Orwell. Ce serait effectivement l’impossibilité pour le peuple de penser, et de penser la manipulation politique dont il est l’objet.

 

    Il existe, chez le paranoïaque, comme une fascination du langage, que ce soit dans l’utilisation du néologisme [Au vu des cinq ou six mots soulignés de rouge quand je tape une page, alors qu’une de Flaubert n’en comporte aucun, je veux bien plaider coupable, mais de quoi? Qui pourrait jamais soutenir qu’un néologisme appauvrit la langue? Je serais sincèrement preneur d’une explication des néologismes par la paranoïa.], de grands termes pompeux pour impressionner [J’en fus souvent accusé, et que je visasse à l’effet, je n’aurais garde de le nier. La question importante est tout de même de savoir si j’en usais à bon escient, et certes, à renfort de bésicles, c’était loin d’être toujours le cas. Ce qui me paraît plus grave, c’est d’employer, comme vous, des expressions qui ne signifient rien, comme “l’autorité de la langue”, ou de mettre en gras que le paranoïaque “prend, en outre, l’exception pour la règle, et l’érige en norme”, redondance du signifié qui trahit l’absence de toute pensée, l’écriture poudre-aux-yeux, guidée moins par l’effet à produire que par la routine langagière qui prend les commandes dans le demi-sommeil de la raison.], mais aussi de métaphores prises au pied de la lettre, d’incantations quasi-hypnotiques.

 

La novlangue paranoïaque

Voici une blague fréquente d’un paranoïaque, qu’il aime dire à ses enfants. « Banane, ça commence par un B mais en vrai ça commence par un N ». Dans sa façon de le dire, il affiche son désir d’écraser l’autre, son mépris et sa toute puissance. En somme, il contrôle l’orthographe des mots, et change les lettres à sa guise! Au mépris du sens de l’histoire des mots, au mépris de leur histoire. [Quelle histoire vous nous faites au sujet d’une blague que je ne saisis pas, ignorant le contexte, mais dont je puis au moins affirmer qu’elle n’a rien à voir avec la “novlangue” orwellienne. Penser, c’est établir ou comprendre des rapports : votre pensée, c’est de la daube.] 

 

• L’utilisation détournée des idéaux et des bons sentiments

L’univers paranoïaque invoque souvent un ordre moral dans lequel c’est le paranoïaque qui décide de ce qui est moral ou non. Il nomme qui a autorité ou non, c’est-à-dire qui rentre [sic] suffisamment dans son délire de création de néo-réalité.

 

Usurpations…

Voici un paranoïaque professeur d’université en psychologie. Il se proclame expert, et tout le monde ignore que, dans son dossier, il n’a même pas son titre de psychologue et s’est arrêté à la maîtrise. Comment est-il arrivé là? Sans doute par un jeu du copinage. Pour paraître savant, il utilise un jargon fait de néologismes, de termes pseudo-lacaniens. Comme chacun ne comprend rien à son discours, tout le monde se dit que oui, si on ne le comprend pas, c’est que c’est un génie. Or, son discours pseudo-scientifique ne veut rien dire. [Et celui de Lacan, qui, à supposer qu’on y comprenne quelque chose, ce qu’il a soigneusement évité, tourne en cercle fermé, ne se soumet à aucune véri/falsification, et ne sert à rien? Et le vôtre, à vous, si imbue de votre diplôme, comme si, contre la connerie et la cacographie, il constituait une targe qui dispense de se relire? J’ai eu récemment un aperçu, via mon frangin, de ce qu’on trouve en chaire en Fuck actuellement, des bourdes incroyables que commettent avec aplomb agrégés et docteurs qui croient tout savoir… et ne sont jamais confrontés à une contestation sensée, ou n’en tiennent nul compte. Mais passons, parce que ce discours-là, je le soupçonne de relever de la méfiance parano. Alors que rien n’atteste que votre imposteur, si c’en est un, soit paranoïaque. Et naturellement, pour couronner le tout, selon votre habitude, l’encart reste en marge du propos : les idéaux et bons sentiments que détournerait cet infâme individu sont parfaitement brumeux.]

