Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
26 avril 2017 3 26 /04 /avril /2017 06:12

3. Temps et espace dans la paranoïa

Le temps dans la paranoïa est vécu sur un mode psychotique.

    Comme j’ai pu l’étudier il y a quelques années, le temps existe, mais dans un rythme mythique : il est vécu sur un mode cyclique, archaïque, non linéaire, et, en ce sens immortel, [sic pour les virgules] dénué de tout rapport à la prise de conscience de la mortalité, et à la responsabilité qui, de ce fait, incombe à l’être humain. [Je saute une note qui renvoie à un autre ouvrage de l’auteure. Il éclairerait peut-être ce rapport de conséquence liant la responsabilité à la mortalité. Pour ma part, je ne vois qu’un au-delà – donc l’immortalité, inde caca-boudin – pour faire la liaison. « Si Dieu n’existe pas, tout est permis », je ne sors pas de là.] Il s’agit surtout d’un temps mort, d’un temps non investi.

    Le paranoïaque se vit comme immortel. Incapable de concevoir sa propre mort, qui serait la perte de contrôle absolu sur lui-même, il l’orchestre bien souvent dans des mises en scène macabres. [Très expéditif. Je ne me conçois assurément pas comme immortel, et au fond je ne réagis pas trop mal au vieillissement. Peut-on lire comme ersatz d’immortalité cette évidence-sans-Dieu qu’à ma mort tout mourra? Classer dans les mises en scène macabres les variations sur la mort que j’ai jouées dans la vie, et dont regorgent mes bouquins? Pour le moment le texte ne le justifie pas.]

    Si l’idée de la mort est angoissante au point d’être irreprésentable, le paranoïaque vit très mal ce qui est vivant et renvoie à ce qui est mort en lui. La plante verte, l’animal non maîtrisable, vivant, pulsionnel, sont autant de sources d’angoisse. [La plante verte, une source d’angoisse??? Il n’y en a certes pas chez moi de poisson rouge, ni rien de vivant, mais parce que c’est un fil à la patte et une source de soucis. Une méditation là-dessus n’aurait pas de sens. Ma mort est irreprésentable, puisque c’est normalement le néant. Quand il sera imminent (après absorption d’une dose létale de somnifs en montagne, par exemple), il se peut que l’angoisse soit atroce, mais j’en doute : tout ce qui me terrorise à l’heure actuelle, c’est la très faible éventualité d’une punition post mortem. Cela dit, tant que la dernière heure n’a pas sonné, la sérénité finale n’est pas garantie. La mort de loin est calmante, la mort de près bien différente, j'en ai peur.]

    Sur le plan rythmique, il est d’ailleurs particulièrement intéressant de voir que le délire psychotique s’organise autour d’une rythmicité propre, avec des répétitions, des refrains, des Leitmotive. [Simple blabla universitaire, je dirais. Le délire tendant à l’explication unique, à force de passerelles lancées d’un fait à l’autre, les répétitions en découlent, qu’on peut appeler refrains et Leitmotive pour faire de l’effet – purement rhétorique.]

    Le délire semble voué à restaurer la rythmicité qui a dû faire défaut dans le développement du psychisme; il tente de cicatriser les différentes expériences agonistiques afin de redonner du lien, du sens, de l’affectivité (et non plus de la seule angoisse, qui est un affect bien spécifique, non assimilable aux autres affects, puisqu’elle marque l’absence totale de l’objet, contrairement à la peur par exemple). Cette répétition peut s’apparenter à la compulsion de répétition, dont parle Freud dans Au-delà du principe de plaisir. [Tout discours, quand un sujet a vidé son sac (ainsi l’auteure, dans ses œuvres antérieures, notamment la thèse de doctorat dont elle nous donne ici une resucée abrégée), et veut écrire encore, pour meubler sa vie et être vu, sacrifie à la répétition. De là à accepter Thanatos, il y a de la marge.]

    Toute répétition manifeste en effet une régression, car la régression n’a de sens que par rapport à une fixation antérieure. [Faux syllogisme. Une répétition est une régression si l’on a évolué ou paru évoluer. Autrement elle est simplement stagnation. Pour l’essentiel de ce que j’en ai vu, les humains, passée l’adolescence, n’évoluent plus, et se répètent indéfiniment : régressent-ils pour autant?] La décharge de la répétition tente de faire le vide dans l’appareil psychique : la compulsion de répétition annihile ainsi la temporalité sociale. On répéterait pour ne pas se souvenir. Le temps du délire est donc un temps circulaire et non unidimensionnel, contrairement à certaines expériences chaotiques et catastrophiques de crise dans la psychose. Par le délire se réinstaure une tentative de continuité d’exister. [Bien que tout cela reste très spécieux, je ne puis que me sentir interpellé, moi qui me répète depuis si longtemps, dans mon écriture et mes actes, et qui ne trouve, au fond, rien de neuf que sur impulsion extérieure, que je l’accueille ou la repousse. Cette impulsion, qui à présent ne peut plus me venir que des livres, je la fuis sans doute en affectant de la chercher, et j’ai bien souvent l’impression, tous les matins, de me remonter comme une montre, de suivre un programme que ni une fête, ni une élection ne saurait interrompre… Je ne me sens pas mort, mais tout de même diminué, de ce que les humains aient disparu de ma vie, et n’y puissent faire retour que via agressions et emmerdements. Je ne suis pas installé dans un temps cyclique, mais dans une continuité fantasmatiquement ascensionnelle jusqu’au point final, et qui ne tolère de perturbations que bien encadrées (un roman-claque, par exemple, comme le Prélude à un cri de Nisbet, hier soir).]

 

5.1. Les trois temps de la paranoïa

 

La fusion / idéalisation

Dans un premier temps relationnel lors d’une rencontre, la paranoïa fusionne.

    L’autre est l’idéal tant attendu, celui/celle dont on espérait tant, et ce corps à corps émotionnel renvoie aux tout premiers mois symbiotiques du nourrisson avec sa mère, voire aux tous premiers mois dans le ventre de sa mère. [Affirmation un peu trop péremptoire. Mais quoi? À quoi d’autre cet élan vers l’autre pourrait-il renvoyer? Au souvenir effacé d’une vie antérieure?]

    La paranoïa recherche la proximité absolue, la confidence ultime, les retrouvailles symbiotiques entre la mère et le fœtus. Le paranoïaque tisse donc très rapidement des relations très proches, de type symbiotique, où il pourra même énoncer « tu es comme mon frère / ma sœur », etc. Il se livrera rapidement en confidences et, pour peu que l’autre se laisse happer par cette symbiose, il formera une sorte de couple, même en amitié, un couple au caractère assez exclusif. Ceci est également valable dans le transfert thérapeutique, où le paranoïaque idéalisera le thérapeute et s’illusionnera sur sa fusion psychique avec lui. [Rien de neuf là, on a déjà rencontré ce “premier temps” (et les autres) chez le pervers narcissique de Mamie Hirigoyen, laquelle lui prêtait d’emblée de mauvaises intentions, et insistait sur des dangers inhérents au fusionnel, et la distance respectueuse que doit garder l’amour. Notre auteure est cette fois moins “victimocentriste”, elle pense simplement que le parano s’illusionne, que ce soit dans le transfert thérapeutique ou dans celui de l’amour. Moi qui reconnais parfaitement ma surface là-dedans, je ne puis que répéter mes interrogations touchant la symbiose et l’illusion, tout en rappelant que je ne suis sans doute   pas tout à fait paranoïaque : d’abord, il me semble qu’on s’illusionne presque délibérément, en tout cas que le doute est présent dès le départ, même quand on se toque éperdument d’un nouveau venu (d’autant plus éperdument peut-être que je ne suis pas vraiment pervers ou parano?), d’une nouvelle dans mon cas, et irrémédiablement au passé. Ensuite, j’ai beaucoup jacassé sur la construction d’un ego duel, mais je ne crois pas du tout que la symbiose, disons fusionnelle, celle de la mère et du fœtus, soit recherchée : c’est un regard contenant qu’on souhaite, donc une altérité, mais une altérité-reflet valorisante. “Ne faire qu’un” avec la gardienne de ma valeur serait absurde.]

Repost 0
25 avril 2017 2 25 /04 /avril /2017 06:11

4. Le délire systématisé et le degré d’extension

 

Le délire apparaît brutalement mais il est précédé par une période d’angoisse, de perplexité avant que ne survienne un syndrome de dépersonnalisation et d’étrangeté qui ouvre sur le vécu persécutoire.

    Il naît souvent à la faveur d’un événement qui déstabilise l’équilibre psychique précaire que la personne avait pu construire. Cet événement peut être malheureux, traumatique ou, au contraire, heureux (mariage, naissance d’un enfant…). Ceci est valable pour toutes les psychoses et, par exemple, suite aux attentats du 13 novembre 2015 à Paris [Massacre du Bataclan. Chercher qui a armé Daesch sortirait de notre propos actuel, et perso je n’en sais rien. Rappelons simplement qu’Assad accuse la France d’être au rang des fournisseurs.], j’ai eu plusieurs échos de décompensations psychotiques liées à ce traumatisme national. C’est aussi en réaction à ce traumatisme que peuvent émerger des passages à l’acte paranoïaques (agressions publiques, etc.), d’où le fait qu’une société violente, fondée sur le totalitarisme et le contrôle, à la façon du film Minority report, engendre des traumatismes, des angoisses d’intrusion et de persécution et, ce faisant, est responsable aussi d’engendrer des passages à l’acte paranoïaques. En ce sens, le contexte sociétal et environnemental ne peut être dénué de responsabilité, bien au contraire, quant à la décompensation et à l’agir paranoïaques. [Cette conformité du paranoïaque m’étonne beaucoup. Mais à vrai-dire il n’est pas précisé ici dans quel “sens” se produisent les “décompensations”.]

    Par ailleurs, dans la paranoïa, il existe un noyau mélancolique très prononcé (cf. infra), ce qui occasionne régulièrement des décompensations liées à un deuil impossible, à une perte quelconque (perte d’un travail, perte d’un déménagement, perte d’une amitié fusionnelle, etc.). Face à une angoisse de mort, qu’elle soit l’objet d’une mise sous terreur d’une population, fantasmée ou réelle, le paranoïaque est mis en situation de décompenser plus rapidement.

 

4.1. Le degré de systématisation

On dit du délire paranoïaque qu’il est chronique et systématisé.

    Chronique, car il revient régulièrement.

    Systématisé, car il fonctionne comme un système clos.

    La notion de systématisation se réfère à l’organisation des idées délirantes et à leur niveau de cohérence.