 

    Les paranoïaques sont les grands gagnants des médiations, où l’idéal du médiateur est que « tout s’arrange ». Ainsi, les paranoïaques savent servir son idéal au médiateur, en faisant semblant de vouloir la paix, en invoquant que [sic] c’est l’autre qui n’arrête pas de vouloir faire des procédures, etc., alors qu’en réalité [cette réalité qui n’est autre que votre opinion], c’est lui qui persécute! La médiation sera instrumentalisée par des processus psychiques manipulateurs, et pourra même devenir l’un des instruments du harcèlement. En vertu de leur souci de l’image sociale, de plus, les paranoïaques passent souvent pour des notables irréprochables. [Ès termes de l’auteure même, on a là, ce me semble, un exemple-type de discours paranoïaque : le médiateur prend parti contre moi? Mon adversaire passe pour un notable irréprochable? Tant pis! En réalité, c’est moi qui ai raison, et tout le monde (voir exemple précédent) pourrait dire le contraire, ça n’y changerait rien. Le diplôme et les autorités sont des armes qu’elle s’est données pour la conquête du pouvoir. Pour que son discours l’emporte de droit, même s’il est lamentable de fait et ne convainc personne.

    Je n’ai aucune objection à penser que les paranos mènent le monde. Mais entre ceux qui réussissent, ceux qui parviennent à s’insérer tant bien que mal, et les malades classés, j’aimerais qu’on établît quelques passerelles significatives, qu’on me montrât à quelles conditions un délire devient communicatif, et qu’on se remît tant soit peu en question soi-même, au lieu de répéter ad nauseam que le paranoïaque ne le fait jamais… et qu’il l’emporte néanmoins dans un dialogue.]

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22 mai 2017 1 22 /05 /mai /2017 04:38

 

 

Les thèmes, le vocabulaire, la novlangue et les expressions des paranoïaques

Le paranoïaque parle de façon grandiloquente, en agissant le contraire de [sic] ce qu’il énonce. Son action est au contraire du principe qu’il clame haut et fort.

    Le vocabulaire du paranoïaque comporte les mots suivants : méfiance, argent, escroquerie, spoliation, complot, justice, surveillance, espionnage, micros, surveillance [sic], voisin, président de la république, fiscalité, police, flingue, persécution, plagiat, manipulation, paranoïa [Quel aveu!], meurtre, mort, suicide, vengeance, mais aussi idéaux invoqués, humilité, Dieu, etc. [Quand le registre est aussi vaste, un “etc.” englobe tout le vocabulaire, et n’a donc rien de spécifique. A fortiori il ne permet pas de distinguer, lors d’un affrontement, lequel des adversaires est <le plus> parano.]

    Il comprend également des expressions : « tu es complètement folle », « il faut te ressaisir », « Comment oses-tu me faire ça? », « Tu as tout gâché, C’est de ta faute » (retournement de culpabilité), « ne l’écoutez pas, elle est folle », « excuse-toi, pour l’offense que tu m’as faite », « j’exige que tu me demandes pardon », etc. [À ce compte, je ne suis pas parano du tout. Mais c’est du cours préparatoire qu’on parle là : je dissimule un peu mieux que ça le réquisitoire.]

    Il invoque régulièrement des idéaux de “Vérité”, de “Justice”, d’“Entraide”, de “Charité”.

    Les professions de prédilection des paranoïaques ont à voir avec la justice, l’ordre et le pouvoir (y compris le pouvoir sur des êtres plus vulnérables). C’est ainsi que beaucoup de paranoïaques se retrouvent évidemment dans la politique, dans la police, dans la justice (avocats, juges…), dans l’enseignement (exercice du pouvoir sur les enfants), dans l’humanitaire, également (exercice du pouvoir sur des êtres plus vulnérables), dans la médecine (ex. : chirurgie digestive) et psychiatrie (les professions sur les fous [sic] attirent aussi les fous). [Bien vu, mais banal. Et la question : « En suis-je? » ne sera pas posée. Peut-être est-il parano de donner des tonnes de devoirs aux élèves, et de s’imposer des corrections colossales. ]

    L’apparence est très importante, qu’elle soit dans l’uniforme ou les idéaux humanitaires invoqués.

    Les thèmes paranoïaques concernent l’événement déclencheur et une personne ou un groupe : persécution, jalousie, préjudice, interprétations délirantes), grandeur (rêve d’évasion vers une vie meilleure, filiation aristocratique non reconnue, idée politique géniale négligée…). La paranoïaque a l’ultime conviction d’avoir une grande mission sociale, d’idéalisme réformateur, d’expert, etc.

    Dans le délire de revendication, le sujet pense avoir subi un préjudice qui concerne l’honneur, la probité, etc. Le délirant accumule les faits et les preuves, il rumine sans cesse et nourrit des sentiments de dépit et de rancune ou d’exaltation.