    Lorsqu’il est systématisé, le délire présente un thème essentiel auquel s’articulent plusieurs élaborations délirantes, dans un développement apparemment cohérent et ordonné. En réalité, il s’agit d’un faux raisonnement fondé sur des sophismes (cf. infra). Les idées délirantes sont organisées en “système”. Le délire se modifie alors très peu dans ses thèmes et ses certitudes. Le parangon du délire systématisé est effectivement le délire paranoïaque : système interprétatif verrouillé, cohérent et construit en apparence. Le délire systématisé ne laisse aucune prise au doute, et se construit au fur et à mesure que le paranoïaque a besoin de se protéger de ses propres pulsions de haine et de meurtre.

    À l’inverse, le délire non systématisé présente une incohérence manifeste, et une forme d’absurdité (cf. infra, le délire paranoïde dans la schizophrénie).

[Comme je commence déjà à fatiguer, je ne suis pas sûr d’aller jusqu’aux pages, au tiers du livre, qui prétendent réfuter la “sophistique” paranoïaque, et qui pourraient s’appliquer presque à tout discours, notamment à de longs passages de cet ouvrage. Ma conviction est que la grande majorité des raisonnements sont entachés de rhétorique, et ne tiennent pas lorsqu’on les examine à la loupe. Si l’on se met à traquer, notamment, les “assertions insuffisamment fondées” dans un texte (alors qu’elles peuvent avoir un fondement ailleurs), l’étiquette “paranoïaque” peut être apposée sur tout ce qui nous rebrousse, et, dirai-je, sur toute conviction qui, de bonne foi ou non, refuse le dialogue et la contradiction, fût-ce en feignant de les accepter. Y a-t-il un bon grain? Une ivraie? Peut-on trier l’un de l’autre, quand une thèse novatrice se fait jour? Il me semble que la logique seule s’y casse les dents, sans le secours du “bon sens”, qui renvoie à un consensus, lequel consensus doit malheureusement beaucoup à l’idéologie et au Zeitgeist, même ce qui constitue, à mon avis, la règle d’or d’un tri, à savoir l’importance insensée que le malade s’accorde pour les autres : un journal peut, après tout, contenir des phrases codées; c’est au fait qu’elles parlent de moi que commence le délire. Et cependant il n’est pas absolument impensable qu’il existe un fichier central pour les citoyens lambda qui, à un moment ou à un autre, ont mis au jour des idées dangereuses pour la caste au pouvoir…

    Sérieux et Capgras commencent leurs Folies raisonnantes par l’exposé détaillé du cas d’une femme qui déchiffre partout la persécution que lui fait subir le clan de son époux. L’on ne doute pas un instant qu’elle ne soit frappadingue, alors qu’elle est bien consciente que personne ne la croit, et en souffre. Que l’autre soit parano, rien de plus simple : le problème commence à la question : « Suis-je parano? » Avec un peu de recul, je peux mettre en parallèle le délire hycocondriaque de ma psychostéite (qui avait pris source dans le commentaire d’I.R.M. d’un médecin), l’hiver 2014-2015, le délire “divin” du printemps 2016 (à condition de poser en axiome que Dieu n’existe pas; car s’Il existait, Sa grâce pourrait se manifester de cette façon-là simultanément à des milliards d’humains, et à des milliards de milliards d’extraterrestres), et la réaction de rejet familiale, avec décompensation sans gravité (mais qui pourrait m’avoir privé des derniers liens que j’avais sur terre, et constituer une auto-punition inconsciente pour la mort de mon père, et un détournement de ma propre peur de mourir), en janvier dernier : je note tout de même que lors d’aucune de ces “crises” (et j’en omets, et en oublie certainement d’autres), je n’ai eu de certitude, et qu’en les psychiatrisant de la sorte, je pourrais fort bien n’être pas dans le vrai. Actuellement, je me prépare à un combat violent (et perdu d’avance, à moins d’aller jusqu’au meurtre) contre l’administrateur judiciaire qui réclame aux habitants d’un immeuble en voie de déshabilitation une enveloppe exorbitante, d’à peu près le quart du prix actuel de leurs appartements, enveloppe qui devrait être suivie de quelques autres, puisqu’elle ne porte, ou presque, que sur des mises aux normes inutiles, lesquelles ne revaloriseront pas la tour, comme cet hypothétique fumier le prétend : cette extorsion légale va déclencher une série de ventes, judiciaires ou autres, et faire chuter les prix aux alentours de zéro, pour des repreneurs privilégiés, et nous flanquer tous à la porte. Je ne vais pas tartiner à outrance sur le thème, mais tout s’emboîte à merveille, ces opérations-là ne sont pas rares, et je ne suis pas spécialement visé. Seulement, je n’ai pas une envie folle de me battre, sachant que je perdrai ma chemise dans un procès, je ne comprends pas comment un conseil syndical dont je connais certains membres pour n’être ni fous ni crapules, a pu approuver une semblable saloperie, et surtout je n’ai pas confiance en moi, en cette brusque polymérisation de soupçons dans la solitude (mais si je demande des éclaircissements avant l’A.G., je me prive de l’effet de surprise, qui peut valoir des voix au non, même si le despote s’autorise ensuite à enjamber le scrutin), et je ne puis que me souvenir de ce que j’ai passé à Rubel, il y a sept ans, pour une douloureuse huit fois moindre… Vais-je savoir retenir les allusions au compte en Suisse? modérer les décibels? laisser parler les autres, au lieu de parler pour eux? Mon pire handicap ne serait-il pas la suspicion que, me sachant parano, ou me reconnaissant en gros dans les descriptions, je voue à ma propre pensée?]

 

4.2. Le degré d’extension

 

Le délire paranoïaque peut se décliner en secteur ou en réseau, et parfois évoluer du secteur au réseau. Il peut se restreindre à une partie de la vie du sujet, sans perturber la plupart des domaines de la vie quotidienne. Il s’agit alors d’un délire en secteur.

    Lorsque, par contre, il envahit l’univers entier du sujet, il s’agit dans ce cas d’un délire en réseau. [Bon. Admettons cette définition. Je ne connaîtrais donc que le “délire en secteurs”, et heureusement un seul à la fois suffit à m’épuisobnubiler : un clou chasse donc l’autre… sauf que les vieux clous reviennent.]

    Avec le délire en réseau, la conviction délirante ne peut alors être remise en cause par le patient, avec parfois une forte résistance à tout traitement, y compris médicamenteux.

Repost 0
24 avril 2017 1 24 /04 /avril /2017 04:40

3.3. La paranoïa de souhait

 

Dans la paranoïa de souhait, l’idéal et la réalité coïncident.

    Les paranoïaques de souhait sont des originaux avec peu de contact avec le monde, des marginaux.

    Ils défendent un idéal, avec un fort sentiment de supériorité qui n’est pas nécessairement justifié (idéaliste, inventeur méconnu, génie incompris…). [Tiens! Pas nécessairement justifié signifierait, si nous parlons français, qu’il l’est ordinairement! Ce qui ne le serait pas, ordinaire, c’est de taxer de paranoïa un authentique génie incompris… Vous me direz qu’il y a des génies du mal… dans la mauvaise fiction, soit, mais dans la vie? Quoi qu’il en soit, ce n’est pas d’eux qu’on parle ici.]

    Avec la paranoïa de souhait, il existe des risques de passage à l’acte hétéroagressifs. Toutefois ces sujets présentent une forte vulnérabilité qui est compensée par un Moi agressif et tout-puissant. [Rien de neuf. Le rêve de grandeur “compense” la conviction d’indignité secrète.]

    Mon hypothèse clinique est que les paranoïaques de souhait pourraient être des paranoïaques de combat qui n’assument pas leur propre charge agressive. D’ailleurs, d’après mes propres recherches et celles d’autres collègues avec lesquels j’ai pu échanger sur ces questions, la paranoïa de souhait concerne surtout les femmes (alors que la paranoïa est plutôt une pathologie masculine). Ces dernières se mettent dans une position de passivité apparente, mais créent des alliances inconscientes avec des personnalités très combatives, dotées d’un “masculin” agressif, qu’elles vont piloter pour les faire passer  à l’acte. L’on pourrait introduire dans cette catégorie des femmes de fanatiques religieux ou de militaires aux missions extrêmement meurtrières, qui glorifient et idolâtrent leur mari, jusqu’à l’inciter à combattre pour assouvir leur propre délire. 

[Combien de cas avez-vous sous le coude? Un ou deux? L’imagimitation remplissant le blanc… En tout cas, nous voici à des verstes du génie méconnu! J’avoue que cette “fiche” (car elle est terminée, ou presque) ne fait pas sens pour moi. Se réfugier dans un souhait, à la fois grandiose et très modeste (une, une seule, qui “m’aime et me comprenne”!), il me semble savoir ce que ça peut vouloir dire, et ce serait une parano inhibée, qui (rôle féminin traditionnel) attend au lieu d’agir, et finit par se nourrir (mal) de ses propres rêves. Ah bah, après tout, le rôle de diffuser mes écrits que j’assignais jadis à ma compagne imaginaire, n’a-t-il pas comme un air de cousinage avec ces saugrenus massacres que mon époux commettrait pour moi?]

 

Le fils vengeur

Dans des communautés qui nourrissent des haines fratricides, j’ai pu constater que certaines mères présentaient des profils de paranoïaques de souhait. Ces mêmes mères projettent sur leur fils le “bras vengeur” qui réparera les humiliations réelles vécues par la communauté. Ainsi, le fils devient l’instrument exécutant du délire paranoïaque nourri de haine chez la mère, sera glorifié et entraîné pour la satisfaire dans ce délire. 

[Je n’admets pas qu’on me parle de délire au sujet des rares membres d’une communauté écrasée par une oppression intolérable (tanks contre pierres, les voilà, tes “haines fratricides”, pauv’ cruche!), et qui donnent leur vie pour lutter contre l’oppresseur, même si c’est sans efficacité… ni pertinence? Non, tout de même, je ne puis aller jusqu’à approuver les bombes aveugles ou les tirs mal ciblés.]

 

3.4. La paranoïa de combat

 

C’est, selon moi, la forme la plus dangereuse de la paranoïa.

    Elle se distingue par sa dimension fanatique, opiniâtre, procédurière et querelleuse.