    Bien sûr, rajoutons aux thèmes la jalousie, ainsi que l’érotomanie et la mythomanie.

    Dans les délires histrioniques, l’on trouve des thèmes amoureux (il existe une idylle plus ou moins secrète entre le sujet et la personne). La patiente aime telle personne en secret, oscille entre espoir et dépit à partir de certains signes. Elle a la certitude d’être aimée en retour même si rien ne l’indique. Elle croit communiquer en pensée ou par des canaux magiques avec la personne qui l’aime. Il existe des thèmes érotiques (il se produit des relations sexuelles entre le sujet et la personne aimée). La sexualité est parfois plus subtile et connotée de mysticisme (communion avec Dieu ou le diable, possession mystique ou démoniaque). Il s’agit parfois d’avoir fait l’objet d’avances sexuelles de telle personne importante. L’on rencontre aussi des délires portant sur le viol, la séduction, le harcèlement, l’inceste.

    Il y a dans ces délires des thèmes négatifs (délire de négation) avec un discours et une conduite niant l’évidence (ex. : déni de la mort des parents, etc.). [Encore une fois, je m’interroge sur la classification de ces banalités, qui au surplus n’ont rien à faire dans un chapitre sur “la sophistique paranoïaque” et un sous-chapitre sur “l’argumentation interprétative”. Ça ressemble au “catalogue chinois” déniché par Borges, et cité par Foucault dans la préface des Mots et les choses.]

    Comme on l’a vu plus haut, ils touchent deux domaines connexes qui sont l’affirmation de soi et les relations aux autres. Quel que soit le thème choisi, il y a toujours des ennemis contre lesquels il faut lutter pour se faire reconnaître. On décrit principalement les délires de revendication et les délires passionnels. Tous ces délires peuvent devenir des délires de persécution désignant un ou des persécuteurs qu’il va falloir affronter.

    Parfois, le sujet est certain d’avoir inventé quelque chose de fondamental que l’on ne veut pas reconnaître. Il craint d’être spolié de son invention et donc garde secrètement le secret de sa découverte. Il peut s’agir de quelque chose de banal, comme un appareil ménager, ou d’extraordinaire, comme un poste de télécommunication interstellaire. Les démarches pour faire reconnaître et valoriser l’invention, tout en la cachant et protégeant, l’occupent constamment. [Très applicable à quelques millions d’“auteurs maudits” (dont moi-même) tiraillés entre le désir d’être (re)connus et la terreur que ça ne leur vaille qu’un raz de ris, baffes et huées. Je ne me cache pas l’envie et la haine que j’éprouve à l’égard de ceux qui ne savent ni penser ni écrire, et qui occupent la place au soleil que je suis de moins en moins sûr de mériter.]

    Si le paranoïaque est certain de connaître la solution aux problèmes politiques et humains, il développe un délire à thèse idéaliste. Il sait d’où vient le mal et propose des solutions pour y remédier. Cela peut aller du plus banal (réforme économique ou éducative) au plus atroce (extermination des mauvais). Il tente de se rendre à l’Élysée, de rencontrer le Premier Ministre, de publier des articles dans les journaux. [Il s’agit là de francs malades; du vrai délire, en quelque sorte, qu’abrasant les différences, vous vous efforcez sans bonheur d’associer à des discours privés ou publics qui vous déplaisent.]

    Le discours paranoïaque pervertit le sens des termes. Il dira, par exemple : il y a abus sexuel et abus sexuel », une grande différence entre « quelqu’un qui vous met la main sur l’épaule » et « quelqu’un qui va plus loin », comme si “mettre la main sur l’épaule” relevait de l’agression sexuelle. [Cela peut, en tout cas, être dénoncé comme abus (qui n’est pas l’équivalent d’agression, eh, abraseuse!), je l’ai entendu de mes oreilles, et n’étais pas l’accusé. Ne profitons pas de notre anonymat pour raconter n’importe quoi : il s’agissait d’un massage d’épaules, effectué avec le consentement enthousiaste de l’intéressée, devant 25 gamins et gamines, dont une vingtaine de jaloux, probablement, l’auteur étant jeune et beau. Je n’en persiste pas moins à affirmer que se contenter d’une qualification comme “inceste” ou “abus sexuel” sans préciser les nuances, c’est s’exposer à penser sans pertinence.]