    Chez les paranoïaques de combat, l’aspect opiniâtre, fanatique et querelleur domine, la surestimation de soi et la méfiance étant des traits secondaires. Devant la certitude d’avoir été lésé ou trompé, le paranoïaque va nourrir un désir de réparation et de vengeance, entraînant divers comportements de revendication, d’engagements de procédures auprès des autorités pour obtenir réparation. Dans cette démarche procédurière, le paranoïaque est convaincu que la Loi est l’expression de sa propre opinion, de son propre ressenti, et qu’elle abondera dans son sens. Ce faisant, il cherche, bien sûr, la symbolique du père, et il est fréquent que ce type de profils écrive au président de la République, l’invoque, comme l’enfant cherche la protection du père lorsqu’il se sent blessé, attaqué, vulnérable. Persuadé de sa haute importance, et de ce que son “affaire” est une “affaire d’État”, il ne met pas en doute sa certitude que le président de la République lui réponde personnellement.

[C’est tout pour “la paranoïa la plus dangereuse”! qui n’est, je présume, comme les deux qui précèdent, qu’une variante de la “paranoïa de caractère”, celle qui ne va pas nécessairement jusqu’au délire psychotique, ou à l’agression décompensatoire. La frontière doit être diablement difficile à tracer… si toutefois l’on ne se contente pas, comme ici, d’un aperçu superficiel. Je ne suis pas de ceux qui écrivent au président de la république sur leurs affaires personnelles, et s’il m’est arrivé, une fois ou deux, de m’adresser à quelque supérieur hiérarchique de mon chef direct, ou à quelque pouvoir non-institutionnel, ce fut toujours pour une cause qui me dépassait (et dont, souvent, je n’avais rien à foutre, ainsi celle d’un maintien du latin au lycée après mon départ de Maurice), sans autre intérêt, certes, dans l’histoire que celui de me venger d’une ordure, c’est-à-dire d’un type qui usait de son pouvoir pour me piétiner, mais de cela je ne faisais état qu’au passage. Pour autant, pas un instant je n’aurais imaginé m’adresser à Dieu le Père (à moins qu’il ne soit aussi con qu’il apparaît dans le Pentateuque), et mes courriers ne reflétaient nullement une conviction personnelle. Ce qui m’étonne, chez les procéduriers, c’est qu’ils puissent croire que la Justice va s’incarner dans les institutions : « le paranoïaque est convaincu que la Loi […] abondera dans son sens ». Pour ma part, je suis persuadé du contraire, et ce n’est pas de l’expérience que je tire cette persuasion, puisqu’une ou deux fois l’autorité supérieure, sans le contredire ouvertement, a désavoué mon oppresseur direct en me récompensant au lieu de me punir. Je ne me suis jamais adressé aux tribunaux, et n’envisagerais pas de le faire seul, trop certain qu’ils me donneraient tort, sans entamer d’un iota mon bon droit. En revanche, quoique ma lâcheté me soit bien connue, je ne jurerais pas de mourir sans avoir tué au moins un de ces salauds de profiteurs et d’oppresseurs, et ce serait à mes yeux une bonne action, la meilleure de ma vie, dans le cadre d’une éthique altruiste, puisque les autres salauds seraient intimidés par l’exemplarité de ce geste, qu’hélas la plupart des religions réprouvent. Comment se fait-ce qu’un P.D.G. puisse impunément virer la moitié des salariés d’une entreprise, et s’en récompenser en triplant ses émoluments, sans qu’un seul de ces escouillés lui fasse sa fête avant ou au lieu de se suicider? Je ne comprends pas que de tels actes soient rarissimes, pour ne pas dire inconnus. Mais le “juste meurtre” n’entre pas dans la description de la parano de combat…]

Repost 0
23 avril 2017 7 23 /04 /avril /2017 06:39

3.2. La paranoïa sensitive

 

La paranoïa sensitive est une forme de paranoïa qui manifeste une prédominance plus douce en apparence que la paranoïa de type revendicatif ou procédurier.

    Le délire peut être lié à de la dépression ou une angoisse de culpabilité.

    Kretschmer décrit ainsi la personnalité sensitive : un type de personnalité paranoïaque marqué par un sens élevé des valeurs morales, l’orgueil (une haute estime de soi-même, qui conduit à se considérer comme jamais suffisamment reconnu à sa juste valeur), une hyperesthésie relationnelle entraînant une grande vulnérabilité dans les contacts sociaux, et une tendance à l’autocritique, à intérioriser douloureusement les échecs et une susceptibilité. [Je pourrais cocher toutes les cases, à condition de préciser que ma morale de soi-disant immoraliste est simplement centrée sur l’ego : je puis certes affecter l’altruisme, voire le pratiquer, tant que ce n’est pas trop foulant : mais c’est au premier chef mon image qui m’importe, telle que les yeux d’autrui peuvent la refléter, et peut-être aussi, à un moindre degré, ce que je suis, “pour de bon” : j’aurai eu beau n’en rien manifester publiquement, savoir intimement que je suis un lâche (c’est-à-dire que j’ai plus peur de la défaite visible que de la fuite secrète, assortie de renoncement à l’enjeu) m’est pénible.]

    L’on n’y retrouve pas l’hypertrophie du moi ni la quérulence présentes chez les autres personnalités paranoïaques même si, en réalité, la haute estime de soi-même y participe.

    Cette paranoïa se nomme “sensitive” en raison d’une hypersensibilité interprétative aux réactions d’autrui. Les personnes, facilement blessées, fuient le contact avec autrui, perçu comme hostile, et recherchent à [sic] se protéger contre les interactions. Le sujet est toujours dans la crainte de ne pas être respecté, d’être agressé. [Bien banal, tout ça, mais la ressemblance se confirme.]

    Le délire qui peut se mettre en place sur la paranoïa sensitive est systématiquement un délire en réseau, qui concerne différentes relations de sa vie privée et/ou professionnelle. [Il me semble que ce qu’elle appelle “délire” ne peut qu’être “en réseau” : ce qui importe dans la vision du parano, ce sont les connexions, la synthèse, l’ensemble auquel chaque détail renvoie, ensemble qui préexiste peut-être aux observations, et en tout cas se mue en moteur de recherches ordinairement efficace.]

    Le sujet vit l’interaction désagréable comme un stimulus très menaçant, une brûlure terrible dont il doit se défaire le plus vite possible. [Soit; et au fond, toute interaction recelant un risque de désagrément, du fait que “le sujet” se sent assuré, à un moment ou à un autre, de déplaire, de décevoir, d’être roulé ou foulé… la solitude semble une conclusion logique.]

    À cela peuvent s’ajouter la certitude d’avoir été lésé et trompé, l’impression que les autres ne sont pas bienveillants, ce qui entraîne souvent une timidité et des difficultés relationnelles, adjointes à un fort sentiment de fragilité et de faiblesse, au point que la personne, se sentant très vulnérable, craint de ne pas savoir répondre ni se battre. [Très bien vu. Or son orgueil ne peut accepter de défaite publique, le public ne fût-il constitué que de l’agresseur, réel ou présumé : dès qu’il y a témoin ou adversaire, c’est un ersatz d’omnipotence qui doit régner. D’où solitude, préparation méticuleuse des sorties, etc.]

    Dans la paranoïa sensitive, les défenses caractérielles sont moins prononcées, avec davantage de traits dépressifs et auto-agressifs. Les exigences du sujet envers lui-même et envers autrui sont épuisantes, car trop contraignantes. Psychiquement, le sujet se retrouve dans la posture du nourrisson qui ne voit pas ses besoins comblés, et l’attribue systématiquement à un “manque” de l’extérieur, ou plutôt vit ce manque comme un vide insupportable, comme s’il était sans peau et nécessitait que l’autre lui serve de contenant pour pouvoir exister. [On ne voit pas trop ce qu’il resterait d’“exigences envers soi-même” si l’on attribuait systématiquement l’inassouvissement à un “manque” de l’extérieur! C’est parce qu’en dernière analyse “le sujet” accuse de son mal-être sa propre insuffisance, sa nullité, le vide de son désir, qu’il a besoin, en effet, toute cuistrerie de moi-peau à part, « que l’autre lui serve de contenant pour pouvoir exister ». Cette parano-là me va de mieux en mieux – sauf qu’il me désoblige qu’elle soit si peu virile. Mais nous sommes là pour ça.]

    Dès lors, plus la relation sera investie, plus l’événement vécu comme pénible servira de support au délire : « il m’a mal regardé », « il ne m’a pas calculé », « il ne m’a pas dit merci », etc.

    Le sujet n’est pas du tout solide sur le plan narcissique : tantôt il se considère largement supérieur à autrui, tantôt il fait montre d’une profonde humilité. [Ce “tantôt… tantôt” dissimule un  clivage. Je m’obstine à répéter que ce “manque de solidité” est inhérent au narcissisme même. Que le sommet prend sens de l’abîme, et l’abîme du sommet : on ne se croirait pas rien si l’on ne prétendait à tout, et l’on ne prétendrait pas à tout si l’on n’avait reçu « Tu n’es rien » pour dot. (Enfin… ça sonne, mais je suis moins sûr du 2.) Les vésanies se différencient peut-être du simple fait qu’ici le sommet, là l’abîme, est plus visible.]

    La phase dépressive survient lorsque le sujet ne se sent pas suffisamment à la hauteur au regard des exigences du Surmoi archaïque et de son Idéal du Moi. Il tente d’imposer ses exigences aux autres, ce qui entraîne un retour de l’agressivité, du rejet, et le fait basculer dans une forme d’autopunition agressive. [Priver les autres de sa personne, par exemple, ce qui ne lèse que lui. Je me retrouve tout à fait dans cet alinéa, mais la description est trop restrictive. Cette parano, à vue de nez, me va mieux qu’une qui ignorerait le doute et l’autocritique, mais j’ai ma (bonne) part de quérulence, et même de syndrome de persécution, qui sait? Peut-être que le Maîmaître qui nous réclame un million [1] pour des travaux inutiles, et que je rêve de couper en deux parties inégales depuis quinze jours, est un Père Aimant qui ne veut que notre bien et n’a pas de compte en Suisse? Si je n’ai tué ni blessé personne à ce jour, sauf par écrit, la forme active n’est pas inconnue de mes fantasmes; et surtout, il y a, sans préjuger de la valeur des théories, un mode de créativité paranoïaque, dans la lecture du réel et le dialogue à outrance , dont il n’a pas été question jusqu’ici. En tout cas, ça me semble une puérilité de faire deux sous-espèces comme indépendantes d’une collection de traits qui se répartissent probablement, eux aussi,  “selon un continuum”.]

 

Description du délire de relation des sensitifs

 

Le délire de relation des sensitifs est un délire chronique.

Il s’installe (généralement après 35 ans) chez les sujets qui présentaient antérieurement une personnalité marquée par la sensitivité. Un état délirant apparaît progressivement, généralement à la suite d’échecs ou de déceptions : le sujet commence à interpréter de manière délirante le monde qui l’entoure. On considère qu’il perçoit correctement la réalité, mais qu’il lui attribue un sens erroné, fruit du mécanisme interprétatif.

Par exemple les propos, mimiques, gestes de son entourage vont être interprétés comme des signes évidents de mépris et d’hostilité à son égard.

Les thèmes du délire, c’est-à-dire le contenu des interprétations, concernent des idées de persécution, de préjudice et de mépris dont le sujet serait victime, ou d’atteinte de ses valeurs morales. Le délire est en général limité au cercle proche du patient (sa famille, ses amis, ses collègues, ses voisins, etc.). Il est vécu douloureusement et de manière solitaire.

Il se complique généralement d’épisodes dépressifs parfois sévères. Contrairement à ce qui se passe dans les autres types de paranoïa il n’y a pas de réaction d’agressivité envers l’entourage, peu de réaction bruyante, ni de dangerosité tournée vers autrui. Le risque suicidaire existe au cours des épisodes dépressifs. L’évolution est en général moins sévère que dans les autres paranoïas. Toutefois, même après une évolution favorable, les signes sont susceptibles de réapparaître à l’occasion d’une nouvelle déception.

[Mouais, bon, ça colle à peu près à la oathologie du lien, mais c’est tellement mesquin, comme description! Au surplus ça n’englobe qu’une si maigre partie de ma vie, ou de mon imitation-de-vie… Quoique gloser “sur le mépris dont je suis victime” pourrait assez bien résumer ma production “littéraire” de ces dernières années…]

 

 

[1] Deux!!!

Repost 0
22 avril 2017 6 22 /04 /avril /2017 06:09

 

L’inadaptation sociale

L’inadaptation sociale est la conséquence aussi bien des trois traits décrits ci-dessus que de l’incapacité du sujet à subir une discipline collective. On remarque chez ces sujets une tendance à l’isolement, à l’égocentricité. Leur sociabilité est faible, malgré la présence de mouvements pseudo-altruistes. L’attitude globale est exaltée, rigide avec un comportement revendicatif, rancunier, quérulent. Le niveau intellectuel peut être bon : autodidacte du fait de son isolement [Et autodidacte même en Fac! Tout simplement, je crois, parce qu’il (ou nous) refuse sa confiance à ceux qui sont censés savoir, et prétend tout reprendre à zéro : je pense que nous éprouvons le savoir d’autrui comme purement oppressif. Celui, notamment, de ces psy qui se prennent pour des experts alors qu’ils ne maîtrisent qu’un jargon sans référent, et “ignorent le secret de la guérison”.], le paranoïaque rencontre parfois une réussite sociale et professionnelle surprenante.

    Le trouble est relativement peu diagnostiqué et difficile à traiter : comme son homologue plus flagrant, il conduit le sujet à penser que lui se porte tout à fait bien, tandis que les autres sont responsables de son malheur.

    La personnalité paranoïaque peut rester stable toute sa vie, mais elle constitue un terrain favorable au développement de troubles délirants associés. Il existe un continuum progressif allant de mécanismes sensitifs et interprétatifs [On insiste pourtant sur le fait que les perceptions (a fortiori les sensations) sont exactes, qu’il n’y a ni erreur ni hallucination.] jusqu’à des formes graves de paranoïa en passant par la personnalité paranoïaque (d’où l’importance de désamorcer ces mécanismes le plus tôt possible, cf. infra).

    Le trait commun à la perversion, à la psychopathie comme à la paranoïa est le déficit majeur d’empathie (cf. infra) Dans la paranoïa, l’empathie existe néanmoins, de faible intensité, auprès des êtres qui sont vécus comme “sans danger”, parfaitement loyaux et fidèles. Ainsi, seul celui qui est “sous la coupe” pleine et entière du paranoïaque pourra bénéficier à l’occasion d’un peu d’empathie, mais aussi, l’animal de compagnie. Il n’est pas rare de voir des paranoïaques aimer passionnément les chiens, qui sont réputés pour leur naïveté, leur loyauté et leur entière dépendance au maître, en tant qu’animal [sic] de compagnie. De nombreux paranoïaques n’éprouvent même d’empathie qu’à l’égard de leurs chiens! Le code canin de dominant/soumis de certaines races, et l’esprit de la meute, s’apparentent à la horde primitive, au père tout puissant [Sic : je rajouterai désormais les tirets.] (cf. infra). Il s’agit d’une posture de “meute” qui sied bien au paranoïaque et lui fait projeter sur le chien ses propres traits délirants et prédateurs.

[Je crois, pour ma part, que le délire ici est plutôt sous la plume de la psy, et pour qu’on en juge, je vais m’astreindre à recopier les deux élucs qui suivent. Je ne suis pas fou des chiens, je préfère les chats, plus indépendants, et de ma vie je n’ai eu d’animal domestique que quelques mois à Maurice, où un vague chien de garde m’était fourgué avec la maison, mais, manquant d’affection, est vite allé se réfugier sous une boutique chinoise – m’a-t-on dit. Et je ne suis pas fou non plus des Nazis, mais on finirait par aimer ces pauvres morts et enterrés, ou au moins les défendre, quand on lit certains aboiements :]

 

Les troupes canines SS

C’est ainsi qu’Hitler estimait que les chiens étaient plus intelligents que les hommes, au point que les autorités de l’Allemagne nazie avaient pour projet d’apprendre aux chiens à parler. Les Nazis comptaient remporter la seconde guerre mondiale grâce à une unité spéciale de chiens entraînés, dites “troupes canines SS”. La Tier-Sprechschule ASRA avait été une école fondée dans les années 1930, sur ordre d’Hitler, pour apprendre aux chiens la parole humaine. Dirigée par Margarete Schmidt, cette école avait donné des résultats probants. Les Allemands espéraient que les chiens serviraient dans les rangs de la SS pour la protection des camps de concentration, et louaient leurs qualités d’obéissance et de fidélité. De plus, le trait d’inadaptation sociale de ces différentes personnalités paranoïaques augmente le sentiment de ne tisser de véritables liens qu’avec les animaux, et en particulier les chiens : « le seul véritable ami qu’on peut avoir est finalement le chien », affirmait Goebbels.

[Moi qui croyais connaître un peu la seconde guerre mondiale… Les bras m’en tombent. On sombre là dans une connerie rituelle (pourquoi se l’interdire, spas, quand on attaque le Mal, et qu’on est sûre d’être plébiscitée?) qui se situe au-delà de toute réfutation, voire de toute critique. Au cas où un lecteur ne s’en rendrait pas compte tout seul, je l’invite à lire autre chose que mon blog. Juste un ajout au passage sur la fausseté du jugement, et les paralogismes : toujours s’interroger, avant d’asserter quoi que ce soit, sur les stats de la question : je dis s’interroger, car on n’en dispose par toujours, ni même souvent. La phrase de Goebbels serait significative 1) si elle n’était une parmi des centaines de milliers qu’il a prononcées; 2) si des centaines de millions de gens, Nazis ou paranos comme mes pantoufles, n’étaient prêts à la contresigner. La règle vaut aussi bien pour Nostradamus  que les doctes délires des psys. Je saute… oh, et puis non : ma portion du jour est un peu courte. Disons qu’ensuite je sauterai systématiquement les Nazis. Car des qu’on les aborde, on se sent trop à l’aise pour dire n’importe quoi, et cette brave dame les a choisis, avec quel courage! comme boucs émissaires de la parano politique.]

 

Droits des animaux vs droits de l’homme chez les Nazis

Cet exemple vise à mettre en lumière les contradictions profondes qui habitent le délire paranoïaque. Les Nazis privilégiaient les animaux sur les humains, tout en accusant les humains violentés d’être des animaux.

Hitler était végétarien, Göring était considéré comme le principal défenseur des animaux, Himmler désapprouvait la pratique de la chasse, en y voyant de l’assassinat pur et simple, etc.

« Afin que la torture des animaux ne continue pas (…), je vais envoyer dans des camps de concentration ceux qui pensent encore qu’ils peuvent continuer à traiter les animaux comme une propriété inanimée », dit Göring en 1953 lors d’une émission radio. (Göring, H., 1939 , The political testament of Hermann Göring, traduit par H. W. Blood Ryan, London, John Lang)

Toute l’idéologie nazie fonctionne sur un mode paranoïaque.

Le paradoxe et la projection sont présents partout : les expérimentations sur animaux sont sévèrement contrôlées, voire réprimandées, tandis qu’elles sont encouragées sur des humains assimilés à des formes inférieures de l’animalité.

De plus, la compassion est détournée sur l’animal, afin de favoriser l’identification à l’animal au mépris de l’identification à d’autres humains.

Selon Gœbbels, « <l>’homme ne devrait pas se sentir supérieur aux animaux. Il n’y a aucune raison à cela. L’homme croit que lui seul a l’intelligence, une âme, et le pouvoir de parler. L’animal ne détient-il pas non plus tout cela? Ce n’est pas parce que notre manque d’acuité nous empêche de reconnaître ces qualités que nous devons y voir la preuve de leur inexistence. »

Le paradoxe paranoïaque consiste donc à réclamer des mesures humaines pour les animaux tout en pratiquant des actes inhumains et cruels contre les humains, à mépriser la vie humaine tout en manifestant un profond intérêt pour les animaux. (Cf. l’excellent article d’Arnold Arluke et Clinton R. Sanders, 2003, “Le travail sur la frontière entre les humains et les animaux dans l’Allemagne nazie”, Politix, vol. 16, p. 17-49)

[Je ne vois là qu’une tartine obligée (et empruntée) à quoi l’auteure ne croit pas elle-même, un encart-chiqué (il y en aura bien d’autres) qui vise à faire démonstration de vaste culture, et y échoue misérablement.]

Repost 0
21 avril 2017 5 21 /04 /avril /2017 07:38

L’hypertrophie du Moi

L’hypertrophie du Moi est un trouble majeur de la paranoïa, qui manifeste ainsi l’existence d’une surestimation de soi-même et s’exprime par un autoritarisme prononcé.

    Les sujets deviennent alors égocentriques, orgueilleux, toujours sûrs de leur bon droit et de leur opinion qu’ils veulent imposer aux autres. Ils peuvent posséder des talents inhabituels et être capables de grandes réalisations. En dépit de la modestie des résultats, ces personnes ne remettent pas en cause leurs potentialités irréalistes, qu’elles estiment entravées par autrui. Ces individus sont décrits comme peu affectifs : ils mettent d’ailleurs un point d’honneur à se décrire comme objectifs, froids et rationnels.