 
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21 mai 2017 7 21 /05 /mai /2017 06:35

 

L’affirmation (ou le slogan) laissée à l’interprétation

Le slogan est très puissant car il évite l’argumentation (donc la construction de la réflexion, car la réflexion ne peut se dérouler qu’avec une construction grammaticale un tant soit peu complexe [et à condition de la maîtriser!]), et entraîne l’auditeur ou le lecteur vers une polyinterprétation, où il pourra choisir celle qui lui convient. Il peut s’agir d’une affirmation ambiguë, qui sera à double, voire à triple sens, comme « on aime la France, on la quitte », sans préciser ce que signifie “aimer la France”.

    La fonction du slogan paranoïaque [le voilà, le “glissement”! Et pas spécialement habile, au surplus! Quel rapport entre un délire parano, extrêmement précis, et un slogan qui veut dire tout et n’importe quoi?] sera de rassembler le maximum d’adhésions, quitte à ce que les uns et les autres n’attribuent pas du tout le même sens au slogan. Il fonctionnera souvent sur le mode contradictoire, voire paradoxal. [Le flou du sens n’est peut-être pas le plus important. « Servir, pas se servir », par exemple, est sans ambiguïté. Mais chacun excepte son cas et celui de sa bande. Le “courage de la pensée”, du moins de celle qu’on entend s’exprimer, c’est de taper à bras raccourcis sur ceux qui n’ont pas un brin de pouvoir. On s’accorde d’être haineux, puisque c’est la haine qu’on hait. Etc, etc…]

    La paranoïa accumule des affirmations présentées comme évidentes, sans analyse, ni références. C’est d’ailleurs ce qu’on appelle souvent “la langue de bois”, sorte de langage figé, stéréotypé ou vague, qui exclut la discussion car l’on ne saurait en saisir un sens consistant ou une interprétation solide. [Illustration immédiate de ce que je disais ci-dessus. Les pires ennemis de la langue de bois sont incapables de réaliser qu’ils en usent eux-mêmes. Elle a pour caractéristiques première d’être de pure façade (un système de signifiants sans signifiés, en quelque sorte) et néanmoins reçue et pratiquée par tous ceux qui ont des abus, des exactions, un pouvoir à cacher : elle est aux antipodes de la langue du parano, avec ses signifiés  et référents précis et (trop?) personnels, ainsi que son objectif de frapper, et non d’endormir.]

 

Le mensonge accusatoire

Face à un mail diffamatoire d’un paranoïaque, Jérôme répond en rappelant les termes de la loi. Cette personne l’attaquera ensuite publiquement, en indiquant que Jérôme la diffame, alors que c’est lui qui a été diffamé, et n’a simplement fait que rappeler la loi. [Je ne sais si ça vient de moi ou d’elle, mais la plupart des exemples de notre auteure non seulement me paraissent intégrés à coups de pied, mais encore m’incitent à prendre le parti de l’autre. Si je reçois un courrier diffamatoire personnel, et porteur d’accusations sensées, je réponds aux accusations, avant ou au lieu de citer la loi, qui (normalement) est sans objet tant que ledit courrier n’est pas transmis à d’autres. On m’insulte personnellement, on ne me diffame pas.]

 

    Le délire contamine le discours par des glissements de sens, qui tordent la signification et peuvent par exemple banaliser des situations violentes, ou exagérer des situations anodines.

    Ainsi, au sujet d’un “parent incestueux”, il sera qualifié de “parent indélicat”, l’inceste étant réduit à une “indélicatesse”. Au contraire, la présence d’un bleu suite à une chute d’un enfant cascadeur fera l’objet d’une suspicion convaincue qu’il existe des maltraitances intrafamiliales. [Où donc serait le “glissement de sens”, dans le second cas? L’hypothèse est légitime, l’erreur consisterait à la changer illico en conviction. Quant à l’inceste, il faudrait savoir s’il commence au bisou. Le “glissement” opère dans les deux sens, et la plupart des hommes que leur épouse accuse de l’avoir violée tombent authentiquement des nues. Il n’existe nulle part de vraie définition de certains actes, et l’on observe souvent ce que je narre dans mon  Pro Marco : que ce qui passait pour anodin paraît tout à coup délictueux ou criminel aux ex-témoins mêmes des faits, dès que la justice s’en mêle.]

    Le sens est désactivé au sein du langage, au profit d’un absurde qui contient une charge sidérante pour le psychisme et contribue à éradiquer toute réaction possible chez l’auditeur.