    L’hypertrophie du Moi est souvent considérée comme le trouble premier d’où découlent la psychorigidité, l’obstination, l’intolérance, le mépris d’autrui et le fanatisme. Cette surestimation de soi entraîne l’orgueil ambitieux et la vanité, masqués parfois par une fausse modestie superficielle.

    L’hypertrophie du Moi est une attitude réactionnelle contre une constante remise en question, qui est interne et externe. Elle est systématiquement couplée à une hyperrigidité psychique. [Mais non, pas nécessairement, protesterai-je, bien conscient pourtant qu’il est fort difficile de prendre conscience de sa propre psychorigidité. À part ça, je me reconnais presque de tout point dans ces quatre alinéas, hélas banals et parfois bien flous : qu’est-ce au juste que l’“hypertrophie du Moi”? La simple auto-surestimation? Comment cette hypertrophie (ou la paranoïa, sujet du verbe) pourrait-elle “s’exprimer par un autoritarisme prononcé” (inhibé chez moi, mais ne demandant sans doute qu’un maigre encouragement pour se refaire jour) avant que les sujets ne “deviennent alors égocentriques, orgueilleux, toujours sûrs de leur bon droit et de leur opinion qu’ils veulent imposer aux autres”? Cette succession” ne tient pas, pas plus que celle, sans transition, de “En dépit de la modestie des résultats” à “Ils peuvent […] être capables de grandes réalisations”, etc : sortir sa loupe, c’est aller de paralogisme en paralogisme. Mais enfin, en gros, tout cela trouve en moi des échos, fausse modestie comprise (je me demande simplement s’il en existe de vraies,  ou si l’on ne les décèlerait pas à l’absence totale d’expression : toute annonce ou confession d’une insuffisance me paraît révélatrice de vanité), et je pense qu’on pourrait voir comme l’exemple même de la psychorigidité l’obstination d’un vieillard à cultiver des “potentialités irréalistes” (ne serait-ce que celle de “se connaître” sans aide) envers et contre la leçon de piètres résultats : là-dessus, je crains d’être nettement clivé, avec mon refus théorique des dons, car la chance qu’a n’importe quel imbécile de devenir génie in extremis, je ne l’accorde, au fond, peut-être qu’à moi : quand je prêchais le viser-haut et la persévérance à mes élèves, n’était-ce pas d’abord pour éreinter l’actualisé? Enfin, je me rebiffe de lire que “mon” échec, l’inutilité de ma vie, je l’attribue à autrui : est-ce que je ne m’en accuse pas tout le premier? Mais je crains qu’un in-petteux « Mon père m’a détraqué » ne désigne assez précisément le persécuteur (réel ou imaginaire)… Au fond, le seul détail qui pèche gravement, c’est que je me reconnaisse dans ce croquis. Mais de façon clivée, l’aveu ne mordant pas sur l’entêtement et le vouloir-être.]

 

La méfiance

La méfiance prépare les sensations de persécution par autrui, les sentiments d’isolement. [J’aimerais être sûr que cette nuance entre sensation et sentiment est réellement fondée ici.] Le sujet se sent entouré d’un univers malveillant et envieux. [ou simplement acharné à profiter de sa faiblesse, de son isolement et de sa méconnaissance des procédés en vigueur pour parer aux attaques, donc de sa peur de mordre la poussière : je crois que depuis quinze ans de retraite, primo l’angoisse s’est très allégée; secundo la malveillance et l’envie n’en sont que des thèmes accessoires : ce qui surnage, c’est la peur d’être traité comme le minable que je sais par ailleurs être (encore un clivage!), qu’on me gruge, qu’on me marche dessus sans me voir, etc, et de ce fait rende ma minabilité visible.] La méfiance s’associe assez fréquemment à la susceptibilité, à la réticence et à l’hyper-vigilance. La personnalité paranoïaque vit dans l’attente d’être trompée, de qui explique pourquoi elle se sent facilement dédaignée, [Oui… ou l’inverse.] rejetée, non évaluée à sa juste valeur et pourquoi elle se froisse rapidement (ce qui est le signe de sa grande susceptibilité).

     Le comportement majeur de défense est un symptôme clé : l’attitude du paranoïaque est sous-tendue par un sentiment de méfiance qui se développe généralement dans tous les domaines de la vie du sujet. Le comportement s’exprime alors sous la forme de mépris à l’égard de ceux ressentis comme plus faibles, et la méfiance à l’égard de ceux ressentis comme plus puissants. Mépris et méfiance se traduisent aisément dans les actes. [Avec cette nuance, j’espère, que le mépris ne s’exprime par des éreintements qu’à l’encontre des “faibles” à prétentions. Je suis totalement de plain-pied avec les “humbles” qui ne se prennent pas pour des dieux, ou savent le cacher, pour la raison bien simple que s’il existait des indignes et des insuffisants, j’en ferais éminemment partie.]

 

La fausseté du jugement

La fausseté du jugement est secondaire à la pensée paralogique. Elle se traduit par des interprétations fausses et un subjectivisme pathologique. Elle se fonde sur un système ou domine un sentiment de persécution ou de grandeur. L’autocritique ou le doute sont impossibles [Toujours cet obstacle! Je ne puis tout de même pas, sur la simple foi de cette auteure, tenir pour purs leurres ma continuelle autocritique et mon doute lancinant, ni pour non avenus mes traits paranoïaques : pourquoi donc l’hypervigilance ne se retournerait-elle pas, de temps en temps, contre elle-même? Il y a quelque chose d’apaisant à se donner tort, et à se dispenser ainsi de décompensations violentes.], l’autoritarisme et l’intolérance tyrannique vis-à-vis de l’entourage sont fréquents.

    La fausseté du jugement est caractéristique : il s’agit d’une absence d’autocritique, le raisonnement se veut logique, mais les idées s’appuient sur des sensations et des opinions subjectives qui conduisent le sujet à ne pas tenir compte du contexte global de la situation, ni des arguments d’autrui. Tous les arguments, qu’ils soient positifs ou négatifs, sont généralement, voire systématiquement, rejetés par le paranoïaque, avec une très forte rigidité. 

[Quand un élève qui à vos yeux se fondait dans la masse vient vous demander en fin de cours “pourquoi vous lui en voulez”, ou consacre son “roman” du trimestre à exposer en quoi votre haine et votre saquage ciblés nuisent à ses études (les deux me sont arrivés), évidemment, la “fausseté du jugement” ne peut faire pour vous l’ombre d’un doute. Le coquin étant que dès lors on va se méfier de lui : le paranoïaque pourrait bien créer l’hostilité dont il se plaint, surtout si c’est auprès de tiers qui peuvent avaler ses salades et les répercuter. Quand il s’agit de soi, il va sans dire qu’il est infiniment plus difficile de traquer cette prétendue fausseté, dont je crains presque à temps complet d’être gangrené jusqu’aux moelles. La déformation du réel qu’on obtient en s’y donnant une place excessive ne me paraîtrait pas si difficile à corriger, si ne survenait alors ce que j’ai appelé “la seconde surprise de la parano” : les gens ne s’occupent pas que de vous, mais ils s’occupent aussi de vous! A posteriori, je peux trouver grotesque d’avoir redouté, par exemple, sur la base d’indices dérisoires, que mon infirmière Pétunia (voir Parcours de santé) ne me fît des avances, et j’en viendrais presque à célébrer la perspicacité de ma mère, qui, à distance, m’a assuré que je travaillais du chapeau : est-ce que cette intuition (que je n’ai pu vérifier, ayant viré la drôlesse) n’était pas tout bonnement fondée sur mon incomestibilité, alors qu’elle n’avait pu mesurer celle de ma “soupirante”? Il se peut que je ne devine les gens que de travers, et qu’on en revienne à notre bon vieux défaut d’empathie, un peu glandilleux ici, car il va bien falloir reconnaître aux paranos qui réussissent, notamment en politique, une juste intuition de leur public. Il se peut aussi que ma pensée visant à l’effet avant la vérité, elle s’en trouve déformée, encline qu’elle est à prendre position contre pour se distinguer. Que le discours prenne dans ma prose le pas sur le raisonnement. Mais je reste convaincu de n’avoir jamais fait fi de l’argument d’autrui : il y a huit ans que je le réclame ici sans l’obtenir jamais que rarissime, vaseux et peu pertinent : à qui la faute, merde? Si c’est à moi, qu’on me dise en quoi. Tout ce que je peux confesser spontanément, c’est que lorsque se polymérise une lecture du réel, qu’elle me concerne ou non, je suis réticent à fouiller dans la doc pour l’étayer ou la réfuter. On reviendra sans doute à la “pensée paralogique” en étudiant le délire, mais disons d’emblée ici que “tenir compte du contexte global de la situation”, c’est-à-dire à la limite tout savoir, n’est accessible à personne.]

Repost 0
20 avril 2017 4 20 /04 /avril /2017 08:45

3. Des types de paranoïa

    Selon Kraepelin, la paranoïa se définit comme le « développement insidieux, sous la dépendance de causes internes et selon une évolution continue, d’un système délirant durable et impossible à ébranler, et qui s’instaure avec une conservation complète de la clarté et de l’ordre dans la pensée, le vouloir et l’action. Il existe plusieurs types de paranoïa dans la nosographie. Toutes ont pour point commun la méfiance, l’orgueil et l’hypertrophie du Moi, l’agressivité et la susceptibilité, la rigidité psychique, l’absence de remise en question, l’autoritarisme, la fausseté du jugement et une forme de persécution. » [Est-il soutenable que je ne me remette pas en question? À vue de nez, ça semble tenir du paradoxe, puisque je ne fais que ça, et parais ne pas m’épargner. « Serais-je parano? », d’après la définition kraepelinienne, semble une marque sûre qu’on ne l’est pas. Reste à savoir si cette remise en question solitaire, et pas si désireuse qu’elle l’affiche, probablement, de recevoir un coup de main, n’épargne pas les zones sensibles, et en fin de compte a une autre fonction que celle de nourrir la mégalomanie.]

    Kretschmer distingue trois variétés de personnalités paranoïaques : les personnalités de combat, de souhait et sensitive que j’étudierai infra.

    Souvent, le délire paranoïaque s’installe progressivement et durablement vers 35-45 ans chez les personnalités paranoïaques. Il est davantage répandu chez les hommes que chez les femmes.

    Actuellement, la psychiatrie française s’attache à distinguer un groupe de délires paranoïaques qui comprend

- les délires d’interprétation systématisés (Kraepelin)

- les délires de relations des sensitifs (Kretschmer)

- les délires passionnels : de revendication, de jalousie, l’érotomanie (De Clérambault).

    Ainsi la tendance actuelle dans les pays francophones comporte les éléments de personnalité suivants :

- une sorte d’exaltation quasi constante liée à un comportement revendicatif et rancunier. Un défaut de réalisme, voire un idéalisme qui peut évoquer un certain fanatisme au plan idéologique, dès lors qu’il s’agit d’ordre en général et d’ordre social en particulier;

- l’orgueil par surestimation du Moi, la méfiance alliée à la susceptibilité, la frigidité affective dans le manque de sociabilité de ces sujets entraînant un isolement social, constituent des traits de personnalité qui caractérisent la relation aux autres du caractère paranoïaque et préparent les idées de persécution à venir; [Sans bavure, sauf que la culpabilité, et selon moi, le déficit d’être et d’amour sur lequel s’édifie la “surestimation du moi” sont omis; d’autre part, j’éprouve intimement ce que l’apparente “frigidité affective” doit à l’inhibition (crainte du rejet).]

- la pensée qui se veut avant tout rationnelle et logique est spécifique au caractère paranoïaque en raison des erreurs de jugement et de l’absence d’autocritique; [Qu’on relise simplement cette phrase, et qu’on me dise ensuite si son auteure est habilitée à disserter sur les paralogismes des autres, ou, à tout le moins, ne ferait pas mieux de traquer préalablement les siens!]

- en revanche, dans la paranoïa la différenciation dedans/dehors est vigoureusement défendue : « La projection consiste à mettre dehors les pulsions agressives destructrices dont l’appartenance au sujet est déniée : c’est l’extérieur qui devient mauvais, persécuteur, menaçant pour le sujet. » [Soit. Ça ne veut pas dire que “le sujet” se voie comme un petit saint. Ni que toute méfiance soit injustifiée, ni que l’agressivité ne soit souvent rétorsive.]

 

3.1. La paranoïa de caractère

 

    La paranoïa de caractère s’enracine, sur le mode affectif, dans l’histoire du sujet, propose une conception de soi-même inférant des attitudes et des comportements, une manière d’être dans les relations sociales et de se projeter dans le regard d’autrui. La paranoïa de caractère allie à la portée altruiste et sociale des thèses idéalistes, une puissance des pulsions agressives et autopunitives. [Il semblerait donc que  ce soit elle que prétendait décrire le DSM IV, cité plus haut, et qui me chausserait assez bien. La question est de savoir si cette forme bénigne est déjà psychotique, c’est-à-dire, pour ce qui m’importe, inguérissable.]

    Les deux plus fréquentes évolutions sont :

- la survenue d’un épisode dépressif majeur à forte connotation de persécution

  • un délire chronique paranoïaque

    La personnalité paranoïaque pourrait constituer un facteur de prédisposition à la survenue d’un délire paranoïaque. De fait, la personnalité paranoïaque représenterait un terrain sur lequel peut se développer le délire, mais toutes les personnalités paranoïaques ne sont pas prédestinées à délirer un jour. La majorité des personnalités paranoïaques conserve cette personnalité.

    Selon Lagache, le caractère est l’ensemble des dispositions et aptitudes qui « commandent la manière d’être et de réagir de l’individu dans ses rapports avec le monde extérieur et avec lui-même » Il s’agit là de la manière habituelle de se comporter.

    Les personnalités pathologiques présentent un certain style de vie, une manière d’être, des comportements pathologiques, ce qui interroge toujours les frontières, également idéologiques et normatives, qui distinguent le normal du pathologique.

    Les traits de caractère sont durables et stables alors que les symptômes sont variables et se modifient dans le temps.

    D’un point de vue classique, la personnalité paranoïaque s’inscrit dans un continuum entre, d’un côté, les traits de caractère paranoïaque repérables cliniquement, mais ne formant pas un système stable d’organisation et, de l’autre, les délires paranoïaques (délires chroniques systématisés) qui en constituent la complication évolutive majeure.

    La paranoïa de caractère est une constitution psychique qui, comme son nom l’indique, forme le caractère propre à l’individu. Ce caractère (sur lequel pourra ou non, se greffer le délire donc) se distingue par un égocentrisme, une hypertrophie du moi, une méfiance, une psychorigidité et une fausseté du jugement. [Je suppose qu’il faut entendre par là que tous ces traits, communs à tous les hommes (sauf peut-être le dernier, qui serait simplement très répandu) s’épaississent, va savoir de combien, dans la paranoïa de caractère, la seule dont je sois affligé pour le moment, et dont les décompensations sont contrecarrées par l’inhibition.]

    L’entrée dans le délire se nomme “décompensation”, mais il n’est pas rare que certains paranoïaques ne demeurent paranoïaques “que” dans le caractère, sans délire émergent, ce qui n’en fait pas moins une pathologie très redoutable.

    La paranoïa de caractère se repère à la méfiance [présente!], à la crainte de la trahison, de la déloyauté des proches [présente!], à l’interprétation de sens cachés dans les détails quotidiens [présente!] toujours sous l’angle d’une nuisance à son encontre [pas toujours, et je dirais même jamais, s’il ne s’agit que de moi en soi : on a déjà évoqué vingt fois cette nuance, qui tient un peu du sophisme. Reste que je m’enflamme de même, quoique moins violemment, quand, lors d’une lecture par exemple, se polymérise quelque tromperie plus ou moins vaste, mais appuyée par le pouvoir, et devant laquelle, ressentant douloureusement (même si je ne suis pas, de près ou de loin, au nombre des victimes) mon impuissance, je ne vois que le meurtre pour “ne pas me faire avoir” : quel que soit ensuite mon sort, un ou quelques salauds, au moins, ne sortiront pas de leur tombe.], à la rancune tenace [Résolument absente, à mon grand dam! Comme on fait, je fais; comme on me donne à sentir, je sens.], à l’élaboration d’hypothèses d’attaques ou de complots contre soi [Pas nécessairement contre soi, voir plus haut; et je persiste à penser que ces crises d’élaboration sont le processus basique de toute découverte (ou invention) d’une théorie neuve, la question se posant alors de savoir si la fameuse “fausseté du jugement” ne recouvrirait pas une propension à adopter toute synthèse qui se distingue de la doxa, et s’oppose au pouvoir. Je supposerais plus volontiers que l’appétit du neuf est paranoïaque en soi, mais qu’on cesse d’être dingue quand on arrive à convertir les autres à son délire.], au désir de vengeance [présent! mais si rarement assouvi…], à la jalousie pathologique. [présente! mais comment l’entend-on? Tous les hommes et toutes les femmes qui disposent du temps et du charme requis trompent leur conjoint. C’est la possessivité qui est pathologique, et les couples peinards sont ceux qui ne se cassent pas la tête.]

Repost 0
19 avril 2017 3 19 /04 /avril /2017 05:17

 

2.2. La folie raisonnante et le délire interprétatif

 

  • Du délire

La paranoïa peut demeurer “de caractère” ou franchement basculer dans la bouffée délirante et ce qui s’ensuit. Dans ce dernier cas, il est important de rappeler ce qu’est un délire.

    Comme l’avait souligné Lacan en son temps, dans son débat avec Henri Ey, le délire serait ainsi [sic] une position particulière du sujet à l’égard du monde dont sa parole est le reflet. Le sujet délirant est infatué, dans le sens étymologique de l’infatuation : la parole oraculaire serait liée au destin qu’elle promeut et proclame.

    Le sujet délirant se prendrait pour ce qu’il croit être nommé : « Cette méconnaissance se révèle dans la révolte par où le fou veut imposer la loi de son cœur à ce qui lui apparaît comme le désordre au monde [sic], entreprise “insensée” […] en ceci plutôt que le sujet ne reconnaît pas dans ce désordre du monde, la manifestation même de son être actuel, et que ce qu’il ressent comme la loi de son cœur n’est que l’image inversée, autant que virtuelle, de ce même être. » (Lacan, J., 1946 “Propos sur la causalité Psychique”, in Écrits I, Paris, Seuil, 1999) [Je copie à peu près sans comprendre : avec Lacan, je n’essaie plus.]

 

    Bolzinger note ainsi (op. cit.) :

 

« Qu’est-ce que délirer? La réponse à cette question se dégage à présent. Croire : le délire est une croyance, c’est-à-dire une certaine qualité d’énonciation vibrante et passionnée sur un énoncé peu spécifique et variable dans ses thèmes. Se croire : le délire est une croyance à propos de soi; le délirant expose et transpose en un discours narcissique, solitaire et entêté, une identité idéale qu’il s’attribue en dépit de tout. S’y croire : le délire est une croyance infatuée, caractérisée par une exaltation présomptueuse, une assurance dominatrice et invincible, sans souci d’être reconnue ou partagée par autrui. »

[Si cela est une condition sine qua non du délire paranoïaque, alors, j’en suis indemne. Mais je n’en crois rien. L’“assurance dominatrice” n’est qu’une affectation, même dans les cas graves et indubitables qu’exposent en détail Sérieux et Capgras (un bouquin très court, au fait, et très décevant sur le plan étiologique), les patients désirent passionnément qu’on les croie, se dépitent de ne pas l’obtenir, et peut-être s’accrochent à leur prétendue croyance par dépit qu’elle ne fasse pas d’adeptes. Bien entendu, sans ombre de formation ni d’expérience clinique, je ne vais pas élever thèse contre thèse, mais je puis assurer que chez moi le délire, pour devenir croyance, aurait besoin d’aval, et si je m’entête, et m’émotionne, c’est que ce dernier m’est refusé. Est-ce qu’on a déjà essayé d’abonder dans le sens du délire, pour voir ce que ça donne? Hum : à la réflexion, je doute que cette thérapie marche pour le délire hypocondriaque… « Effectivement, vos jours sont en danger », émanant d’une blouse blanche, ça craindrait. Mais pour l’heure, je n’en démordrais pas : le délire est d’abord détournement d’une demande d’amour, d’admiration, de compassion, d’utilité, d’être. La compréhension, plus ou moins immédiate, d’une série de faits, s’accompagne toujours de doute, voire d’une conviction secrète de penser n’importe quoi, et l’isolement exacerbe l’angoisse et la vindicte. Même cet administrateur judiciaire qui m’occupe trop la tête en ce moment, tant que je n’aurai pas eu le reflet, chez un autre grugé, de son image de fripouille ou de mégalomane délirant, je persisterai à me demander si, par hasard, il n’aurait pas de bonnes raisons, et n’en ressentirai que davantage l’appel du meurtre.]