    Le délire paranoïaque prend, en outre, l’exception pour la règle, et l’érige en norme [sic : pour voir deux opérations différentes dans cette redondance, et nous le mettre en gras, il faut pratiquer à son insu le verbalisme, la recherche d’effet même qu’on s’époumone à dénoncer : être, selon moi, inapte à penser.] (sur laquelle il légiférera ensuite). Or une exception ou des cas particuliers ne peuvent inférer une règle [sic], une coutume ou une norme. [Et tu crois qu’on l’ignore? Celui qui profère que les experts-psy sont nuls, les journalistes des menteurs stipendiés, ou les prisons pleines d’innocents considère cela comme une norme non reconnue officiellement. Bien entendu, il ne se fonde que sur un nombre de cas ridiculement petit au regard de la totalité. Et il se peut qu’il se trompe, et qu’il soit, précisément, parano. Mais lui répliquer triomphalement qu’on n’induit pas une règle d’une exception est tout simplement stupide.]

    Le mensonge du discours paranoïaque abrase toute différence et rend équivalent ce qui ne l’est pas. Par exemple, il assimilera des viols et des vols, ce qui n’a rien à voir, ni en termes d’actes délictueux, ni bien sûr, en termes de gravité, et de blessure psychique. [Si “en termes d’actes délictueux” diffère d’“en termes de gravité”, c’est que la loi est mal faite. D’autre part, qui donc assimile un viol à un vol? Enfin, la pire injustice, ici, serait sans doute de confondre parmi les “viols” celui qui laissera des séquelles à vie, avec celui qu’éliminera très vite une forte résilience… et parmi les “vols” celui du superflu et celui du nécessaire, par exemple. C’est toi, ma belle, ou le langage, qui “abrase toute différence”, ou plutôt, c’est l’adversaire qui ne fait pas les nuances qu’il faut; mais pour le penser d’avance, et mettre cette sottise en gras, il faut être absolument sûre que ta vérité soit la vérité, caractéristique parano selon toi-même.] Il s’adressera à un adulte comme s’il était un enfant, et à un enfant comme s’il était un adulte, etc. [Je confesse que je pratiquais couramment cette “abrasion” quand j’avais encore des relhum, et qu’elle semblait plaire aux enfants plus qu’aux adultes. Abrasion du passage du temps, rêve d’immortalité? Je ne vois là que des “slogans”, comme supra, et suis demandeur d’un minimum de raisonnement pour relier cette particularité à un Œdipe loupé. En tout cas, la noyer dans la généralité en gras ne mérite qu’un haussement d’épaules.]

    Enfin, le mensonge s’étend jusqu’à l’histoire de la langue, puisque la paranoïa, de même qu’elle réécrit l’histoire, crée ses propres étymologies. Ainsi les aficionados [détournement de vocabulaire que vous n’hésiteriez pas à qualifier de typiquement paranoïaque] de “l’aliénation parentale” renvoient souvent [une? deux fois?] “aliénation” à une étymologie fantaisiste d’“absence de lien” avec un “a” privatif, ou de signification de “rendre étranger”, “éloigner”, alors qu’aliéner provient du latin “alienus”, lequel tire sa racine d’“alius” (autre). Donc, littéralement, être aliéné, c’est être “autre que soi-même”, appartenir à un autre. Lorsqu’on devient autre que soi-même, on peut devenir fou (mais pas nécessairement), d’où l’une des significations du terme “aliénation” en psychiatrie. D’autres peuvent faire provenir “amour” de “eros”, alors qu’“amour” provient d’“amor”, et “érotique” de “eros”, etc.

    Cette réécriture des étymologies est généralement l’un des sports préférés des profils paranoïaques, au mépris le plus total de l’autorité de la langue [sic], de son histoire, et de sa structure.

    C’est bien le principe de la novlangue paranoïaque. 

    [Je laisse mon lecteur, s’il m’en reste un, apprécier l’imbécillité d’un rattachement des étymologies fantaisistes à la paranoïa. Il est vrai que les psychanalystes, du moins ceux qui scribouillent, attachent une importance démesurée aux étymologies. J’avoue que je commence à fatiguer de courir après un mirage, et à me demander ce que j’avais pu trouver de si stimulant dans ce chapitre, lors de ma lecture à la galopette! Serait-ce la perspective de le massacrer tranquillement? Mais il se massacre tout seul! Quarante jours d’une pareille corvée, alors qu’il me reste si peu d’ans ou de mois! Parano, je ne sais, mais fada, sûrement!]

 
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