 

    Dans le délire, intervient une perte de l’évidence naturelle. [Est-ce que ce truc-là existe? Il s’agirait d’une espèce de communication directe avec le réel, en somme, dont l’auteure, en tout cas, se croit dotée. L’évidence au nom de laquelle la terre est plate, et les hommes se divisent en bons et méchants…] Ce qui semblait évident ne l’est plus, le sujet entretient avec les objets un sentiment d’étrangeté, de modification de sa propre personnalité, de défiance. Cette défiance est le point de départ du délire de persécution (comme la dépression est le point de départ du délire d’auto-accusation). [Celui-là ne pourrait donc être tenu pour paranoïaque? Pourtant, s’attribuer tous les maux sans en laisser leur part aux autres semble passablement mégalomane.] Face au malaise interne, il faut trouver des coupables externes, et émettre des réponses (qui, de l’extérieur, peuvent paraître étranges ou baroques).

 

La folie raisonnante

Le délire paranoïaque s’orchestrera en une série d’interprétations pseudo-argumentées, qui crée une illusion logique. C’est en cela que les psychiatres Sérieux et Capgras ont intitulé cette forme de folie une “folie raisonnante”, en indiquant que « le délire d’interprétation est un système d’erreurs ». Lorsqu’il est systématisé, le délire présente un thème essentiel auquel se greffent plusieurs élaborations délirantes, dans un développement apparemment cohérent et ordonné. En réalité, il s’agit d’un faux raisonnement fondé sur des sophismes (cf. infra). [Je ne suis pas sûr d’avoir le courage de copier jusqu’à cet infra-là. Chose certaine, le catalogue des sophismes comprenant les assertions infondées, ou insuffisamment fondées, on pourrait en faire une riche cueillette dans le corps de ce livre. L’auteure aurait intérêt à relire son texte comme un délire paranoïaque. Car ce qui se dégage de ses lectures, c’est qu’il faut savoir d’avance que l’ensemble est délirant pour en détecter les “sophismes”.] Le délire se modifie alors très peu dans ses thèmes et ses certitudes.

    La perception sera orientée par une méfiance excessive, mais le raisonnement comme l’argumentation, et ainsi donc, le calcul et la stratégie, seront conservés. [Sérieux et Capgras insistent sur le fait que les perceptions sont exactes (ainsi apparemment que le souvenir qu’on en a), ce dont je ne suis pas toujours sûr en ce qui me concerne, et que l’interprétation seule pèche; mais on ne perçoit ni ne retient tout : c’est donc d’abord le choix qui est délirant.]

Repost 0
Published by Narcipat
commenter cet article
18 avril 2017 2 18 /04 /avril /2017 06:39

 

La projection et l’identification projective

La projection consiste à attribuer à autrui ses propres intentions et émotions, pour éviter d’avoir à supporter une mauvaise représentation de soi. [Il est ici entendu qu’on nie chez soi ce qu’on attribue aux autres : c’est le sens psychanalytique du mot projection. Il n’en reste pas moins licite (et c’est ce que je fais, quand j’utilise ce vocable) de ne pas inclure le déni dans la projection, laquelle peut n’en pas moins constituer une défense : non pas du style : « C’est pas moi, c’est eux! », mais « J’suis comme ça, les autres aussi! »] Dans la paranoïa, elle participe activement à la construction du délire : quelque chose est aboli au-dedans (la représentation insupportable) et revient du dehors.  [Nous en reparlerons quand on nous dira quoi, au juste, est aboli.]

    Par exemple, la personne dira : « il/elle me harcèle », alors qu’elle-même le/la harcèle dans le réel. [Toujours ce fichu réel, qui n’est autre que l’opinion de l’auteure, et pas même la doxa! Mais posons le cas d’un authentique harcèlement persécutif ou érotomane, il me semble insuffisant de l’expliquer par la projection : car le parano dénonce le harcèlement d’autrui avant de harceler lui-même, ce qu’il considère comme une riposte. Alors, pourquoi s’imagine-t-il être attaqué? Déguise-t-il ainsi son propre désir d’agression? ou bien plutôt un besoin d’être reconnu par l’autre, qui me chausserait beaucoup mieux?]

    Ainsi le Moi se sépare d’une représentation insupportable à l’extérieur, laquelle lui fait retour à travers le délire. Une représentation interne est réprimée; son contenu va parvenir au conscient sous la forme d’une projection, venant de l’extérieur, avec retournement de l’affect.

    C’est au travers de la projection que les personnes extérieures au paranoïaque se retrouvent comme des personnages constitutifs du délire. Parfois, le paranoïaque établira un lien entre des personnes qui ne se connaissent pas, pour dénoncer par là même l’existence d’un “complot” contre lui, alors que c’est bien lui qui ne cesse de comploter [avec qui??] contre ces mêmes personnes pour leur nuire. Le héros du délire est lui-même, avec un fond systématiquement mégalomane et un surinvestissement narcissique du Moi. [Le fond mégalomane, je l’admets bien volontiers. Quant à la position centrale du moi, j’aurais peut-être un peu de mal à m’en défendre, après Le deuil sans peine qui, précisément, a relancé mon interrogation sur la paranoïa; mon dada est de soutenir que je ne me crois jamais personnellement visé, mais seulement les qualités, défauts ou bonheurs qu’on me prête, ou, si je les confesse, qui m’incluent : il y a un brin de sophisme là-dedans. Mais prenez la crise la plus récente, dont j’ai touché mot, dans laquelle un escroc, ou un parano, avec cumul possible, nommé dictateur de ma tour pour assainir ses finances, nous demande plus de fric en une fois que trente truands de syndics depuis qu’elle a été construite : je ne risque rien de plus que mes 71 co-égorgés, on m’attriquera même, en tant que miséreux, une bonne part des subventions de l’ANAH… (si je n’ouvre pas ma gueule, du moins…) Une ponction de 12 ou 15000 balles ne me ruinera pas… Et cependant je tuerais ce type à l’instant si je pouvais le faire impunément, plus les chienchiens du Conseil Syndical qui lui bavent sur les chaussettes, et doivent se préparer à croquer dans l’affaire, ou du moins à des réductions substantielles. Prenez Hitler, puisque vous nous le donnerez passim pour exemple-type : en quoi s’estimait-il donc personnellement visé par les Juifs ou le Traité de Versailles?]

    L’identification projective est un mécanisme psychique par lequel le sujet se projette partiellement ou en totalité à l’intérieur du psychisme de l’autre, en tentant de se débarrasser des sentiments de pulsions ressenties comme indésirables, en cherchant à nuire, posséder et contrôler cette autre personne. [Mouais. C’est le sens kleinien de la formule, et rien ne nous oblige à le faire nôtre. Quand je parle de compréhension projective, c’est de voir dans l’autre un trop-même que je me taxe, peut-être pour contrôler le regard qu’il pose sur moi, mais certes pas pour lui nuire, même si je sais que la vision que j’ai de lui va lui déplaire.]

    Le sujet expulse sur l’objet tout le mauvais de lui-même, l’objet se voit déprécié par le sujet qui le rejette et développe une représentation idéalisée de lui-même (omnipotence).

 

• Idéalisation/persécution

Le délire du paranoïaque vise, comme tout délire, à construire une réalité plus acceptable pour le sujet délirant. Il fonctionne par idéalisation puis persécution (ce qui a été idéalisé devient généralement, ensuite, persécuteur). [Ainsi peut-être des chefs et autres représentants du père, inconsciemment idéalisés? Plutôt confrontés à un idéal fait pour être inaccessible; puis devenant, sinon persécuteurs, le Mal par excellence : ainsi d’Hélène, quand elle m’eut largué, nullement “persécutrice”, mais passant de l’âme-sœur à la Grande Salope Calculatrice en un clin d’œil. Cela dit, je n’y croyais pas, et je pense qu’un retour m’aurait trouvé très malléable.]

    L’idéalisation est un mécanisme de défense très puissant. Il vise à construire un idéal, que personne ne peut atteindre. Cet idéal en soi devient persécuteur, car nul ne peut être à la hauteur. [Pour le moment, ça paraît simple. Et la ruse de base consiste à se reprocher à soi-même de ne pas atteindre l’idéal, coram populo, un populo encore plus coupable, puisqu’il n’est pas meilleur, et ne se reproche rien. Cela dit, il semblerait, pour le peu que je pige de la suite, que le parano, lui, s’imagine coïncider de fait avec l’idéal??]

    Renoncer à l’idéal serait renoncer au délire, et signifierait l’effondrement, la chute devant l’ennemi, la mort, la plongée dans le trou noir. Cet idéal paranoïaque est rigide et sans distinction avec l’imperfection du réel. Il faut, l’on doit, coïncider avec l’idéal. La néoréalité du délire abolit le Surmoi, et se fonde sur les exigences d’un idéal archaïque, sadique, et disqualifiant. Au lieu de se tenir par la dimension symbolique de la Loi, le paranoïaque se tiendra par l’idéal archaïque et despotique qui abrase toute existence de subjectivité : la subjectivité ne saurait exister, seul l’Idéal doit s’incarner. [Est-ce qu’en page 27 il ne s’imposerait pas de traduire ce jargon, de l’illustrer par du concret? On a l’impression que ce paragraphe s’en garde bien, et que ce qui est récité là n’est pas vraiment compris. En tout cas, moi, je n’y comprends pas grand-chose. Je ne vois notamment pas en quoi l’exigence de se connaître le mieux possible, à quoi se résume ce qui subsiste dans le conscient du désir infantile d’omnipotence, abraserait toute subjectivité. Et même le slogan du surmoi archaïque, de ne jamais se laisser battre ou défaire en public…]

 

La fascination de l’idéal

Le psychanalyste Lacan a étudié, avec le “schéma du bouquet renversé” et le plan du “stade du miroir”, cette problématique de l’idéal despotique. Dans le miroir plan, le sujet voit sa propre image, mais aussi l’image que lui renvoie le miroir concave, celle de son Moi idéal. Ce dernier est composé de tous les idéaux que la mère, suivant sa culture, indique à l’enfant. Celui-ci doit s’efforcer de satisfaire à ces idéaux pour plaire à sa mère, au risque de sacrifier son identité et l’avènement de sa subjectivité.

Cet idéal archaïque et despotique renvoie à la fascination du Moi idéal, tel qu’il peut être proposé par le leader d’une foule.

La différence entre Moi idéal et Idéal du Moi [1] peut aider à résoudre le problème de l’identification primaire comme identification au père et non à la mère. La mère désigne à l’enfant, en même temps que les idéaux dont doit se composer le Moi idéal, l’Idéal commun à lui et à son père.

Le problème surgit lorsque le père est absent comme fonction symbolique (cf. infra). L’enfant ne peut construire d’idéal du Moi et se voit condamné à ce que sa subjectivité soit engloutie dans ce Moi idéal.

[Admettons que “le père soit absent comme fonction symbolique”, bien que la responsabilité de ma pauv’mère ne soit guère crédible, et que ce Moi idéal ne soit autre que le Soi grandiose : je ne vois pas quelle trace garderait le mien (« Je suis le plus intelligent ») d’idéaux inculqués par ma mère, qui haïssait notre “intelligence”, revendiquée par la branche paternelle. Il est vrai qu’il serait tout simple que je ne fusse pas paranoïaque. Mais certaines descriptions concrètes collent, elles, un peu trop.]

 

    Ce mécanisme d’idéalisation archaïque, fondé sur le Moi idéal, parle du fait que [le flou n’est pas falsifiable] le paranoïaque est dans l’incapacité de savoir ce qui constitue sa propre position subjective (et celle d’autrui). Au fond, il est vide, et ne se maintient que par l’existence de ce Moi idéal. [Je reconnais bien ce vide, mais je maintiens que le Moi idéal s’est, face au réel, changé en Idéal du Moi, même si, clivée, l’omnipotence infantile règne encore quelque part dans ma psychè, et ressurgit sous forme de crises d’angoisse chaque fois qu’on me met le pied sur la tête, ou que je l’imagine.]

    En somme, le désir, cœur de la subjectivité, trouve son sens dans le désir de l’autre, mais pour qu’il puisse advenir, il est nécessaire de se différencier de l’autre, et d’être reconnu par lui.

    Dans la paranoïa, cette reconnaissance n’existe pas.

    Le psychisme, n’étant pas dissocié ni différencié, ne peut que s’identifier à ce Moi idéal qu’il n’attendra [sic : “atteindra”, je suppose] jamais et qui, ce faisant, ne cesse de le persécuter.

[Tout cela me paraît limpide, et, bien qu’une longue routine (et la facilité du recopillage!) rende la “persécution” assez bénigne, je me “reconnais” tout à fait. Mais “je” (le désir, auquel je joindrais le plaisir, la sensation, les sentiments, etc) est tellement tremblant, tellement douteux, tellement superficiel, que cette “reconnaissance” n’en est pas une. Cela dit, quand d’aventure se présente un être pour m’épauler, mon premier soin est d’“éprouver” cet appui…]

 

 

[1] Rappelons que l’Idéal du Moi présente un modèle d’identification, la représentation investie comme bonne et positive (le sujet crée son idéal à atteindre). Le Moi idéal se définit par un idéal de toute-puissance infantile, fondée sur le narcissique [sic] infantile (le bon est introjecté, le mauvais est projeté à l’extérieur, le sujet se vit comme son propre idéal).

Repost 0
Published by Narcipat
commenter cet article
17 avril 2017 1 17 /04 /avril /2017 07:02

2.1. Les mécanismes de défense

 

Le déni du réel

Le déni est un mécanisme de défense qui consiste en l’impossibilité de se représenter une situation vécue comme trop dangereuse ou trop douloureuse pour le Moi. Il se distingue de la dénégation, qui consiste à se représenter la situation en question mais à la nier comme appartenant à sa sphère propre.

 

Déni vs dénégation

Il s’agit d’une entreprise où du harcèlement survient à outrance.

 

Manifestation du déni

Aucune représentation possible à l’évocation du terme harcèlement. Le sujet n’a rien à en dire, est dans l’incapacité de se représenter une quelconque situation de harcèlement.

 

Manifestation de la dénégation

  • Le harcèlement, je sais, ma cousine en a vécu un. Mais chez nous, ça n’existe pas. »

[Il est évidemment impossible d’assurer qu’on ne pratique pas le déni du réel, puisqu’au sens où le mot est employé ici, il serait inconscient. Mais qui, à part le paranoïaque, peut avoir la prétention d’opérer la seule lecture possible du réel? Nous allons voir plus loin ce qu’il “dénie”… et pourrait bien, sous cette étiquette, se contenter de discuter et contester. Chose certaine, si le déni caractérise la paranoïa, qui pour moi consiste d’abord en l’effort (ou la prétention) de tout inclure du réel, et du discours de l’autre sur le réel, dans mon propre discours, ou je dénie terriblement, ou nous ne parlons pas du même mal… Mais voyons.]

 

    Dans la paranoïa il y a tout à la fois [je commence à prendre en grippe ce “tout à la fois”… dont je fais moi-même un usage immodéré, et dont le pédantisme me saute tout à coup au visage] déni du réel, déni de l’identité sexuée, déni de la castration

    Déni du réel, en ce que le paranoïaque crée un délire substitutif au réel, au centre duquel il joue le rôle principal, en tant que victime persécutée. [C’est son réel, dont il n’est pas prouvé avant tout dialogue que ce n’est pas le bon. Un des plus illustres créateurs de “délire substitutif” est Freud, qui y jouait le rôle principal, et a subi une réelle persécution, comme bon nombre de ceux qu’on classe “paranoïaques”. Quant à l’affectation de victimat, il suffit de rappeler le titre ridicule de Roudinesco, après la parution du Livre noir : Pourquoi tant de haine? Curieuse réponse à des arguments.]

    Déni de l’identité sexuée, en ce que le paranoïaque désire l’omnipotence des deux sexes, lesquels peuvent même lui paraître assez indifférenciés. Si un homme est en couple avec une femme, il pourra désirer (ou plus) des partenaires homosexuels, et vice-versa. En tant que parent, le paranoïaque veut jouer les rôles à la fois du père et de la mère, et annuler l’autre parent. [Passons pour le 3, encore qu’on puisse se demander si l’auteure n’a pas une vision sclérosée des rôles. Pour le 2 : faut-il classer paranos tous les bi? Quant au 1, même Schreber, si je ne m’abuse, ne s’imaginait pouvoir enfanter qu’une fois métamorphosé en femme. Le problème, c’est que l’identité sexuée n’a pas le même sens pour tout le monde, et qu’il est bien des gens (de plus en plus) qui l’estiment largement culturelle. Vous-même, Madame, n’approuveriez probablement pas un Hugo qui disait des femmes-auteurs (sans e en ce temps-là, dont je ne suis pas nostalgique) : « Elles feraient mieux de se tricoter quelque chose… » Ce qui ronge les psychanalystes, me semble-t-il, c’est qu’avec l'effondrement des rôles traditionnels, leur rôle, à elles et à eux, et leur gagne-pain, risquent de se volatiliser…]

    Déni de la castration, en raison de cette toute  puissance [sic, sans tiret : je ne me permets de corriger que les fautes (de frappe ou d’orthographe) certaines] asexuée (ou omnisexuée) qu’il s’attribue, de l’impossibilité de renoncer à l’état d’omnipotence et d’omniscience. Le paranoïaque voit tout, sait tout, contrôle tout, peut tout. Il ne supporte pas la moindre limite, perte, absence, indisponibilité. [C’est quand même sortir les gros tanks pour mater un “déni (du complexe, je suppose) de castration” qui est actuellement partagé par, pourcentage au pif, 95% de la population française, et 99 de la mondiale. Je suppose que, bien qu’elle y semble ajoutée, cette castration problématique fait, elle aussi, partie du prétendu réel?]

 

Le clivage

Le clivage, fruit de la dissociation, partitionne le psychisme en plusieurs compartiments étanches qui qui ne communiquent plus entre eux.

    Mon hypothèse clinique est que, dans la paranoïa, ce clivage s’enracine dans le sentiment de culpabilité archaïque dont j’ai déjà parlé. Ainsi, sous l’angoisse de ce sentiment de culpabilité vécu comme majeur, le sujet compartimente.

    Dans le clivage du Moi, il existe des pans psychiques qui conservent une relation avec la réalité extérieure, tandis que d’autres la dénient. Le but du clivage est d’obstruer toute émergence de conflit psychique que le sujet ne saurait pas résoudre (et pour cause, les termes en lesquels il l’aurait posé ne lui auraient pas permis de le résoudre). Le Moi se dédouble et ainsi, le sujet se protège de la menace de succomber à ses propres éprouvés, et de l’angoisse que cela engendre (angoisse de morcellement et angoisse de mort). [Il est très éprouvant d'héberger le doute, autrement dit des convictions contradictoires : que Dieu ne saurait exister, et que je sais fort bien qu'Il existe; que l'autre veut me mettre le pied sur la tête, et ne demande qu'à m'aider; que j'ai du talent, ou aucun, ou que le talent est une chimère…]

    Le clivage est un mécanisme très archaïque des premiers mois de la vie du bébé : le bébé prend à l’intérieur de lui ce qui est bon, et rejette ce qui est mauvais. Ce qui est bon est idéalisé, ce qui est mauvais fait l’objet du déni. Puis le Moi clivé projette ce clivage sur l’objet extérieur, qui sera lui aussi clivé : le paranoïaque projettera sur le monde extérieur une partition entre “bons” et ”méchants”, sauf qu’en vertu de ce sentiment de culpabilité qu’il se dénie à lui-même mais attribue aux autres [j’y insiste, ce n’est pas le sentiment de culpabilité qu’il attribue aux autres, mais la culpabilité elle-même], tout fonctionnera en mécanisme de partition inversée. Par exemple, les véritables “bons” (ex : les victimes, les résistants à une agression) seront désignés comme les “méchants”, tandis que les véritables “méchants” seront désignés comme les “bons”. [Le plus clair, là-dedans, c’est que pour cette Dame, il existe de véritables “bons” et des méchants” indiscutables : c’est cette certitude qu’elle projette sur le prétendu paranoïaque, de sorte qu’il serait difficile de la croire sur parole quand elle relate un cas. Je me demande si, à l’heure qu’il est, tout psychanalyste, comme tout prêtre confronté à l’inexorable déclin de son troupeau, n’est pas, pour de bon, “clivé” (au sens où je l’entends, d’abriter en soi des convictions contradictoires) entre une intransigeance autodéfensive péremptoire et une incroyance complète… comme je le suis moi-même entre la conscience de mon ignorance et le désir de parler quand même? Une chose est sûre, en tout cas, c’est que l'humanité ne se distribue pas, pour moi, en “bons” et en “méchants”.]

Repost 0

Présentation

  • : Le blog de Narcipat
  • Le blog de Narcipat
  • : Ce blog, initialement une tentative d'exploration, voire de cure, du narcissisme pathologique par l'introspection (et le dialogue, mais il s'est dérobé), avait tourné au fourre-tout obèse : je l’ai donc dépecé. La prose + ou – fictionnelle –> http://noyaudenuit.over-blog.com ; les trados –> http://myshelf.over-blog.com ; l’inventaire –> http://inventairanthume.over-blog.com
  • Contact

Recherche